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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 21:37

 

 

 

 

Habib Ayyoub ou l'Art de l'Allégorie

Il est des livres qui vous marquent et laissent sur votre esprit une trace indélébile. Il est des auteurs qui vous enchantent par leur style et vous fascinent par leurs œuvres. Ce sont, de prime abord, ces pensées qui hantent notre raison à la lumière de la lecture de deux récits écrits par Habib Ayyoub. De son vrai nom Abdelaziz Benmahdjoub, Habib Ayyoub est né le 15 octobre 1947 à Takdempt et habite désormais à Dellys. Après des études de sociologie, il se lance dans les études de cinéma, TV et radio à l’INSAS de Bruxelles. Il écrit des scénarios, quelques courts métrages. Il devient correspondant du quotidien "Le Jeune Indépendant" puis journaliste économique au journal "Liberté".

Notre confrère a développé au fil de ces textes un verbe sentencieux et une passion pour les récits riches en références culturelles et en représentations symboliques. Preuve en est, ces deux derniers textes réédités dans la collection « l’œil du désert » des éditions Barzakh, Le désert et après ainsi que Le Gardien, illustrent merveilleusement bien le talent de conteur dont est pourvu Habib Ayyoub.

Le désert : un carrefour des sens

Concernant le premier texte, Le désert et après, il semblerait que le titre à lui seul signifie un défi à relever, c’est-à-dire que rien ne peut arrêter, ni l’aridité ni l’immensité du Sahara, l’accomplissement de ces personnages qui se meuvent dans le récit aisément parmi les objets familiers du désert. Dédiant leur existence à l’émigration, ils n’ont rien à perdre et même leur vie semble ne signifier rien pour eux, puisqu’ils sont prêts à traverser plus de mille kilomètres – avec très peu de nourriture et d’eau – et cela au risque de rencontrer une mort certaine. Ainsi, Le désert et après qui est un récit évocateur d’une actualité si tragique, est l’histoire de dureté, de désert et de déperdition des âmes. Qualifié par le critique littéraire Rachid Mokhtari d’« espace d’une traversée tragique de jeunes africains vers un Eldorado au-delà des frontières de leur continent », ce texte raconte le périple d’un convoyeur emmenant des prétendants à l’Occident lointain et mirifique par une traversée qui vire au drame.

 travers une trame abrupte, brute et brutale, et une écriture nerveuse à la limite de horrible, la fiction tire sa force de son immédiateté événementielle. Plongeant ses racines syntaxiques et romanesques dans l’actualité des événements qui secouent au quotidien le continent africain, Le désert et après est touchant par le désespoir de ces personnages porteurs de sacs remplis de rêves à défaut de nourriture. En effet, Ahmadou Touré qui est instituteur part en Afrique entamer le long voyage qui devrait le conduire en Australie. Tranchant des lors par une syntaxe emphatique et poignante, d’ultimes pirouettes du poète viennent transformer encore l’errance des ces naufragés du désert en une vie où le mirage côtoient parfaitement la désillusion dans les espaces microcosmiques, bien décrits par l’auteur, de nos contrées lointaines du Sud algérien. Véritable carrefour des sens pour de nombreux artistes.

Le Ksar : métaphore d’un drame algérien

Autres textes, autres fictions, autres drames. Le Gardien est le récit d’une histoire qui se déroule dans un ksar du Sud algérien décrit, sous le genre de la fable politique et de la parabole subtile aux accents buzzatiens, un rescapé tortionnaire d’un désastre provoqué par le pouvoir que représente " le Chef suprême de la guerre ", ainsi est nommé avec beaucoup d’ironie le personnage principal qui tient sa quintessence du roman de Gabriel Garcia Marquez, Cent Ans de solitude. Les habitants du ksar croyaient leur attente achevée.

Ils croyaient qu’attentif à leurs doléances et sensible à la situation intenable qu’ils vivaient du fait du terrible manque d’eau, le gouvernement daigne enfin leur porter secours en faisant réaliser le forage si longtemps espéré.

Il faut dire que l’imposant équipage envoyé de la capitale paraissait sérieusement décidé à effectuer les travaux. Le puits allait être creusé et la période de pénible sécheresse n’allait plus être qu’un mauvais souvenir. Mais visiblement, l’État qui a ses raisons réprouvées par le bon sens en avait décidé tout autrement.

On avait, du côté des autorités, accordé la priorité à l’érection de l’obélisque en béton armé sur lequel allait être scellée la plaque inaugurale d’un curieux projet : une mer intérieure !

Ainsi, l’histoire qui débute dès le premier paragraphe propulse la trame narrative dans un fait social vécu. Des régiments entiers de main-d’œuvre et de coopérants viennent alors bousculer les habitudes des gens du Ksar et installer d’entrée un climat d’instabilité : " Désormais habitués aux excentricités du gouvernement, les villageois assistèrent à l’installation d’énormes tuyaux noirs au bord de la sebkha, alors qu’une nuée d’ouvriers s’activaient à bâtir d’étranges et colossales masses de pierres et de béton. "

La suite n’est pas moins haletante. Un impressionnant système de tuyauterie déverse assez d’eau pour alimenter ce qui doit ressembler à une véritable mer. Et non loin du rivage de ladite mer, une forteresse sera édifiée dans laquelle une garnison montera la garde sous le commandement d’un officier supérieur, Le Chef suprême, promu pour la circonstance.

Dans ce contexte, le chaos s’installe rapidement dans le Ksar. Les gros tuyaux se mirent à déverser de l’eau saumâtre et les habitants du ksar craignent plus que jamais de voir la tradition séculaire des puits et les rituels qui sont ancrés dans leur vie sociale et culturelle disparaître pour toujours.

Les Ksouriens, face au désastre annoncée, tentent de quitter leurs demeures mais ils n’ont même plus le loisir de le faire car cela signifierait l’échec du projet. Le Chef suprême de la guerre qui ne cesse " de caresser son uniforme " et de " braquer " ses jumelles sur ses " sujets " a ordonné de les massacrer ! La stèle, les gros tuyaux ne sont plus que ferrailles. Le sel ronge la terre et les demeures vides. Même la forteresse est désertée par les contingents.

Seul, détrôné, ne vivant que sur l’illusion de ses pouvoirs antérieurs, Le Chef suprême de la guerre se voit encerclé dans sa demeure par l’avancée impitoyable du sel :

" A son balcon, très tôt le matin, le Chef suprême de la guerre contemplait le spectacle désolé. Encore une fois la pensée de la mort le frôla (Il) avait maintes fois songé à en finir avec son PA 9 mm. " Plus tard, il mourut par une journée d’orage sur un sol mouillé de sable et de sel et fut enfin enterré par un corbeau.

Le Gardien est certainement un texte de pure imagination, mais ses allégories nous renseignent sur une réalité si familière et si quotidienne. Le verbe incantatoire, une langue truculente, un langage mystique, le texte de Habib Ayyoub ne peut guère laisser le lecteur indifférent. Dressant, à travers l’allégorie, le portrait d’un pays qui vit un drame absurde à cause de la forfaiture de ces gouvernants, Habib Ayyoub nous a offert un livre digne de la grande littérature.

Rappelons enfin que Habib Ayyoub est également l’auteur de plusieurs textes parus aux éditions Barzakh : Le Palestinien (roman, 2003), Vie et Mort d’un citoyen provisoire (roman, 2005).

C’était la guerre (nouvelles, 2002) a reçu notamment le premier Prix Mohamed Dib en 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 10:05
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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 23:31

 

Kabylie : les derniers paysans des montagnes

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Par Le Matin | 20/03/2013                         

Médiatiser aujourd’hui la vie paysanne traditionnelle, c’est participer au sauvetage de la diversité culturelle contre l’uniformisation et la standardisation du monde. C’est sauver des poches d’autonomie sociale et culturelle, sauver des espèces de graines, des variétés de plantes, des espèces d’animaux menacées d’extinction. Réhabiliter les paysans au moment où ils sont chassés de leurs collines, leurs richesses pillées, leurs savoirs déclassés, leur mémoire réduite à néant, leur image dévalorisée aux yeux de leur progéniture, ce n’est pas de la militance ordinaire : c’est affirmer haut et fort que les paysans sont l’avenir du monde.

Idir Aït Mohand au milieu d'autres paysans de Kabylie. Photo d'Aït Mohand.Idir Aït Mohand au milieu d'autres paysans de Kabylie. Photo d'Aït Mohand.

Le texte qui suit est le résumé d’une conférence que j’ai donnée le 21 octobre 2012 dans la ville française de Blois, invité par le Centre européen de promotion de l’histoire (CEPH) qui organise chaque année "Les rendez-vous de l’Histoire", espace de création et d’échange culturels lancé en 1998 par l’ancien ministre français Jack Lang . L’édition de 2012 était consacrée aux paysans .

Introduction

Nous sommes réunis ici par un "Rendez-vous de l’histoire", J’allais dire, le hasard de l’histoire. Je viens d’Algérie, précisément de Kabylie. J’y suis né avant la guerre de libération déclenchée le 1er novembre 1954, sur la haute montagne du Djurdjura dans une famille de paysans pauvres. Les péripéties de l’histoire, l’école obligatoire durant la guerre d’Algérie dans un village de regroupement et la généralisation de l’enseignement gratuit par l’Etat algérien après l’indépendance, ont fait que j’ai pu aller à l’école et étudier dans cette belle langue qu’est la langue française pour atteindre miraculeusement l’université.

L’enfance et l’école coloniale

Pour les Algériens de ma génération le rapport à la langue française était de l’ordre du défi. C’est "notre butin de guerre" disait le grand écrivain Kateb Yacine. A ma première rentrée scolaire en octobre 1959, je ne connaissais pas un traitre mot de français ! Les enseignants étaient des soldats, La langue scolaire était donc celle des militaires! Ceux là même qui pourchassaient nos parents dans le djebel/ Tazmalt était un village européen prospère noyée dans une immense oliveraie : La belle école, la grande rue bitumée, la jolie poste, les imposantes maisons aux portes blindées et aux toitures rouges étaient aux français, le train qu’on entendait au loin siffler et qu’on ne pouvait prendre était aux français. Nous les algériens, nous étions parqués dans le village de regroupement, une favela entourée de fils barbelés à l’extrémité du village. On l’appelait complaisamment "Le Faubourg nord" en opposition au « Faubourg sud » où étaient regroupées d’autres familles kabyles ramassées dans la zone interdite de l’ouest du village. Le « faubourg nord » recevait les familles venant de la zone interdite de l’est ! J’avais six ans en 1959. Chaque matin une colonne de soldats, des blancs et des noirs (Des sénégalais), passait dans les étroites ruelles de terre du bidonville ramasser les enfants et les mener à l’école étudier dans la langue de l’ennemi ; le kabyle notre langue maternelle n’avait pas droit de cité.

