Un des objectifs est de reconstituer la grande confédération qui regroupait les 14 aarchs des Iflisen Umellil avant la colonisation française. Le but est de rétablir les liens interrompus et de promouvoir la solidarité inter-arche. Nous visons également à consolider les liens entre la diaspora et leur région d'origine. Réecrire l'histoire des Iflisen et préserver leur patrimoine matériel et immatériel .
mercredi 2 janvier 2008
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Née de parents soussis immigrés aux Pays-bas, Khadija Azalam, jeune femme on ne peut plus dynamique, est d'une efficacité à complexer plus d'un mâle. Jugez-en : mère de famille, présidente de Tamaynut-Hollande, féministe convaincue, « nomade » pour les besoins de la cause ; bref, une vraie militante pourvue d'une volonté non seulement de fer mais carrément d'acier. Et c'est vraiment le cas de le dire. Un parcours vraiment à méditer. Pourvu que l'on en prenne de la graine !
Vous êtes née et avez grandi en Hollande, comment devient-on militant amazigh dans ces conditions ?
J'ai commencé à m'intéresser à la culture amazighe très jeune, à partir de l'âge de 12 ans pour être plus précis. En fait, je ne parlais que le néerlandais jusque-là. Pour ne pas être coupée de mes racines, ma mère a pensé qu'il était plus qu'important que je maîtrise aussi le tachelhit. Presque à la même époque, j'ai essayé d'apprendre parallèlement l'arabe à l'école publique, mais en vain. Pour la simple raison qu'il s'agit d'une langue extrêmement complexe et compliquée en même temps. D'autant plus qu'elle ne ressemble en rien à notre bonne vieille langue que mes parents parlaient et parlent toujours à la maison.
Il faut aussi reconnaître que j'avais la chance d'avoir une famille très portée sur la culture amazighe. Mes parents raffolaient des nouveautés du cinéma amazigh et écoutaient énormément la musique des rways, Izenzaren, ahwach... Mon père était même un rrays à la fin des années cinquante. À ce propos, il voue, encore et toujours, une grande admiration pour feu Haj Belaïd dont il aimait reprendre le répertoire musical. Quant à ma mère, elle n'était pas non plus en reste. Elle cousait beaucoup de broderies à base de symboles amazighs. Comme notre fameuse fibule (tazerzit). Elle préparait aussi toutes sortes de plats typiquement de chez nous : amlou, lebsis, tajine... Qui plus est, mes parents discutaient beaucoup de la situation des Amazighs au Maroc. D'après eux, s'ils étaient victimes de tant de discriminations, c'était justement parce qu'ils n'étaient pas arabes.
Est-ce que vous avez eu un déclic ?
Bien sûr, mais ce qui l'a provoqué en moi était un simple film amazigh dont le titre était quelque chose avec Tilila. Et plus précisément sa pochette sur laquelle il y avait des signes calligraphiques qui n'étaient ni arabes ni néerlandais. Toute curieuse, j'ai demandé immédiatement à mon père, qui m'a expliqué que c'était le tifinagh, l'alphabet avec lequel nos ancêtres transcrivaient notre langue. En réalité, j'ai pris conscience très jeune que notre langue n'est pas l'arabe, mais bel et bien le tamazight. J'ai commencé ainsi à me documenter en allant à la bibliothèque pour en savoir davantage sur mon propre peuple. Aux vacances d'été, lorsque je rentrais au Maroc, j'aimais beaucoup me ressourcer dans les montagnes d'Ida-ou-Tanane où mon père a vu le jour.
Chemin faisant, je me suis rendu compte que les Amazighs sont un peuple à part avec une culture riche et une histoire très ancienne qu'il faut impérativement protéger et préserver contre les aléas de la vie et surtout contre les dangers qui les guettent. En grandissant, je me suis alors intéressée à la politique. C'est là que je suis devenue plus consciente de la véritable situation sociale et politique des Amazighs. Depuis, j'ai pris l'engagement de tout faire pour améliorer leur situation et garder leur culture vivante en usant de ma double appartenance amazigho-européenne. Pour mes études, je fais beaucoup de recherches dans le domaine amazigh en rapport avec ma spécialisation : l'archéologie. À l'avenir, je ne vais me consacrer qu'à cela. Surtout que les possibilités qu'offre cette discipline sont encore malheureusement largement sous-estimées par nos étudiants amazighs.
At last but not least, mon souhait est que l'amazighité soit moderne sans rien perdre de ses spécificités qui la caractérisent tant. Beaucoup de gens pensent, à tort bien évidemment, qu'elle est dépassée et synonyme d'analphabétisme et d'autres préjugés du même genre. Nous avons une belle culture et une histoire riche que nous devrions préserver et les montrer, sans aucun complexe, au monde entier. Il faut que l'on soit fier de ce que nous sommes, à savoir des gens de la montagne. D'ailleurs, si notre culture et notre langue existent encore c'est justement grâce à ces valeureux montagnards et bien sûr grâce aussi- il ne faut jamais l'oublier- à la gent féminine, la gardienne par excellence de la culture amazighe.
Quelles sont les actions que vous avez entreprises en faveur de l'amazighité aux Pays-Bas ?
Nous faisons beaucoup de choses. Nous organisons à titre d'exemple des séances d'informations sur la culture amazighe dans les écoles et dans d'autres établissements éducatifs. Nous mettons aussi sur pied des rencontres entre Amazighs eux-mêmes et avec des étrangers s'intéressant à la culture amazighe. J'ai préparé quelques émissions pour la télévision néerlandaise et BRTV. D'ailleurs, cet été, j'ai réalisé un documentaire sur le Souss en collaboration avec la télévision néerlandaise. J'étais très contente de passer six semaines à concocter un bon travail sur la culture, la politique et la situation sociale des Amazighs du Sud.
De plus, nous avons mis au point des supports éducatifs pour apprendre le néerlandais pour les amazighophones. Il faut savoir qu'aux Pays-Bas, il y a une forte communauté d'immigrés de la première génération qui ne parlent pas du tout ou très peu le néerlandais. Il y a aussi les nouveaux arrivants pour qui ce doit être une très bonne méthode pour apprendre le néerlandais, c'est-à-dire le parler et l'écrire assez correctement. Mais il faut beaucoup d'efforts pour informer les gens et leur permettre ainsi de s'intégrer facilement en maîtrisant la langue de leur pays d'accueil.
Nous faisons également beaucoup d'activités à l'étranger, comme la création de Tamaynut-Îles Canaries à Tenerife. Il va sans dire que tout cela demande énormément d'efforts. Mais nous sommes très heureux de coopérer avec nos amis guanches. Notre dernier projet consiste dans la création de la Fondation Tamaynut de la femme amazighe pour le Forum féministe européen. À ce propos, c'est moi-même qui suis la coordinatrice de ce projet. Pour d'amples informations, vous pouvez cliquer sur le lien suivant :
http://europeanfeministforum.org/spip.php ?article181&artsuite=0〈=fr
J'espère de tout cœur que vous allez trouver tout cela intéressant. Même si c'est un projet qui est très prenant, car je suis amenée à voyager très souvent.
source : http://mondeberbere.yuku.com/topic/3257