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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 22:11

 

Algerie Focus

 

La guerre d’indépendance à travers l’enseignement en Algérie

Poste par mar 2nd, 2012

Dans un entretien avec le Nouvel Observateur, Lydia Aït Saadi-Bouras, chercheuse à l’ERASME de Paris 8, donne sa vision sur l’enseignement de la guerre d’indépendance en Algérie.

En France et en Algérie, on enseigne différemment la guerre d’Algérie. En France, c’est une séquence parmi tant d’autre tandis qu’en Algérie, elle constitue le tronc central en histoire. En effet c’est dès l’âge de huit ans que les algériens apprennent l’histoire de la guerre d’indépendance.

Depuis les années 90, l’enseignement a bien évolué. Les martyrs ne sont plus le seul sujet qu’ils étudieront désormais ils pourront voir les grandes figures comme Ben Bella, Aït Ahmed ou encore Farhat Abbas en les présentant comme les « pères de la révolution ».

Lorsqu’il s’agit de parler de l’histoire algérienne vu par la société algérienne, Lydia Aït Saadi-Bouras explique à propos de cette dernière qu’elle a « suivi un processus de reconstruction à la fois mémorielle et historienne et est entrée dans une phase de résilience par rapport à cette séquence de l’histoire nationale, où finalement elle se dit que peu importe la version officielle de ce passé, il faut s’en saisir et l’écrire parce qu’il s’agit encore d’un terrain vierge ».

Des censures des deux côtés de la Méditerranée

De nombreuses personnes ont un droit de regard sur les manuels scolaires, tel que les Moudjahidines, parfois ce regard peut aller jusqu’à la censure de la part des comités de rédaction. En France, il y avait autrefois la loi Mékachera, qui selon son article 4, enjoignait les enseignants à rappeler « le rôle positif de la présence française ». Derrière les enjeux politiques les manuels sont avant tout le « lieu de la consécration de la mémoire et de commémoration ».

S. Viniger

 

 

 

 

Comment enseigne-t-on la guerre d'indépendance en Algérie ?

Publié le 02/03/2012 à 19:26 par hograTags :
Comment enseigne-t-on la guerre d'indépendance en Algérie ?

Comment enseigne-t-on la guerre d'indépendance en Algérie ?

 

Comment enseigner la guerre d'Algérie dans les salles de cours, alors même que cette histoire est sujette à des débats encore très vifs. Lydia Aït Saadi- Bouras, chercheure à l'ERASME de Paris 8, a consacré sa thèse (janvier 2010) à " La nation algérienne à travers les manuels scolaires d'histoire algériens : 1962-2008". Elle décrypte pour le "Nouvel Observateur " les salles de cours.

 

Comment la guerre d'Algérie est-elle enseignée des deux côtés de la Méditerranée ?

- Il ne s'agit pas tout à fait de la même histoire, ce sont en fait deux récits parallèles qui ne s'imbriquent pas toujours. En Algérie, la guerre d'indépendance est le tronc centrale de l'histoire nationale enseignée, avec un trop plein de mémoire et un trop plein d'histoire. En France, il s'agit d'une séquence parmi d'autres de l'histoire nationale et la décolonisation n'est enseignée qu'à partir de la classe de première. C'est une histoire parcellaire, où il manque beaucoup de choses sur la colonisation, son racisme, ses méfaits et crimes...

Les thèmes retenus sont différents. Un jeune Algérien va retenir de cette histoire la résistance (l'émir Abdelkader), des héros martyrs de l'ALN-FNL, la bataille d'Alger, les crimes coloniaux (la torture, la profonde misère et les contrastes de vies entre indigènes et colons; et pour certains le général de Gaulle -mais en tant que personnalité française-. Un jeune français retiendra, pour sa part, De Gaulle, le FLN, le référendum, l'OAS et les rapatriés (l'histoire des pieds noirs étant enseignée depuis longtemps contrairement à celle des harkis introduite plus récemment).