Enfant, je n’ai pas pu faire la guerre mais la guerre m’a fait. Elle m’a construit hâtivement comme une petite baraque d’un bidonville dans l’obscurité, la peur, la précarité et le secret espoir d’une quiétude future. Adulte, je suis toujours à la recherche d’un refuge, celui que je n’ai pas eu dans mon enfance trouble. La montagne est mon repaire, mon repère, mon nid ! Le mode de vie des montagnards de Kabylie est mon modèle, mon idéal.

Après de longues études ponctuées par un diplôme de la Sorbonne, au moment où toute ma famille attendait de me voir dans le costume politique d’un ministre, d’un préfet ou d’un futur mandarin universitaire, je suis retourné à la campagne cultiver les oliviers des ancêtres. J’avais déçu tout le monde. «Il a tellement étudié qu’il est devenu fou» disait-on dans mon dos.

Ma vie avec les paysans

Après trente ans de vie avec les paysans, je suis fier de mon parcours. C’est notamment grâce à la singularité de cet itinéraire surprenant que je suis ici parmi vous, invité par les organisateurs du centre européen de promotion de l’Histoire. J’ai rejoint les paysans du Djurdjura au milieu de l’année 1980. J’ai repris la ferme familiale dans la haute vallée de la Soummam (wilaya de Bejaia) où la principale activité est l’oléiculture. Il ne s’agit pas d’une monoculture industrialisée mécanisée, mais d’une matrice économique, une activité pivot autour de laquelle se greffent et se structurent des travaux complémentaires tels que le maraîchage, l’élevage, l’apiculture, l’arboriculture fruitière et bien évidemment l’artisanat dans toute sa variété- une dizaine de métiers que le marché mondial dévalorise et chasse de l’économie et de la mémoire.

J’y ai construit ma maison de mes propres mains, creusé mon puits, pavé mon chemin, et partagé le pain et le sel avec ces hommes et ces femmes armés de détermination et d’une agréable culture mais souvent gagnés par le doute et l’envie de partir.

Je parlerai donc des paysans de Kabylie, de leur vécu d’aujourd’hui, j’exposerai leurs singularités ce qui les distingue des autres paysans du monde et le fait qu’ils sont paysans kabyles – Je n’aime pas beaucoup le mot identité-ça renvoie souvent de nos jours au contrôle policier- c’est cependant le concept qui rend compte des richesses historiques, des différences et des variétés culturelles des populations du monde. Je parlerai donc de ce qui constitue l’identité des paysans de Kabylie. Ils partagent l’essentiel des valeurs humaines avec les paysans des Alpes, des Andes, de Californie ou de Mandchourie, notamment l’amour de la terre ; le respect de la nature, la protection de la flore et de la faune, la vénération du ciel .Ils y mettent leurs empruntes, des formes propres à eux, des attitudes, des comportements. Ils ont pour eux seuls, des survivances culturelles, un héritage qu’ils gardent jalousement pour le transmettre entre des mains aussi innocentes que celles de leur enfance, après les avoir sauvé de l’oubli.

Ils sont souvent gagnés par le doute, la lassitude, le désenchantement, quand ils sentent que leurs vieux savoir-faire, leurs pratiques empiriques, leurs rituels semblent quelque-peu folkloriques face à l’efficacité des machines modernes, la rationalité des nouveaux procédés agronomiques, la rapidité du marché la domination uniformes des marchandises sans âme. C’est un peu le pot de terre contre le pot de fer ! Mais étrangement la peau de leur pot de terre est faite d’une matière très résistante qui s’appelle la conviction. Nous parlerons ensemble des survivances culturelles des paysans de Kabylie. Evoquer et débattre avec vous de ce qu’ils ont pu sauver de l’oubli, ce qui leur reste après qu’ils aient tout oublié.

Etre paysan aujourd’hui en Algérie

Dans ma commune, la propriété agricole est dominée par une forme d’exploitation mixte où le paysan jumèle l’oléiculture avec l’élevage et la petite céréaliculture parfois même des cultures maraichères en irrigué. La superficie des propriétés ne dépasse guère deux hectares. L’échantillon du paysan moyen de la plaine est propriétaire d’un hectare de terre une vingtaine de têtes d’ovins et de caprins, ne vache ou deux. Certains ont un tracteur qu’ils utilisent en location pour le transport et le labour.

Le paysan de montagne est propriétaire de plusieurs petites parcelles de terre. Il mesure sa propriété en journées de labour. Un hectare de terre est labouré à l’araire traditionnel en une durée allant de 5 à 10 jours. Elle dépend de l’habileté du paysan de la puissance de la paire de bœufs, et de la nature du terre selon qu’il est boisé ou nu.

Le concept de paysan recouvre aujourd’hui une réalité mouvante. La ruralité est phagocytée par les avatars de comportement sociaux citadins alors que les valeurs rurales se sont imposées dans l’espace citadin au point où l’on peut parler de citadins campagnards et de montagnards citadins. Il n’y a plus de paysans pur tel que le définissait la vision sociologique classique. Le paysans actuel ne vit pas uniquement de l’activité agricole, il est contraint d exercer des activités annexes, transporteur, vendeur sur les marchés hebdomadaires, colporteur, ouvrier journalier… Le concept de famille paysanne peut mieux rendre compte de la réalité rurale, en plaine ou en montagne. Le tissu familial rural est encore marqué par la vie en famille nombreuse, voire en indivision. Le prototype de famille paysanne est en moyenne le suivant : le père, souvent ancien émigré perçoit une pension de France, il détient l’essentiel des savoir-faire agricoles, la mère est paysanne culturellement gardienne des usages, des traditions, elle veille sur la reproduction des rituels paysans d’antan qui constituent l’identité locale. Les enfants adultes, filles et garçons encore célibataires vivent encore sous le toit familial, ils sont fonctionnaires ou dans des professions libérales, parfois chômeurs et dans des emplois précaires. Tant que le père est vivant la propriété est gardée indivise. Le mode de vie est paysan (gastronomie, habillement, rituels, fêtes …)

La famille paysanne mue doucement à l’ombre des anciennes valeurs. Elle intériorise les modèles de consommations citadins, adapte son comportement au temps administratif, installe de nouveaux rapport à l’espace public (de sa gestion elle passe à sa consommation). Elle garde tout ce qui dans l’ancienne culture lui parait utile et fonctionnel (Habillement, ameublement, répartition de l’espace intérieur et extérieur entre sexes, rapports de domination patriarcale…) Le paysan de Kabylie perd progressivement les repères culturels des ancêtres, s’aventure dans le monde de l’économie de marché tant qu’il en tire bénéfice, mais se replie vite dans son ancien monde, le mode de vie des parents et des ancêtres. Comme un oiseau de proie qui chasse toute la journée pour retrouver le soir son monde de montagne et nourrir sa nichée.

Les bourgs kabyles de montagne sont aujourd’hui des villages dortoirs où les travailleurs de la terre, plus ouvriers que paysans se replient de nuit pour expurger leurs peines se délivrer de l’exploitation et de la pression du travail dans la plaine alimentant encore l’illusion d’une autonomie citoyenne que possédaient réellement les ancêtres paysans.

De quels paysans parlons-nous ?

Il s’agit des paysans d’aujourd’hui, ceux dont je décris le quotidien dans mon ouvrage L’olivier en Kabylie entre mythes et réalité, paru en 2008 chez l’éditeur L’harmattan et dans le roman Les derniers kabyles paru chez Tira éditions en 2009

J’ai vécu une trentaine d’années avec ces paysans. Avec eux j’ai partagé les travaux collectifs, les moments rituels d’entraide, lors de la cueillette des fruits, de la construction de maisons, d’ouverture de sentiers forestiers et de pistes agricoles, lors de la conduite des troupeaux en transhumances. J’ai été de leurs fêtes, de leurs deuils, j’ai aimé et pratiqué leurs croyances païennes, appris et appliqué leur calendrier agraire. Ils m’ont aidé à construire ma maison, creuser mon puits, paver ma route, cueillir mes olives, soigner mes animaux, fagoter mon bois et rallumer mes chandelles éteintes.

Je vous parle de la période allant de 1980 à nos jours. C’est une période très significative pour la paysannerie algérienne en générale parce qu’elle constitue la fin d’un mode de vie, d’une économie vivrière faiblement monétisée où le troc avait encore un strapontin économique et social. Une société laissée à la périphérie, à la marge du progrès par le nouvel Etat central algérien issu de la guerre de libération. Cet Etat jacobin qui a repris à son compte le modèle administratif colonial, hésitant durant quelques années avant de choisir les profits politiques hérités de la colonisation au lieu de l’idéal populaire de construction d’une nation moderne sur le fond culturel commun aux algériens. Le pouvoir algérien s’était couvert du burnous populiste du nationalisme pour reproduire à une plus grande échelle les reflexes colonialistes dominateurs et historiquement humiliant pour la paysannerie !.

L’agriculture avait été sacrifiée dans son ensemble. Les paysans étaient convoqués par la ville pour en faire de maladroits ouvriers d’usine, immenses fabriques dont le rôle était plus de distribuer du revenu que de produire des richesses industrielles. Le peu de considération qui restait au paysan était sapé par la culture officielle orientée vers la « Formation de l’homme nouveau », qui pouvait être tout sauf paysan. Les campagnards et surtout les montagnards étaient dévalorisés ridiculisés, habillés du burnous du sous-développement.

A la télévision, au théâtre, au cinéma, le Fellah était l’objet d’une dérision systématique. L’image du « Sauvage » perdu en ville était incarnée à la télévision par Boubegra (L’homme à la vache). Dans les manuels scolaires le fellah était présenté comme « l’homme des cavernes », le primitif aux conduites archaïques, comme la cause sous-entendue du retard économique et social du pays. "El fellah el miskine" (Le paysan misérable) est le titre d’un texte sur le manuel de lecture arabe en IVe année primaire ! Dans la littérature, à l’image du paysan porteur des valeurs de résistance à la colonisation s’était substituée l’idée du gueux pitoyable incapable de s’adapter à la modernité, la civilisation et le progrès. L’absence du paysan comme sujet et objet dans la littérature cinquante ans après l’indépendance traduit le mépris dont il est victime dans la vision des nouveaux auteurs, après son apport décisif à la libération du pays de l’emprise culturelle coloniale. Aucun écrivain ne s’est intéressé aux hommes de la terre depuis 1962 ! Je suis le spécimen rare qui vit avec eux, partage leur quotidien et leurs valeurs, exprime leur bonheur et leurs douleurs, écrit pour eux, même s’ils ne me lisent pas forcement.

