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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 22:04

El Watan

 

 

Commune de Zardezas

Des mechtas enclavées

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le 28.02.12 | 10h00

Il demeure encore, dans cette vaste wilaya de Skikda, des populations qui ne marchandent pas leurs souffrances quotidiennes. Des populations qui n’ont rien à vendre car elle n’ont rien à acheter, ni une place de député, ni de sénateur d’ailleurs.

Des gens humbles qui vivent au jour le jour, gardent espoir et croient encore en des lendemains meilleurs. Les Zardezas, cette immense tribu berbère qui donne aujourd’hui son nom à une commune montagnarde au sud de Skikda, restent effacés tout en restant solides et solidaires, tout comme cette roche qui les entoure. «Si seulement l’Etat daignait enfin nous raccorder au réseau du gaz naturel, il fera de nous des gens heureux», ironise un habitant qui faisait partie d’une interminable chaîne et attendait, à l’entrée du village, le camion de distribution des bouteilles de gaz butane. «Ici le froid est glacial et on continue à nous réchauffer avec ces bouteilles qui sont devenues, par les temps qui courent, une denrée rare», ajoute un autre. «Notre commune est desservie à raison de deux rotations (camions) par semaine, c’est devenu insuffisant car les services concernés, la direction des mines et Naftal, continuent de nous alimenter selon d’anciennes statistiques de la population. On ne prend pas en compte le développement démographique de la région», explique notre interlocuteur.


Le « Nif » des Zardezas


En entrant au village en cette matinée glaciale du mois de février, on est vite interpellé par une grande stèle portant les noms des martyrs de la région. Farouches rebelles, les Zardezas ont pris part aux soulèvements populaires et ont activement participé à la Révolution. La région a aussi payé un très lourd tribut lors de la décennie noire du terrorisme, mais ça, les Zardezas ne le disent pas, par pudeur, et refusent de marchander avec le sang des Algériens. «Notre région a payé le prix fort. Personne n’osait arpenter la route menant à notre commune mais nous restons fiers quand même car aucun natif de la région n’a pris les armes contre son pays durant toute cette période», nous dit-on. L’honneur chez ces gens, est un principe intrinsèque.
Le village sent le propre. La placette érigée dans le cadre du programme de l’aménagement urbain est une réussite.

L’oued Saf Saf, presque en crue, scinde les lieux en deux et plus en amont, le barrage de Zardezas s’adosse aux versants, tel un mastodonte qui sommeille. «Le Saf Saf fait partie de notre quotidien, comme le barrage d’ailleurs. Lors des inondations de 2011, on a été obligés d’évacuer en urgence, 72 familles», raconte le maire de Zardezas.
Le village dont une grande partie s’étend en bas du barrage reste potentiellement inondable. Aux premiers lâchers du barrage, le niveau de l’oued monte dangereusement. «On nous a promis d’engager une étude de sécurisation il y a plusieurs années déjà. Un bureau d’études français s’était même déplacé au village, et depuis, on n’en a plus entendu parler», raconte un des habitants. En attendant, les élus engagent régulièrement des opérations de curage de l’oued tout en veillant à éviter toute nouvelle construction sur les berges du cours d’eau.


220 logements en 50 ans


En s’engouffrant avec les habitants dans l’un des multiples cafés qui jalonnent la place du village, on est vite imprégné de la réalité de ces gens. De leurs attentes surtout. «Savez-vous que la dernière attribution de logements chez nous remonte à 2002 ? On est les parents pauvres de la wilaya de Skikda», estime un des habitants et il n’a pas tort.
Depuis l’Indépendance, la commune de Zardezas n’a bénéficié que de 220 logements. Qui peut faire pire ? «On tente de se rabattre sur la formule du logement rural, mais ce n’est toujours pas évident», ajoute un autre habitant.
Le maire, lui, estime que le logement rural a été « une bonne bouffée d’oxygène pour la population. On a tenté de contenter le maximum car il reste à préciser que notre commune est assez vaste et englobe un ensemble de 13 mechtas et quatre agglomérations, dont le chef-lieu de commune. Rien que pour l’année 2011, nous avons réceptionné 290 unités en plus de 200 autres inscrits dans des programmes précédents. C’est une formule qui sied parfaitement à la nature de la région».

Les habitants s’interrogent, pour leur part, sur le fait que leur région n’ait bénéficié d’aucun programme de résorption de l’habitat précaire (RHP) comme plusieurs autres communes de la wilaya. «On sait que des terrains avaient été proposés par l’APC pour abriter un programme de RHP mais cette proposition n’a jamais connu de suite de la part des décideurs», témoigne l’un d’eux.
La nature montagnarde de la région accentue l’isolement de quelques hameaux, comme Ghar Boutine, Jouamaâ, Legrayer et El Anser qui voient leur dispensaires encore fermés pour manque de personnel.

Les habitants de ces lieux se voient ainsi contraints de faire de grands déplacements pour de simples soins. «On a réhabilité la clinique du chef-lieu de commune et on a décidé de prendre en charge la salle de soins de Khemakhem, un hameau isolé», précise le P/APC, même si Zardezas parvient difficilement à subvenir aux besoins de plus de 12 000 habitants. «Mais ceci ne nous a empêché de pallier au plus urgent. C’est vrai que nos ressources sont faibles, mais on essaye de fructifier au maximum les budgets qu’on nous alloue», reconnaît le maire. En premier, il cite les avancées en matière d’AEP: «Nous sommes parvenus à assurer les besoins en AEP à plus de 80 % de la population.»


Les efforts de l’APC


Pour rompre, un tant soit peu l’isolement de quelques agglomérations, plus de 11 km de route ont été réhabilités pour désengorger trois agglomérations secondaires.
Pour l’épineux problème de raccordement au gaz naturel, le maire insistera pour déclarer qu’il a été pris en compte, disant: «Un projet de raccordement avec un réseau de 10 km sera lancé au plus tard au mois de mars prochain. Ceci sera d’un grand secours pour la population», a-t-il estimé.

On ne quittera pas cette belle région sans signaler l’inauguration, le 5 juillet prochain, d’une bibliothèque communale et d’un centre artisanal dont l’architecture, néo-mauresque fera certainement de l’ombre à celui de la ville de Skikda. «Nous espérons bénéficier d’un budget pour aider les activités sportives et culturelles et soutenir les jeunes», a-t-il conclu. A ce sujet, il serait bon de savoir qu’en dépit des manques, un sportif de Zardezas a été sacré demi-finaliste au championnat national du kik-boxing. Mais ça, on ne le crie pas sur les toit… car aux Zardezas, on reste toujours humble et discret, loin des cacophonies des interventions des élus de l’APW qui n’évoquent que rarement cette région et restent toujours prêts à vous rabâcher les misères de leurs petites dechras. Mais ceci reste une autre histoire, qu’il faudra un jour avoir le courage d’aborder.

Khider Ouahab

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