Pour entrer dans le détail, en Algérie, la guerre d'indépendance représente le tronc central de l'enseignement en histoire qui est enseignée dès l'âge de huit ans. Ce récit national autour de la guerre et de la période coloniale à sensiblement évolué depuis l'indépendance. En effet, jusqu'en 1990, seuls les martyrs faisant figures de héros et avaient une place dans les manuels scolaires algériens. Ainsi même Messali Hadj, le père de l'idée d'indépendance y était à peine évoqué. Au début des années 1990, après le basculement politique algérien et l'arrêt du processus électoral, il sera fait appel à Mohamed Boudiaf, entré en dissidence et exilé au Maroc, pour devenir le président du Haut comité d'Etat, l'organe provisoire chargé de gérer le pays. Mohamed Boudiaf va être accueilli en grande pompe. Dans la foulée, on va faire revenir dans le récit scolaire d'anciens protagonistes de la guerre d'indépendance comme Aït Ahmed, Ben Bella, Ferhat Abbas (présenté pour sa part comme assimilationniste francophone). L'enjeu était, dans l'urgence, de légitimer le retour au pays de ces “héros oubliés” bannis après l'indépendance; et expliquer aux jeunes générations pourquoi on faisait appel à eux après les avoir effacés de la mémoire dominante. On a donc intégré dans les manuels scolaires tous ces nouveaux revenants en les présentant comme pères de la révolution. Aujourd'hui encore ce besoin de légitimation reste de mise pour le pouvoir en place issu du FLN-ALN. C'est ainsi que le “martyr inconnu” ne sera plus l'unique protagoniste de cette indépendance nationale. En revanche, le crédo scandé depuis 1962 : "Un seul héros, le peuple" demeure, certes, malgré tout présent dans ce récit. Par ailleurs, sur le plan de la définition des origines et de l'identité nationale on assiste, depuis les années 2000, à une mise en perspectives chronologique, voire une re-contextualisation régionale de cette histoire propre à l'Algérie.

 

Les manuels sont-ils un terrain d'enjeu politique ?

 

- Les manuels scolaires algériens d'histoire sont une préoccupation certaine pour les gouvernants depuis l'indépendance. Les anciens Moudjahidines (combattants) ont un regard direct sur la partie qui les concerne. Dans les comités de rédaction ils peuvent aller jusqu'à la censure quand il s'agit de la guerre d'indépendance. Mais les contrôles courants des manuels se faisant sur une partie de l'ouvrage, il peut toujours y avoir des erreurs, des "dérapages". Des extraits sont passés alors qu'ils n'auraient pas dû. Il y a un contrôle qui se fait a posteriori par les utilisateurs eux mêmes, qui peuvent mener au retrait des manuels scolaires après publication pour être modifiés.

En France, c'est une histoire qui a pu poser problème. La loi Mékachera est un excellent exemple de l'enjeu politique. Souvenez-vous, l'article 4 de la loi –aujourd'hui retiré- enjoignait aux enseignants d'évoquer dans leurs cours " le rôle positif de la présence française ", en Afrique du Nord notamment. Il y a eu une levée de bouclier dans la communauté des historiens, des professeurs d'université, chez les enseignants de l'Education nationale et même par la suite des réactions des autorités algériennes. Il y a ceux qui se sont battus parce qu'ils estimaient que cette loi était mémorielle. D'autres, parmi les enseignants, ont considéré que c'était une interférence du pouvoir dans leur salle de cours.

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commentaires

Abdelkader Benmostefa - RFA - 10/04/2013 22:04

en algerie pendant de nombreuses années, l´histoire a été massivement utilisée pour justifier le sens d´une orientation politique. une histoire officielle s´est édifiée aprés 1962, mettant au
secret des pans entiers de la guerre d´indépendance: les affrontements tragiques entre le FLN et les messalistes, le rôle des immigrés dans la construction du nationalisme algerien, la mise a
l´écart des berbéristes et communistes dans les maquis, l´engagement des femmes dans la lutte nationaliste. l´histoire officielle a également effacé les noms des principaux acteurs de cette
révolution. dans les manuels scolaires se glissent un mot sur messali, une seule phrase sur ferhat Abbas et quelques bribes sur Ait Ahmed, Ahmed Benbella et mohamed Boudiaf. si les programmes
scolaires n´évoquent pas les principaux figures, cela n´empêche pas les pouvoirs successifs d´instrumentaliser d´autres visages emblématiques de la nation algerienne, ainsi l´émir Abdelkader avec
Abdelhamid Ben Badis des oulamas, sont les symboles du régne de Boumediene tandis que l´ére Chadli, dans les années 1980, s´enrichit des portraits berbéres de Jugurta et Massinissa. le nom de
Abbane Ramdane, assassiné par ses paires au maroc en décembre 1857, reste, lui, longtemps honni. a cette époque, les mémoires de Ferhat Abbas et de Messali Hadj sont interdits. pendant longtemps,
les jeunes ont été saturés de discours mémorials. les commémoration incessantes et un enseignement scolaire de l´histoire calibré pour légitimer le pouvoir en place???.

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