Pourquoi parler des paysans aujourd’hui ?

L’intérêt est dans le fait culturel ! Evoquer les paysans, particulièrement ces "fellahs propres" demeurés dans leur durée ancienne que le monde moderne n’a pas encore clochardisés, c’est exprimer les tentatives et les procédés de sauvegarde des savoir-faire, des pratiques socio-économiques ancestrales dans leurs rapports à l’environnement, à la nature, à la flore et la faune. Un mode de vie qui a intériorisé les apports positifs des diverses civilisations conquérantes qui s’étaient succédées sur l’Afrique du nord. Les mutations qui ont affecté ce mode de vie semblent tirer à leur fin, au point où les paysans ne trouvent plus à qui transmettre leurs savoirs, leurs qualifications, leurs habitudes et leur âme de résistants à la dénaturation, la déculturation, la ville leur ayant irrémédiablement arraché leur progéniture. Les paysans n’ont plus d’héritiers à qui transmettre leur testament.

Les présupposés de la destruction de la paysannerie algérienne traditionnelle avaient été introduits par la colonisation française après sa victoire sur la grande insurrection populaire de 1871 de Kabylie dirigée par Cheikh Aheddad et le bachagha Mokrani, avec l’installation progressive sur l’espace paysan des catégories de base du capitalisme (la propriété privée de la terre et des moyens de production, la monnaie et le crédit, la manufacture et le marché).

La résistance à la colonisation s’est déroulée sur le terrain économique même si les affrontements culturels fulgurants étaient plus visibles. Des centaines de soulèvements populaires et de jacqueries paysannes algériennes avaient émaillé l’histoire de la résistance à la colonisation française. Toutes les batailles avaient eu pour moteurs la propriété de la terre. Les colons français voulaient son appropriation, les fellahs indigènes voulaient sa préservation et sa réappropriation après les séquestres collectifs.

De 1830 à 1954, 130 ans de présence militaire française sur le sol algérien, les meilleures terres d’Algérie étaient passées aux mains des colons ! L’Etat algérien les récupère en 1962 pour en faire dans une première période le domaine autogéré, qui sera versé au fonds de la révolution agraire après 1971. Sur ces terres fertiles situées en plaine et dans les vallées ont poussé dans l’anarchie de vilaines cités de béton. L’urbanisation anarchique du pays rogne progressivement ces domaines qui constituaient autrefois le grenier à blé des multiples colonisateurs successifs du pays ! Ces vastes propriétés sont de nos jours en grande partie, entre les mains de spéculateurs. L’Etat les propose en exploitation aux grands groupes capitalistes, tout en gardant la propriété juridique. Ces terres constituent le domaine agricole étatique, dirigé par la bureaucratie du ministère de l’agriculture.

Les paysans dont je veux vous parler sont ailleurs. Je vous emmène sur un autre espace-temps, une terre avec une autre destinée, une terre avec une autre histoire. Nous sommes en montagne sur des terres qui n’ont pas connu le séquestre administratif mais que l’arsenal juridique colonial a morcelé au point où elles n’arrivent plus à nourrir et retenir leurs propriétaires. Dans la haute Soummam, là où je vis parmi les paysans, certains domaines agricoles avaient connu le séquestre après la grande insurrection paysanne de 1871, mais les algériens après trois générations, avaient réussi à les racheter aux colons. Ce fut le cas de ma famille.

Les efforts des paysans de Kabylie prenaient la forme de véritables sacrifices rituels. La famille indivise envoyait ses enfants à tour de rôle dans les usines et les chantiers de la métropole pour gagner l’argent nécessaire au rachat de la terre des ancêtres. Médiatiser aujourd’hui la vie paysanne traditionnelle c’est participer au sauvetage de la diversité culturelle contre l’uniformisation et la standardisation du monde. C’est sauver des poches d’autonomie sociale et culturelle, sauver des espèces de graines, des variétés de plantes, des espèces d’animaux menacées d’extinction. Réhabiliter les paysans au moment où ils sont chassés de leurs collines, leurs richesses pillées, leurs savoirs déclassés, leur mémoire réduite à néant, leur image dévalorisée aux yeux de leur progéniture. Ce n’est pas de la militance ordinaire de soutenir que les paysans sont l’avenir du monde.

L’avenir de notre planète passe par la réhabilitation des modes de vies paysans qui ont gardé la terre dans son état originel durant des milliers d’années – des modes de produire et de se reproduire en totale harmonie avec les logiques écologiques des éléments naturels et de tout ce qui vit sur terre comme faune et flore. Les savoir-faire et les savoir-vivre paysans, souvent jalonnés dans des calendriers agraires, obéissent à la logique de l’utilité et de l’usage selon les besoins existants et non à celle de la rentabilité et du profit qui crée et répand des besoins nouveaux.

Je n’ai pas pour objectif d’idéaliser des savoirs dépassés mais de donner la primauté à des ensembles de pratiques économiques et sociales qui respectent l’homme et la nature et qui ont constitué durant des siècles le soubassement économique aux valeurs sociales et aux expressions culturelles de la sagesse de l’homme dans ses rapports à la nature. La candeur et la naïveté qui s’en dégagent, souvent moquées par l’esprit moderniste rationaliste et calculateur, constituent à mes yeux, l’âme et la poésie de cette vie simple qui a protégé la planète durant les millénaires.

De la fragilité à la précarité

A peine ces paysans sortent-ils la tête de l’effroyable durée coloniale marquée par le martyre, la et l’incertitude de l’avenir qu’ils se retrouvent les bottes empêtrées dans la boue de la pollution, la saleté, les dégâts de la modernité qui sanctuarise le profit comme valeur motrice unique de l’humanité. Ils passent d’une situation de précarité sociale et sécuritaire où ils avaient malgré tout l’initiative historique vers un état où on leur impose une prise en charge, une assistance sociale contre l’abdication de leur rôle d’acteurs historiques maîtres de leur destinée et planificateurs de leur avenir.

De nos jours les paysans des montagnes font face à une concurrence déloyale. Ils ont pour rivaux les exploitants usufruitiers des grands domaines de l’Etat qui roulent avec des moyens insoupçonnés pour les intérêts de la bureaucratie rentière, avec des économies d’échelle qu’ils ont de la peine à imaginer. Face à cette rivalité vertigineuse, la majorité des montagnards abdiquent pour rejoindre le train de la ville. Ils nomadisent sur les routes de l’exode avec des haltes plus ou moins longues dans les bourgs et les villages qui poussent comme des champignons le long des nouvelles routes menant aux villes surpeuplées qui, elles aussi saturées, évacuent leurs nouveaux essaims de jeunes sans formation vers les grandes métropoles d’Europe et d’Amérique.

Les jeunes diplômes en poche, ou la tête vide et les bras forts, partent pour l’Europe et l’Amérique, légalement dans les réseaux de l’émigration organisée ou clandestinement au risque de leur vie dans des felouques de fortune, dans la cervelle la carte postale du monde libre avec ses richesses, ses belles villes propres, ses espaces infinis, ses rêves possibles et réalisables, ses belles-filles, ses beaux garçons. Pour les vieux, fini le travail agricole, ils font la queue devant l’écrivain public, bientôt les 65 ans et la retraite de l’émigration. Écrire à madame La France et demander de se presser de verser les euros salvateurs ! autant, durant l’époque coloniale, ils étaient dans une logique de résistance, acteurs historiques dans des situations de lutte souvent inégale sur les terrains d’affrontements culturels – Ecole, santé, religion, culture - Autant aujourd’hui, les paysans se retrouvent assistés pris en charge dans une logique de démission, d’attente et d’alimentation de l’exode.

Nous n’avons plus de paysans à vrai dire, mais des ruraux et des montagnards qui font le va et vient culturel, invariablement entre la campagne et la ville. Ils nourrissent les deux espaces en semant sur les itinéraires intermédiaires des pratiques, des gestes, des comportements culturels hybrides appris des grands médias internationaux, des télévisions de l’Orient et de l’Occident. En voulant "voler comme la perdrix nous perdons la démarche de la poule" dit un adage paysan du Djurdjura.

Le calendrier agraire de Kabylie

Voilà donc ma longue introduction tirant à sa fin. Vous savez que ma préoccupation est de réhabiliter les survivances culturelles des paysans du Djurdjura avec lesquels je vis depuis une quarantaine d’années. Ma problématique est de partager avec vous une vision, celle de la difficile transition des paysans de montagne vers une modernité qu’ils perçoivent comme la mort programmée de leur déclin, la fin de leur mode de vie, l’enterrement de leurs savoir-faire ,leurs savoir-vivre, leurs particularismes, tout ce qui a fait durant des siècles leurs différences, leur identité. J’adopte le calendrier agraire des fellahs du Djurdjura comme support de mon exposé. Cette éphéméride méconnue, survivance culturelle qui nous renseigne sur les rapports du paysan à son environnement durant une année pleine, est un condensé de savoirs qui fixe les étapes, les jalons et les pratiques agricoles géorgiques correspondantes.

Il faut savoir que le paysan de Kabylie vit ses rapports au temps dans quatre calendriers :

- Le calendrier grégorien adopté officiellement par l’Etat algérien

- Le calendrier lunaire musulman qui fixe les fêtes musulmanes et les obligations religieuses de l’Etat

- Le calendrier berbère survivance du calendrier de Jules César que le pape Grégoire XIII avait rectifié en l’an 1582.

- Le calendrier agraire de Kabylie.

C’est ce dernier calendrier qui m’intéresse comme fil conducteur de mon exposé. Il comporte les traces de l’amour, des soins que des montagnards reclus dans leur durée immobile portent à des arbres, leurs oliviers, leurs figuiers, leurs frênes, à des animaux, leurs ânes , leurs chèvres, leurs moutons, leurs bovins qu’ils mènent en transhumances sur les hauts pâturages du Djurdjura. Ces femmes et ces hommes qui ont échappé partiellement aux serres du progrès uniformiste organisent leur temps selon ce vieil almanach avec lequel ils prennent de larges libertés mais dont ils redécouvrent les vertus quand les recettes de la modernité ne donnent pas les résultats supérieurs escomptés. C’est un ensemble de rituels refuges qui se tuilent pour constituer le toit protecteur contre les averses dévastatrices du progrès.

Comment exprimer la vision des paysans aujourd’hui que le pays est urbanisé dans sa quasi-totalité, en ces temps où l’on ne sait plus si c’est la campagne, la ruralité, qui a envahit la ville ou bien les avatars des valeurs citadines qui se sont installées et phagocyté le monde rural. Ce sont des survivances culturelles, des savoir-faire en voie d’extinction, des pratiques sociales d’une société en déshérence, une oasis de culture moyenâgeuse en plein 21e siècle, je mettrai la lumière sur ce qui reste après que tout ait été oublié. Presque tout. Mon exposé suivra les étapes essentielles de ce calendrier agraire de Kabylie dont je vous distribue une copie, que j’ajoute en annexe de ma contribution. Après cette longue introduction qui a situé les acteurs concernés, mon intervention se fera en trois temps:

1- La durée des préparatifs de la récolte qui s’étend du début Octobre à la mi-décembre avec les deux grands rituels d’ouverture. L’ouverture de l’année agraire par les "labours d’Adam" et le démarrage de la cueillette des olives par Timechret, le repas collectif villageois !

2- Le temps de la récolte qui s’étire sous les caprices du ciel de la mi-décembre à la fin mars, voire début avril, quand la quantité à cueillir est importante. Elle sera entrecoupée de nombreuses haltes festives, notamment par Yennayer le jour de l’an Berbère. Elle prend fin par Imensi Ou-zemmour, le diner rituel de fin de récolte. Le démarrage des moulins est fêté comme il se doit par Azounzou, un rite de dégustation des premières huiles obtenues sans pression. Les reflexes de solidarité s’expriment dans Tiwizi, un élan collectif d’entraide en faveur de ceux qui n’arrivent pas à finir leur récolte alors que la neige menacent d’emporter les arbres et les fruits !

3- Enfin la période de l’après cueillette qui prend six mois durant lesquels de nombreux travaux sont engagés dans les oliveraies selon un calendrier précis soumis à des rituels, des interdits, des pratiques qui relèvent de vieilles traditions, certaines confortées par la science agronomique d’autres contredites par le savoir moderne mais qui continuent à persister chez certains idéalistes

Rachid Oulebsir

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 00:32

Liberte

 

Jeudi, 28 Février 2013 09:50Facebook ImprimerEnvoyerRéagir

24e ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION DE MOULOUD MAMMERI

Hommage au symbole de la résistance tranquille

Par : Samir Leslous

Des activités culturelles, durant toute une semaine, lui seront consacrées. L’ouverture a été une occasion de rappeler l’apport considérable de Mouloud Mammeri à la littérature, à l’anthropologie, ainsi qu’à la culture et l’identité amazighes.

Ils étaient nombreux à braver les dures conditions climatiques marquées, mardi, par d’importantes chutes de neige, pour prendre part à l’ouverture de la semaine commémorative organisée par l’association Talwit, en hommage au monument de la culture berbère et illustre écrivain Mouloud Mammeri à l’occasion du 24e anniversaire de sa mort, le 26 février 1989. Lors de la cérémonie d’ouverture, le président de l’association organisatrice a d’emblée souligné que si l’hommage s’est voulu grandiose cette année, c’est pour mettre en évidence le travail de Mammeri pour la libération de l’Algérie à l’occasion de ce cinquantenaire de l’indépendance du pays. C’est à ce titre d’ailleurs que la lettre intitulée “Lettre à un Français” a été envoyée le 30 novembre 1956 à Jean Sénac pour lui décrire avec des mots lourds de sens les méfaits du colonialisme qu’il accusait alors d’être le seul grand coupable de la grande tragédie avec tout ce que cela sous-entend comme larmes et sang des innocents. Une lettre écrite dans un verbe à la mesure de la conviction et de la grandeur de l’homme. Cet homme-même que Salem Chaker aimait à qualifier de résistance tranquille, avec les paroles ciselées, les vraies valeurs, faites de présence, d’être et de dire, de sagesse, et jamais d’agression, de violence ou de haine. L’orateur évoque ensuite l’œuvre culturelle de l’homme que fut Mammeri qui, à travers ses recherches et ses travaux, a insufflé, rappelle t-il, un souffle nouveau à la question de l’intégration de la dimension amazighe dans l’identité nationale. Le chef de daïra, auquel la parole fut donnée, a déclaré que “Mouloud Mammeri a été l’homme qui a passé sa vie durant à reconstituer le puzzle des valeurs et de la personnalité de l’homme amazigh, et chacune de ses phrases est un programme et un souffle pour la culture berbère”. C’est pourquoi, dit-il, “il ne faut jamais l’oublier, lui qui a toujours lutté contre l’oubli”. Poursuivant les témoignages, l’ancien élève de Mammeri, l’anthropologue Yacine Si Ahmed, raconte plutôt le Mammeri professeur avec qui il s’était lié d’amitié et avec qui il participait à l’élaboration du lexique berbère sur fond du régime dictatorial de Boumediene. II rappelle aussi les péripéties de la réalisation par Abderrahmane Bouguermouh du film “La colline oubliée”. “Le projet a été arraché parce que dans la commission de la lecture du texte à l’époque, il y avait entre autres, Tahar Djaout et Mouloud Achour” a-t-il expliqué. Lors de son intervention, le président de l’APC de Ben Yenni a révélé qu’une stèle en bronze à l’effigie de Mouloud Mammeri est en cours de réalisation en Allemagne et elle sera récupérée une fois achevée.
Les témoignages devaient se poursuivre avec une conférence de Lounis Aït Menguelett, et les activités devront s’étaler sur toute la semaine avec, entre autres, un concours de dictée amazighe, une projection de Samir Aït Belkacem, un spécialiste du doublage en tamazight, puis une conférence de Younès Adli et de nombreuses autres activités culturelles.

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 20:46

el watan

 

Evocation. «Le fils du pauvre» dans «La misère en kabylie»

Eternel Fouroulou

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le 02.02.13 |

Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun (1913-1960) publié en 1950, est un classique de la littérature algérienne, l’un des plus beaux et des plus connus des romans ou récits qui ont émergé avec l’Ecole d’Alger, et qui a obtenu, à juste titre, le grand prix de la ville d’Alger l’année-même de sa publication. C’était bien la première fois que ce prix était attribué à un écrivain indigène.

C’est aussi l’un des premiers romans que la génération algérienne de l’indépendance, encore collégienne ou lycéenne, eut à étudier, en même temps que Nedjma (1956) de Kateb Yacine, La grande maison (1952) de Mohamed Dib et La colline oubliée (1952) de Mouloud Mammeri. Ce fut, bien sûr, pour cette génération, une découverte extraordinaire que cette littérature indigène, méconnue d'elle jusque-là. Ces romanciers qui surgirent subitement dans une culture prodiguée par l’école française, avec les philosophes des lumières, Diderot, Montesquieu, Voltaire et Rousseau, les poètes tels que Baudelaire, Verlaine et Rimbaud et les grands écrivains tels que Victor Hugo, Emile Zola et Stendhal. Si Le fils du pauvre nous interpelle aujourd’hui, plus qu’aucun autre roman de sa période, c’est parce qu’il est un témoignage «vivant» de ce que fut la misère en Kabylie durant la période coloniale, mais aussi parce que son auteur eut une fin de vie des plus tragiques, assassiné par l’OAS le 15 mars 1962, à Alger, à 4 jours du cessez-le-feu, avec cinq de ses confrères, alors qu’ils étaient en pleine séance de travail. Mouloud Feraoun étant, à l'époque, engagé dans les centres socio-éducatifs créés sous l’égide de Germaine Tillon, et dont il était inspecteur.

La fin tragique d’un auteur rend son œuvre encore plus attachante, comme l’est aujourd’hui celle du poète engagé Tahar Djaout, assassiné durant la triste période algérienne appelée «décennie noire». Il est clair qu’on ne peut dissocier une œuvre de la vie de son auteur. Car, que serait l'œuvre d'un Albert Camus par exemple si sa vie fut un fleuve tranquille ? Il est en effet impossible de comprendre La peste, si l'on ne sait pas «qu'arracher» un Algérois de sa ville, comme le fut Camus, c'est lui enlever le souffle nécessaire à sa vie. Et que serait l'œuvre d'un Stefan Zweig sans sa vie de «Juif errant» qui lui permit de donner à l'humanité de sublimissimes nouvelles, telles Vingt quatre heures de la vie d'une femme et Le joueur d'échecs et qui finit suicidé au Brésil ? Et que serait l'œuvre de Soljenitsyne s'il n'avait pas vécu le goulag ? Le vécu de l'écrivain est aussi important que l'œuvre elle-même. Mouloud Feraoun n'a été assassiné par l'OAS que parce qu'il était un symbole de la réussite indigène et qu'il avait dédié sa vie aux membres de sa communauté afin de les sortir de l'ignorance et par là même de la servitude.

Le fils du pauvre est, à n’en pas douter, le récit de l’enfance de Mouloud Feraoun. Et, en redécouvrant cette œuvre avec le recul des ans, on ne peut que mieux comprendre les propos de l'écrivain sur l’indépendance de l’Algérie, lui qui écrivait : «L’idée d’indépendance est devenue pour nous la seule raison de vivre. Nous avons peut-être eu tort de laisser s’incruster en nous cette idée folle, mais il n’est pas question de l’en arracher» (cité par Ferhat Abbas in L’indépendance confisquée, p. 32).

En relisant cet ouvrage, avec donc le recul des ans, assurément cette lecture ne peut être que sensible au poids des mots. Et il n’y a là aussi aucun doute que cette œuvre de Mouloud Feraoun qui témoigne d’un vécu vienne en complément des écrits politiques de ses compatriotes de la période, tel Le jeune Algérien de Ferhat Abbas, dénonçant l’injustice, puisque maints spécialistes de la littérature algérienne, attestent que Le fils du pauvre a été écrit au début des années trente. De ce fait, si dans le domaine littéraire qui est le sien cette œuvre est un témoignage édifiant de ce que fut la misère en Kabylie durant la période coloniale, elle est aussi un engagement politique.
L’enfant Fouroulou (l'auteur, bien sûr) grandit dans une famille nombreuse de six personnes : le père, la mère, les deux sœurs (Titi et Baya) et lui-même, où «le couscous noir» était le repas quotidien, la viande seulement les jours de fête. «La viande est une denrée rare dans nos foyers. Ou plutôt non ! le couscous est la seule nourriture des gens de chez nous», raconte Fouroulou.

Le dur labeur du fellah, en l’occurrence le père, qui trime pour assurer la subsistance de sa famille, sans jamais arriver à la nourrir à sa faim : «Mon père avait beaucoup de soucis pour faire vivre sa famille», écrit l’auteur, qui poursuit : «Mon père réussissait avec beaucoup de vigilance à assurer à sa maisonnée le maigre couscous quotidien. Lorsque les travaux des champs étaient momentanément arrêtés, durant la période qui s'écoule par exemple entre la fenaison et la moisson, ou bien entre la moisson et le battage, il se faisait manœuvre et aidait comme journalier deux maçons qui construisaient pour les riches». Fouroulou était habillé à longueur d’année d’une gandoura défraîchie : «Je me vois ainsi vêtu d'une vieille gandoura décolorée par les mauvais lavages, coiffé d'une chéchia aux bords frangés et crasseux, sans chaussures ni pantalon». Pour se nourrir, il profite de la présence sur un chantier de son père (devenu ouvrier lorsque le travail des champs est arrêté), pour partager sa gamelle, et qui garda longtemps dans la bouche le goût d’une simple soupe à la pomme de terre, comme d’autres garderaient le goût de la crème chantilly : «Devant de telles richesses, la joie prend le pas sur la honte du début. C'est la joie animale de nos estomacs vides».

Ce n'est qu'au sein de la «djemaâ», havre de paix, que les pauvres se sentaient exister comme êtres humains à part entière, Car ces pauvres gens «craignaient l’isolement comme la mort». «La djemaâ, écrit l’auteur, est un refuge sûr, toujours disponible et gratuit».
Avec l’arrivée de son petit frère, prénommé Dadar, sept personnes désormais à nourrir, et une seule qui travaille, le père qui «se démène comme un diable ne perd aucune journée, et ne permet à personne aucun luxe. Il tremble à l’approche des ''aïds'' qui engloutissent les sous. Il tremble à l’approche de l’hiver qui engloutit les provisions.» «Fouroulou, ses sœurs et son frère grandissent comme ils peuvent». Le père qui tombe malade et c’est la tragédie «avec la misère à ses trousses». «Il vendit tout ce qu’il possédait et hypothéqua son champ et sa maison. Plus aucune solution que l’immigration». Il quitte le village pour la France, laissant derrière lui femme et enfants éplorés.
La veille du départ, Fouroulou surprit son père, en pleine nuit, en train de prier Dieu et les saints, «demandant à la providence d’avoir pitié de lui, de venir à son aide, d’écarter les obstacles de sa route, de ne pas l’abandonner. Puis, dans un élan désespéré, il l’implorait de veiller sur ses enfants».

La douleur de son père serra la gorge de Fouroulou et des larmes se mirent à couler silencieusement sur ses joues.
Les pieds glacés de froid de sa tante maternelle (et préférée), Yamina, qu’il appelle «Nana», ne le laissent pas indifférent. Elle n’avait pas de quoi se chausser dans cet hiver givrant des montagnes de Kabylie. Qu’est-ce qu’une paire de souliers dans cette Algérie de l’entre-deux-guerres, où les Européens d’Algérie vivaient dans le chic, leurs maisons bien chauffées et leur table bien garnie, et lorsqu'à Paris c'était l'insouciance des années folles ? Nana qui enfanta d'un bébé mort-né mourut en couches, et c’est là assurément la plus belle partie du texte, où le petit Fouroulou perdant sa tante bien-aimée est confronté à la mort. «Je fus brutalement réveillé par les cris de ma mère et de mes sœurs : ma douce Nana venait d'expirer. Oh ! Je me rappellerai toujours ces cris et la suprême angoisse qui me fit sursauter, m'enleva de ma couchette et me fit hurler d'épouvante. Chaque fois que j'entends les lamentations de nos femmes sur les morts, je frissonne malgré moi car elles me rappellent toujours le déchirant réveil qui m'apprit la mort brutale de ma tante». Et il poursuit : «La mort a tout pris. Elle laisse un masque indifférent, imprévu qu'elle dresse comme une barrière implacable contre laquelle notre douleur vient buter misérablement, sans échos»...

«Pour tous les gens du village, ce qui nous arrivait là ne sortait pas de l'ordinaire. La mort fauche couramment des gens dans la fleur de l'âge. On pleure, on se lamente à s'enrouer la voix pour une semaine, puis on se hâte pour se dire que l'on reste après le disparu et que, malgré tout, le mal est sans remède, puisque rien n'influe sur l'inexorable horloge du destin... Ma mère a vu mourir un frère, des sœurs, sa mère, puis son père. Elle est familiarisée avec la douleur et le silence».

Combien de femmes mortes en couches en Kabylie durant la période coloniale, et combien de bébés mort-nés ? L’écrivain dit lui-même être le premier garçon né viable dans sa famille. Et nous ne pouvons pas ne pas rapporter quelques phrases d’un article publié dans Egalité, journal de Ferhat Abbas, et sur deux éditions, le n° 54 et le n° 55, et intitulé «Le dur destin de la femme kabyle» : «Cette mère admirable, d’un dévouement entier, capable de tous les sacrifices, la mère kabyle ne peut pas être une mère complète. L’ignorance, le manque d’hygiène, les dures conditions de vie, élèvent la mortalité infantile à un taux effrayant. Il n’est pas rare de rencontrer des femmes à qui il reste deux enfants, un, ou pas du tout, alors qu’elles en ont eu dix, douze. Il suffit de si peu de choses pour emporter le petit… Alors, se produit chez les mères qui ont perdu tant d’enfants une lente accoutumance, une adaptation à la douleur…Et dès que s’offre un moment de loisir, la pente naturelle de leur âme les entraîne aux larmes, comme le fleuve va à la mer…» (signé Juba III). Fouroulou sut saisir la chance que lui offrit l’école pour sortir de sa situation de miséreux. Il réussit le concours d’entrée à l’Ecole Normale et devint instituteur. Quelle revanche du destin pour le fils du pauvre !

A la lecture de ce beau récit qu’est Le fils du pauvre, l’on comprend d’autant mieux pourquoi Albert Camus, alors journaliste à Alger Républicain, préféra dénoncer la misère en Kabylie plutôt que celle qui se trouvait à côté de lui, à «Laâqiba», quartier arabe par excellence de Belcourt, mitoyen de sa maison. Car la misère où végétait la population indigène de Belcourt n’avait assurément rien à voir avec celle que décrit Mouloud Feraoun dans Le fils du pauvre. Et c’est parce qu’il avait dénoncé cette effroyable misère dans ses articles intitulés «La misère en Kabylie» qu’Albert Camus se retrouva interdit d'écriture et Alger Républicain suspendu. Albert Camus dit lui-même «qu'il avait été le seul journaliste français obligé de quitter l'Algérie pour avoir défendu les musulmans». Et comme le précise Roger Grenier dans son ouvrage Albert Camus, soleil et ombre : «On s'arrangea pour que Camus ne puisse plus trouver du travail en Algérie.»
Albert Camus et Mouloud Feraoun étaient d'ailleurs amis, ils tinrent une longue correspondance... Mais ils avaient des divergences au sujet de l’indépendance de l’Algérie. Ceci est une autre question qui mériterait à elle seule une longue réflexion, car elle attira au prix Nobel de littérature l'animosité aussi bien de ses frères de sang que de ses amis algériens, qu'il appelait pourtant «mes frères ». Albert Camus se dit victime de l'incompréhension. Pour en revenir à ce classique de la littérature algérienne qu'est Le fils du pauvre, nous pourrions dire que s'il est un témoignage «vivant» de la misère en Kabylie durant la période coloniale, il est aussi un hymne à l'effort et au travail, qui finissent par être récompensés. Malheureusement, l'assassinat de Mouloud Feraoun à la veille du cessez-le-feu l'a privé de vivre l'indépendance de son pays, «cette idée folle» devenue réalité.



Leïla Benammar Benmansour. Diplômée de l’Institut français de presse, Docteur en information et communication, essayiste et auteure notamment de «Ferhat Abbas, l’injustice», Ed. Alger-Livre, 2010.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 23:43

Le Matin

 

 

Ils reviennent fébrilement des villes, sensibles à l’appel de l’olivier, pour cueillir ce fruit à la sève miraculeuse.

Contrairement à l’olivier, qui est une valeur sûre, le pétrole n’est pas éternel.
Contrairement à l’olivier, qui est une valeur sûre, le pétrole n’est pas éternel.

Fonctionnaires ,retraités ,simples ouvriers d’usines, ils sacrifient leur repos estival pour réserver leurs vacances à la cueillette des olives ! Ils passent leurs week-ends dans les champs avec femmes et enfants, à reproduire les gestes ataviques des aïeux, à réanimer les vieux reflexes de solidarité en invitant les frères et les voisins à Tiwizi, l’ancestral rituel d’entraide ! Il faut que toutes les olives soient ramassées et menées vers les moulins comme le veulent les valeurs des anciens !

Ce sont les paysans d’antan porteurs de savoir-faire avérés engloutis par les villes, les fellahs accomplis déracinés par la colonisation et charriés par fournées entières vers les cités abandonnées par les colons à l’indépendance du pays ! Simple nostalgie ou besoin économique ? Il y a des deux ! Plus forte encore est la nécessité de renouer avec le monde des parents, les valeurs des ancêtres, retisser le lien perdu entre la terre et les enfants nés en ville, redonner du sens à la vie ordinaire des ruelles anonymes des cités dortoirs en injectant un zeste de réalité, un peu d’air frais de la montagne, une odeur de racines anciennes , un peu de bonheur dans la routine corrosive de la fausse modernité urbaine. Allier l’utile à l’agréable, cueillir les olives et piqueniquer dans l’herbe entre les lentisques, les genêts et les romarins dans un panorama de rêve, un ciel bleu colonisé par les vols d’étourneaux, qui se perdent au loin derrière comme des grains de café semés à l’horizon sur les crêtes enneigées.

Que la montagne est belle !

Que la Kabylie est belle, les enfants des villes peuvent-ils s’imaginer en voyant un vol d’étourneaux que le temps des olives est arrivé ? Dirons-nous pour paraphraser Jean Ferrat ! Ils découvrent que la montagne est surprenante, que le respect, la solidarité et l’hospitalité existent encore , que voir des animaux libres qui paissent dans l’insouciance et des vols d’oiseaux sans rien payer est possible, que la vie simple des paysans procure un immense bonheur !

«Il y a des joies qui ne s’achètent pas, des plaisirs insoupçonnés, des bonheurs tranquilles… ces joies, ces plaisirs, nous seuls les connaissons lorsque nous allons le matin aux champs faire la cueillette dans la rosée» écrivait Mouloud Feraoun dans son roman «Jours de Kabylie»

Il y a longtemps que le verger oléicole national est à l’abandon ! Délaissé par ses propriétaires parce qu’il ne les faisait plus vivre et déclassé par l’Etat parce qu’il ne procure pas les mêmes rentes que le pétrole ! Avec le déclin de l’oléiculture de nombreuses pratiques séculaires du terroir, socle de l’identité locale, sont tombées dans l’oubli. Avec ses pratiques productives de richesses ont périclité les valeurs existentielles essentielles qui ont permis à nos ancêtres de résister aux multiples colonisateurs et de chasser le dernier.

Ce retour à la terre même tardif est salvateur pour les cultures et les hommes ! Il est porteur d’espoir pour les enfants de ce pays qui dans les décennies à venir ne bénéficieront sans doute pas des rentes des hydrocarbures ! Renouer avec l’effort et les valeurs essentielles de l’humanité, sortir de la logique de l’assistanat et de la dépendance de l’économie rentière !

Ces citadins attirés par le grand air et l’espoir de repartir avec de l’huile d’olive propre, l’huile de leurs oliviers triturée dans un moulin à renommée bien établie, sont conscients du déclin. Un grand nombre d’entre eux ont repris en main les oliveraies familiales, organiser la relance de la culture, densifié les plantations par de jeunes variétés plus résistantes aux maladies, modernisé les outils de productions et les pratiques de récolte. C’est bon signe même si ces pionniers ne sont pas encore légion ! Ils savent que la tache est rude que l’Etat qui a les moyens est loin des paysans qui ont le savoir-faire et la volonté de relance !

Le terroir est malade. Le savoir-faire s’est perdu. Les rituels identitaires se sont folklorisés. La vieille génération d’oléiculteurs s’accroche à un passé idéalisé, sans pouvoir transmettre des compétences mesurables autres que des clichés et des croyances régulièrement démenties par la science agronomique. La nouvelle génération d’oléiculteurs découvre le résultat effrayant de l’abandon de cet arbre emblématique durant les quarante ans qui ont suivi la guerre de libération, fracture de huit années de braises. Des survivances culturelles fébrilement sauvegardées par quelques tenaces idéalistes entretiennent l’espoir ténu d’une relance salvatrice.

La mort de l’oliveraie

Le verger national de l’olivier n’a cessé de se dégrader et de dépérir et sa culture de s’appauvrir depuis 1964, année durant laquelle le premier gouvernement de l’Algérie indépendante avait interdit l’exportation privée de l’huile d’olive. Cette décision, prise en représailles contre la région kabyle qui avait abrité et entretenu une rébellion armée en 1963 connu sous le nom de "maquis du FFS", avait supprimé, pour les oléiculteurs de Kabylie, le métier de négociant international de cette noble matière grasse, coupant l’Algérie des nations développées telles l’Italie, l’Espagne ou la Grèce, pays où l’oléiculture est une préoccupation stratégique nationale.

La réforme agraire de Houari Boumediene viendra, dans les années soixante-dix, reléguer l’olivier au statut d’arbre décoratif. Ce fut l’abandon de l’olivier national et le début de l’importation de l’huile d’olive de Tunisie ! L’olivier symbolisait la fierté d’une région, la liberté et l’autonomie du paysan montagnard kabyle. Les choix politiques en matière d’agriculture ont ruiné les fellahs et accéléré l’exode rural. Dans les années quatre-vingt, des options technicistes en matière d’outillages propres à l’oléiculture ont accéléré la déstructuration des rapports entre les producteurs d’olive et les oléifacteurs, fabricants d’huile. L’importation de la « chaîne continue » après la « super presse », deux types de moulins à olive qui utilisent très peu de main d’œuvre, a tué les pratiques ancestrales liées à la trituration de l’olive. Plusieurs métiers ont ainsi disparu. Les scourtiniers qui tissent les sacs plats servant à presser la pâte d’olive, les bûcherons qui alimentent de leurs fagots les moulins traditionnels, les connaisseurs des pressoirs qui manœuvrent les divers outillages et ustensiles anciens, tous ces métiers ont périclité. Le résultat des diverses politiques jacobines qui n’ont jamais associé les paysans à la réflexion sur les choix et encore moins sur les décisions est là : Au prix de 500 à 600 dinars le litre, l’huile d’olive est devenue un produit de luxe inaccessible aux bourses moyennes. Avec une consommation moyenne de moins de deux litres par an, l’algérien est un faible utilisateur d’huile d’olive, contrairement aux idées reçues. Malgré l’importance du verger oléicole qui occupe 40% de la surface arboricole nationale, l’olivier ne produit que 5% de la consommation nationale en graisses végétales et en huiles, ce qui impose un recours à l’importation des huiles de graines pour une valeur oscillant entre 600 à 800 millions de dollars par an.

L’Algérie compte environ 20 millions d’oliviers en production, sur les 40 millions déclarés récemment par le ministère de l’agriculture, quantité négligeable par rapport aux possibilités de la surface agricole utile (SAU), très loin derrière la Grèce avec 96 millions d’oliviers, la Tunisie et ses 55 millions d’arbres et sans aucune comparaison avec l’Italie ou l’Espagne, dont le verger dépasse les 200 millions d’oliviers.

Dans le verger national, qui a échappé à la politique coloniale de la terre brûlée, 40% des oliviers sont atteints de vieillesse et ne produisent plus rien. L’exode rural massif, qui a éloigné les paysans de leur terre, s’est accompagné de la déperdition des connaissances et pratiques liées à l’oléiculture transmises durant des siècles par les ancêtres. Les jeunes algériens ne savent rien, ou presque, de l’olivier, sa culture, sa production, sa protection, son avenir et tous les bienfaits qu’il prodigue à l’être humain, d’où le peu d’intérêt qu’ils accordent à cet arbre miraculeux.

L’huile d’olive, symbole du blason identitaire

L’huile d’olive occupe une place à part dans l’économie réelle et dans l’imaginaire populaire. Elle est à la fois le symbole de l’autonomie économique et de la liberté, le médicament pivot dans la pharmacopée traditionnelle, l’aliment incontournable des résistants à l’envahisseur et l’occupant, l’équivalent général pour l’échange et le troc, une valeur sure qui conserve la richesse du paysan, c’est carrément la principale armoirie dans le blason identitaire de Kabylie.

L’oléiculture algérienne vit sur des mythes. L’huile produite par le moulin traditionnel, à meule de pierre et presse de bois, qui triture l’olive bien mûre à la cadence d’un cheval serait la meilleure du monde. L’huile d’olive est redevenue de mode en occident. Celle de Kabylie a la chance d’être entièrement biologique. L’olive est produite sans engrais, sans pesticides, triturée sans adjuvants. L’huile, fabriquée selon les procédés technologiques européens, est conditionnée sans conservateur ni colorant et classée suivant les normes internationales.

Le célèbre cru de Tablazt dans la Haute Soummam médaillé à l’exposition universelle de Bruxelles de 1910, les huiles âpres des orées forestières des Bibans, les huiles vert jade des piémonts d’Illoula, les huiles lourdes de haute Kabylie aux arômes fugaces de pin et de chêne, les huiles rose orangées de Seddouk, les huiles mordorées du littoral des Babors, ce florilège aux mille saveurs, aux mille couleurs, signerait-il la renaissance de notre olivier ?

Dans l’attente de la création d’un marché national de l’olive et d’un autre similaire de l’huile d’olive qui sanctionneraient l’effort, l’innovation et la qualité, la filière est menacée par le marché informel où l’huile frelatée , mélange d’huile d’olive fortement acide et d’huile de soja sans gout, domine la consommation domestique et le secteur de la restauration rapide dans les villes.

Libérez l’avenir

L’olive de Kabylie est produite sans engrais, sans pesticides. L’huile est entièrement naturelle avec un goût de maquis fleuri de romarin (amezir), de bruyère (Afouzel) de lentisque (amadagh) et de jujubier (Azougar). De nombreuses variétés concourent à une pollinisation riche et plurielle. Autrefois l’huile algérienne avait sa place sur le marché international. Des considérations politiques relevant d’un nationalisme étroit et sectaire ont fait perdre au pays l’un de ses plus sérieux atouts dans la mondialisation. Il demeure, selon les estimations des spécialistes, agronomes et économistes qu’au coût de production actuel, l’huile de Kabylie remplissant les paramètres organoleptiques exigés par le marché est parfaitement concurrentielle avec ses qualités et ses défauts.

De nombreux moulins produisent, depuis plusieurs années, de l’huile aux normes du marché européen, à moins de 0,8 degré d’acidité. L’exportation reprend timidement, même si le conditionnement pose un sérieux problème. L’emballage alimentaire homologué conforme aux conditions du marché mondial coûte encore trop cher.

Tant que des signaux sérieux de redressement de l’oléiculture ne sont pas visibles sur le tableau de bord de cette branche de l’agriculture, ni les capitalistes nationaux ni les étrangers ne s’intéresseront à l’huile algérienne fut-elle la meilleure du monde. La branche économique de l’oléiculture est l’une des chances algériennes, dans le combat que se livrent les multinationales sur le marché mondial sans frontières et sans tarifs douaniers.

Contrairement à l’olivier, le pétrole n’est pas éternel. Aider les producteurs, comme le font tous les gouvernements européens, au lieu de renflouer les caisses des spéculateurs, voilà l’unique démarche salvatrice qui s’impose à l’Etat algérien pour sauver la spécificité de la branche oléicole. Libérer le paysan et l’artisan des mains maléfiques des bureaucrates rentiers, c’est libérer l’avenir.

Rachid Oulebsir

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 19:30

Source : Dépêche de Kabylie 17 decembre (pour les auteurs de ces articles, consultez : http://www.depechedekabylie.com/ddk-tamazight/index.1.html)

 

 

Tizi Wezzu Yetturaju i useggas-agi

30 iqenṭaren n uzemmur ...

Yetturaǧu ad tawweḍ lɣella n zit n uzemmur i usggas-agi,di lwilaya n Tizi Ouzu , armi d 30n yiqenṭaren deg hiktar, aya ɣef leḥsab n wayen iɣ-id-xebbren yemḍebren n tfellaḥt i itabaεen taɣiwant n draε lmizan, i ibeεden ɣef lwilaya n tizi uzu s wazal n 45 kilumitr. tamnaḍt–agi i ittwasnen s lxudma n wakal d tuéut n yiguma yemgaraden , teǧǧa imḍebren n tenmahla n tfellaḥet ad sεun asirem deg unarni n leɣella n zzit i yetturaǧun i useggas-agi , yella-d wanect-a di lwaqet i deg timest texdem axeûûar di tefarkiwin n uzemmur i kesben warraw n temnaḍin yemgaraden i yeqqnen ɣer lwilaya n tizi uzu, si lejiha niḍen tanmehla n tfellaḥt n tizi uzu tssawel i uḥader n leɣella uzemmur, amakken tessaḥres daɣen ɣef amek i ilaq ad yettwjmaε uzemmur, ayen yellan d tagnit i kra n yifellaḥen i yessawḍen ad smersen iwelihen isen-yettunefken sɣur imusnawen yeεna weḥric-agi ,d ayen ara d-yilin i lefayda n uḥareb ɣef leɣella n zit, ɣef I d-yettili waṭas n usuter ama I lemakla ,ama I lefayda n uḥareb ɣef ûûeḥa n wumdan d tezmart-is megal aṭanen yemgaraden .

 

 

 

 

236 000 iqenṭaren n ččina

Azal n 236 000 iqenṭaren n ččina i yetturajun aseggas-a ɛla ḥsab n tnemhalt n tffelaḥt deg tamiwin yemxallafen n lwilaya n Tizi Ouzou, ladɣa di tɣiwanin n wunẓul, Draɛ Ben Xedda, Tadmayt, Iredjen, Tizi wezzu. Ajmaɛ n lɣella acḥal n ledwaṛ aya. Ar tura yella-d waazal n 2% n n wejemaɛ n lɣella. Lmandarin turew s zyada asegga-s. Ad d-nesmekti belli ulla d aseggas iɛeddan lɣella n ččina d tin yelhan imi tewweḍ ar 244 703 iqenṭaren. Ad nar tamawt belli lwilaya n Tizi wezzu d tin i-d-yesfayeden s yiwen wahil n tuẓut n tejur n ččina deg iseggasen yezrin (wazal n 51 n yihegṭare). Imḍberen n weḥric-a gezmen-tt di rray ad ɛiwnen afelaḥ ara yeẓẓun tibeḥirt n ččina s 72 000 idinaren, rnu ɣur-s lemɛawnat niḍen. Aya i wesijhe d wesnerni n lɣella.

Maca yesunefk ad d-nini belli ɣas akken lɣella d tin yelhan maca, ččina mazal-itt ɣlawet di suq, imi ur d-ɣli ara ddaw n 100 idinaren i kilu.

 

Ulac aman di Tifuɣal

Imezdaɣ n taddart n Tfuɣal i-d-yezgan deg tɣiwant n At Yeḥia Musa deg unẓul n lwilaya n tizi Wezzu, d wid i yeččetkin s lexṣaṣ n waman n tissit seg nig n 4 wagguren aya. d anebdu neɣ d cetwa, zgan imezdaɣ n taddart-a ttnadin ɣef waman n tisit. Ma yella di cetwa leɛwanṣer ttazalen, lebyur ččuren, deg unebdu taswiɛt teqseḥen, imi imezdaɣ ladɣa tilawin, zgan ttganin tiliwa. Liḥala-a tḍul, ɣas akken imḍebren weɛden s tifrat n weɣbel-agi i iceɣben lɛama. Ad ner tamawt belli taddart-a tezga-d deg teqacuct, aya d ayen iten-yeǧan ad tidiren deg weɣbel n waman, imi ulac la station de pompage. Ɣs akken imḍebren n weḥric n waman waɛden s tifrat n weɣebel, mbaɛd lɛid tameqrant, ar ass-a mazal tikebbaniyin i yestukulfen s lecɣal ur bdint ara axedim nsent.

Ad ner lwelha belli mačči alla taddart-a i yettidiren deg weɣbel n waman , imi 8 n tɣiwanin n ugafa mazal ttraǧunt acudu nsent ɣer ubaraj n Taqsebt, ara d-yilin deg taggara n useggas-a.

 

Timlilit tagraɣlant ɣef tsuqilt tamaziɣt

Ass n umenzu d wass wis sin deg wagur n dujembeṛ, tella-d yiwet n temlilit tagraɣlant ɣef tsuqilt tamaziɣt di tesdawit Mouloud Mammeri n Tizi Wezzu. Timlilit-a umi yettunefk yisem : « Tasuqilt tamaziɣt d ajmil i unadi di tussniwin talsanin d tussniwin tinamunin » (La traduction amazighe au service de la recherhce en sciences humaines et sociales) ; yessudes-itt-id Usqamu Unnig n Timmuzɣa(HCA) s lemɛawna n Ugezdu n Tutlayt d Yidles n Tmaziɣt n Tizi Wezzu akked Usinag n Inadiyen d Tezrawin ɣef Umaḍal Aɛṛab d Umaḍal Imeslem (IREMAM) n tmurt n Fṛansa ; s tasayt(sous la responsabilité) n massat : Boudjema Aziri(HCA), Kamel Chachoua(IREMAM) d Azeddine Kinzi(DLCA n Tizi Wezzu). I teɣzi n sin n wussan, aṭas n yisaragen i d-yettunefken sɣur isdawiyen i d-yerzan ɣer temlilit. Seg-sen llan wid i d-yewwin awal ɣef tussna n tsuqilt(traductologie) deg taɣult n tmaziɣt, d tamsalt iɣef d-yefka asarag pṛufisur Mohand Tilmatin(tasdawit n Cadix Spanya) d Sadi Kaci(tasdawit n Tizi Wezzu). Llan daɣen yisdawiyen i d-iseknen tizrawin i ggan ɣef tsuqilt deg uḥric n tsekla : Tasleḍt n tlata n tsuqilin ɣer tmaziɣt d taɛṛabt n ungal n Mouloud Feraoun (le fils du pauvre) i d-yesken mass Boudjema Aziri(tasdawit n Lezzayer, HCA) ; tasleḍt ɣef usuqel n timawit deg ungal(tawargit d imik) n Mohamed Akounad, d tazrawt i d-yesken mass Sguenfel Mohamed (tasdawit Ibn Zohr, Agadir). Am wakken daɣen i d-yesken mass Saidj Hacène(tasdawit n Aix-en-Provence) tazrawt ideg yesserwes tisuqilin n yisefra n Si Muḥend Umḥend seg teqbaylit ɣer tefṛansist. Dima deg taɣult n usuqel n tsekla tamaziɣt, mass Hacène Halouane(tasdawit n Tizi Wezzu) yefka-d asarag ɣef yidles imawi akked tsuqilt ; mass Said Chemakh(DLCA Tizi Wezzu), yefka-d asarag ɣef umezruy n tsuqilt ɣer teqbaylit, mass Bouchtart Abdelwahab (Aselmad di tesnawit Ibn Maja, Agadir), yefka-d asarag ɣef umezruy n tsuqilt ɣer tcelḥit di tmurt n Lmeṛṛuk. Llan daɣen yisaragen i d-fkan yisdawiyen yettekan di temlilit ɣef temsalt n tsuqilt deg taɣult n tesnilest(linguistique) : Mass Tidjet Mustapha(DLCA Bgayet) yefka-d asarag ɣef wuguren n usuqel n yismawen n yimdanen d yimukan(noms propres) n wungal (arrac n tefsut) i yura Oubellil ; massa Yermeche Ourdia(ENS Bouzaréah) tefka-d asarag ɣef usfeṛnes(francisation) d usuqel n yismawen izzayriyen deg waddad aɣarim(état civil) n 1882 ; mass Brahim Hamek(DLCA Bgayet), netta yefka-d asarag ɣef tsuqilt ger tantaliwin n tmaziɣt ; massa Benaicha Leila(tasdawit n Sṭif), nettat tesken-d tasleḍt i tga ɣef usuqel seg tmaziɣt ɣer taɛṛabt deg tedwilt « Essen Tamaziɣt » i d-yettɛeddayen di ṛadyu n Batna ; mass Malek Azeddine(tasdawit n Mostaganem), netta yefka-d asarag ɣef usuqel n yismadgen(toponymes)d yismawen n yimdanen(anthroponymes). Am wakken daɣen i d-yella yiwen n usarag ɣef tsuqilt seg tlibit ɣer tefniqt deg tallit n teglest, d asarag i d-tefka massa Sfaxi Intissare(tasdawit n Aix-en-Provence). Ma ɣef tsuqilt deg uḥric n tusnalest(anthropologie) d tusnamunt(sociologie), llan-d tlata n yisaragen : Tizmilin ɣef yiwet n termit n tsuqilt ɣer taɛṛabt n yiggiten izzayriyen di tussna n umdan d tmetti n Pierre Bourdieu(Notes sur une expérience de traduction vers l’arabe des travaux algériens d’ethnosociologie de Pierre Bourdieu), d asarag i d-yefka mass Kamel Chachoua(amnadi di C.N.R.S d Aix-en-Provence) ; Ɣef termit n yiwet n tsuqilt ɣer tefṛansist n yidiwenniyen inamunen akked wid iqeddcen di tsertit di tmurt n Leqbayel(Sur une expérience de traduction vers le français des entretiens sociologiques avec des acteurs politiques locaux en Kabylie) d asarag i d-yefka mass Kinzi Azeddine(DLCA Tizi Wezzu) ; Taɣuri di tutlayt n umsuɣel : Awal ɣef yiwet n termit n usuqel(Se lire dans « la langue » du traducteur : Réflexion autour d’une expérience de traduction), d asarag i d-yefka mass Hadibi Mohand Akli(DLCA Tizi Wezzu). Am wakken daɣen i d-yettwanced ɣer temlilit mass Si Hadj Mohand Tayeb, i d-yemmeslayen ɣef termit-is deg usuqel n Leqṛan ɣer teqbaylit, daɣen amyaru mass Boualem Messouci, yeɣṛa-d kra n yisefra n La Fontaine i d-yessuqel ɣer teqbaylit ; mass Omar Fetmouche(anemhal n uxxam n umezgun n Bgayet), yemmeslay-d ɣef tsuqilt deg umezgun amaziɣ. Ger daɣen n yisaragen i d-yellan di temlilit-a tussnant, asarag i d-yefka mass Abdennour Abdesslam(amyaru, ameɣnas) ɣef wazal i tesɛa tsuqilt deg taɣult n tmaziɣt(Traduction : entre l’utile et l’inconscient). Di taggara n temlilit, mass Youcef Merahi(amaray amatu n HCA), yesnemmer akk wid ittekin d wid iqedcen akken ad tɛeddi di tegnit yelhan, yerna yewɛed inebgawen, dakken aseggas i d-iteddun ad temmag temlilit tamaynut ideg ara d-yili unadi deg yeḥricen nniḍen icudden ɣer tsuqilt deg unnar n tutlayt d yidles n tmaziɣt.

 

Aman yeṭṭṣen d aman deg yezdew lxuf

Mi yefra ssuq, imsuɣa d yimzenziyen tezzin s ixxaman-nsen ttaǧǧen reḥba tefreɣ. I d -yettɣimin di reḥba ala iḍuman yettraǧǧun deg imecrawen akken as neggen leqrar anagaru. Leqrar anagaru n ixeclawen i d-yegran d abudu . D wa i lkar n lbiɛ d cra deg tezgi n yemdanen. Wid yezenzen ad yaɣ lḥal ferḥen, widden yeqḍen ddmen iferdisen ḥwajen . Ma d imecrawen ttanin deg afrasen. D wa i d-udem n taɣdemt deg timura yezzin aɛrur i ṣṣwab. Si ssuq n tisertit (dagi di tmurt-nneɣ) ulac nnuba i reḥma ulac awal i leɛnaya. Kra n win yegren iman-is deg annar aserti lhem-is d iman-is . Tuget n yirgazen n tsertit iɛamren ikabaren ttkukrun askasi. Reglen ɣef annar umeslay, ḥamlen tudya n ticrektin di tufra. Wid yellan ɣef iqera n yikabaren-agi werǧin uran adlis deg ara d fken xersum amud n tmuɣliwin nsen( bexlaf ahat Said Sadi , Ferhat Mhenni, Ait Ahmed) ɣef ayen icudden ɣer liḥala deg tettidir timeti deg ayen yeɛnan tadamsa( economie),tasnametti(sociologie),tamguri(l’industrie),tadwasa(la santé), leqraya d timsal nniḍen iceɣben agdud. Anda nniḍen imawlen n tisertit uqbel ad cehwun neɣ ad kecmen amizwer ɣer udabu, ttawin-d timuɣliwin-nsen, srusuyent-ten deg agni n umjadel akked usqerdec. Yeqqar Lajos kossuth : « tasertit d tusna yeknan i yillugan ur nettsenid ɣef ufal ». Deg akka, di tmura anda tugdut tefka iẓuran, anda afran yesɛa azal, anda iɣmisen llan d adabu wis ukkuẓ ( rebɛa) , timsal teddun-t akken nniḍen. Di tmura-agi iqera n yikabaren ttebdaden ɣer tifranin n tɣiwanin. Sarkozi, Chirac, ,Juppet ma nudred kan wigi i meṛṛa ɛadden d lemyur ɣef timdinin di Franṣa. Di tmura agi, anda tafrawant (transparence) d nettat i d-lsas n wurar aserti , amizwar akken ad yuɣal umdan d lmir d yiwen yiseɣ ameqran. Tuɣalin d lmir di tigduda-agi d tassadart yettawin ɣer timasiwin (responsabilités) timeqranin am tiselwayt n tmurt s lekmal-is. Di tmura-agi irgazen n tisertit , nnig taywalt (communication) deg allalen n uṣiweḍ, ttarun adlisen iḥuzen tudert tasertit n timura nsen. Seftayen tikta d tmuɣliwen-nsen yeqnen ɣef yimal n useddu n timsal akken ad tili tebrez tezmer ad tt-tegzi tidmi n timeti. Akal n tisertit di tmura-agi ur yelli ara d lbur i wakken ahyad ( charlatant) i d-yussan ad yeserwet akken id-as id terṣel ! Deg anact-a i yemgaradent timura yewwin abrid afran (progrès) d tid yegluglen i tezzin kan ɣef lkanun deg xsint tirgin n tikta. Yeqqar Gilbert Keith Chesterton : « Yal argaz aserti tewwid ad yilli d argaz yettnawalen asirem, yattqazamen icqiriwen ». Di tmura yeddan deg uɣanib yettwaneǧren s uskasi akked umiyzwer ger tikta, agdud yettili di lmendad. Isaɛu nnuba akken ad yefren imdebren ara isewqen fell-as. Deg unamek n wawal teqqar Ségolene Royal : « agdud yettara lbal-is ɣer tisertit, ticki yeḥulfa d akken tasertit tegga-as azal ». Anda ulac anect-a, anda tisertit terra agdud amzun d ajeɣed n zyada, a nnaf d’ akken agdud yesendeq imurar ger-as akked tisertit d wid yellan deffir tisertit. Tafles ger-as akked d udabu teneɛdem. Di tmurt-nneɣ , tisertit texnunes di yal aɣebar. Bexlaf isaggasen imezwura i d-iḍefren tulya n « tugdut » menbeɛd tidyanin n ṭubar 1988, deg imdanen cedhen askasi aserti, awal yecceg ɣer wanu n uzaylal. Ikabaren jlan seg-sen irgazen yumnan s tikta neɣ ttweɛzlen nnig lebɣi-nsen. Uɣalen yikabaren d inififen yesbelɛen acḥal d argaz amedya (ma nudred kan wid yettwasnen) Moqran Ait Larbi, Djamel Zenati, Said Khelil, Arezki About, Si El Hafid d wiyaḍ. Ddnub-nsen d akken tikta-nsen ur d mǧazint-ara d tid ḍefren iqera n yikabren deg akken llan ttmeɣnisen. Di tmurt-nneɣ di tafranin n lemyur ( n tiɣiwanin) neɣ n tasqamut n wilaya d awezɣi ad bedden iqera n ikabaren agi. Ayen yiwen am Ouyahya, Belkhadem, Said Sadi, Laskri, Tabou, Louiza Hanoun neɣ wiyaḍ seg wid yellan ɣef iqera n yikabaren tɣanfin tifranin agi ? Amek tamdint am Lẓẓayer neɣ Wahran , Qsenṭina, Bejaia.. ur yettili ara fell-asen-t d Lmir yiwen seg wigi i-yetwahem yiwen umeɣnas n ukabar n tirni n yiɣalen inemlayen ( FFS) yetaxren nnig wul-is seg ukabar-agi. Abrid akken a d neffeɣ seg yir ssuq iḍul. Ass-a iɣermaniyen ( citoyens) ɣunzen tifranin acku ẓran d akken Lmir ur yezmir i kra, leɛnaya teffeɣ affus-is akken yebɣu yilli-t. Agdud yefhem d akken ayen yazazalen udrigen-agi yettemyezwirin ɣef tifranin yeɛnan tiɣiwanin beɛden ɣef tisertit am akken yebɛed iggeni ɣef tmurt. Win testeqṣaḍ ad ihuz tuyat-is ak- yinni ; « d wa neɣ d wihin id bedden kifkif –iten yakk…ala tmaɛ iten-yettawin ». Qqaren si zikk : « ḥader iman-ik deg aman yeṭṭsen , wama asif yuzlen nezmer a nektil ljehd-is ». Ger tazdeg n wawal, d tucḍa n tikta, tidet temɣabes…. Anwa yeẓran ahat ad tifirir yiwwas ?

 

 

 

 

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 19:35
 
 
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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 22:34

el watan

 

Kasri Abdelkader dit N'Bellout. Maquisard dans la région de Béjaïa

Avoir vingt ans dans les maquis d’Aokas

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le 20.09.12 | 10h00 3 réactions

 L’amour de la démocratie est celui de l’égalité.

zoom | © D. R.

L’amour de la démocratie est celui de l’égalité.

«Les balances de la justice balancent et pourtant l’on dit ‘‘raide comme la justice’’. La justice serait-elle ivre ?»

(Alfred Jarry)

Dans le long entretien qui nous a réunis à Béjaïa, Abdelkader Kasri, dit Abdelkader N’bellout, nous raconte son passé tumultueux, jalonné de souffrances, empli de bruits de guerre, où la peur du gendarme constituait le quotidien des spoliés.
La dure vie dans le maquis et la lutte sans merci contre l’armée française surarmée n’ont point affaibli la volonté ferme des révolutionnaires déterminés. D’Aokas, lieu de son baptême du feu, à Tunis, où il a été chercher des armes et son retour aux sources originelles, N’bellout nous parle sans jouer au héros.

Abdelkader est né le jeudi 25 janvier 1937 dans le hameau de Tabellout, à Aokas, dans la commune mixte de Oued Marsa : «J’ai atteint mes huit ans et demi en plein dans les remous des événements du 8 Mai 1945. En plus de vivre dans la misère, de trembler de froid et d’être constamment exposé aux maladies, les enfants de ma génération ont subi des terreurs traumatisantes que les forces coloniales ont fait régner dans le pays pour juguler le soulèvement populaire. La pauvreté, l’injustice et l’analphabétisme étaient autant de fléaux qui accablaient la population pendant la longue et noire nuit coloniale. Les Algériens étaient sujets français et non citoyens. Et ceux qui étaient soupçonnés par les autorités françaises d’être les relais des maquis sont envoyés en prison sans autre forme de procès. Au centre de torture de Cap Aokas, dénommé Ferme Tourneux, les malheureux sont livrés au supplice après un interrogatoire musclé, quand ils ne sont pas purement et simplement assassinés.»

Aokas la bien nommée

Sous ses dehors ronds et une bonhomie plutôt joviale, Abdelkader, 75 ans, ancien moudjahid, cache mal sa timidité que la présence de nos amis, Ahmed Nacer Messaoud, professeur à l’université, roi de la répartie, et Khaled Lemnouer, champion incontesté du calembour, ont réussi, en cet après-midi estival, à largement atténuer.
Abdelkader a la mémoire vive. Le passé est raconté sans émotion ni haine ni fierté. Juste quelques haussements de ton, quand il évoque les injustices criantes qui, fatalement, ont constitué le déclic salvateur. Abdelkader garde de son père, Akli, fellah, le bon sens paysan et il se plaît à scruter les montagnes alentour d’Aokas, témoins d’événements tragiques. Abdelkader, qui a vécu et grandi dans ces contrées, travaillait chez un colon, Jean Cayatte, dans la ferme Piolat. Il avait 16 ans.

Un jour, se souvient-il, à 16 ans, il se trouvait au marché hebdomadaire d’Akbou qu’il avait rallié dans un camion au milieu du bétail. «Les colons nous avaient sommés de surveiller les bêtes et de veiller à ce qu’elles ne s’agitent pas dans ce réduit. Mon camarade et moi avions peur pour notre intégrité physique, alors nous avons sauté du véhicule. Le colon a réussi à me rattraper, il m’a alors giflé. Cela m’est resté comme une tache indélébile, suscitant chez moi un sentiment indicible de vengeance. Il ne me restait plus qu’à rejoindre le maquis.»
Abdelkader trouva en Diboun Saïd son premier contact avant d’entrer dans le vif du sujet.
Abdelkader, avec Senoun Hocine et Kesri Amar, s’offriront quelques actes de sabotage en s’attaquant notamment aux poteaux télégraphiques sans avoir le feu vert de l’organisation.

Vingt ans, le plus bel âge ? Pas évident lorsqu’on ne s’est pas affranchi des lourdes chaînes qui nous enchaînent : «J’avais 20 ans en 1957. C’est pour moi une année à marquer d’un pierre blanche. Non pas parce que je suis dans la fleur de l’âge, mais parce que cette année mémorable va changer ma destinée. Cette date va me propulser dans l’histoire de mon pays. Elle va me permette d’agir en patriote, de participer, avec les autres frères partisans à un événement historique qui se déroule en Algérie depuis 1954.Les jeunes de mon âge sont soumis par la loi coloniale à l’obligation du service militaire. A un ami appelé, je fais dire qu’il faut partir au maquis rejoindre nos frères qui se battent pour la liberté. Pour moi, combattre pour la dignité ou accepter la servitude, le choix est vite fait. Ma décision est prise, je ne répondrais pas à cet ordre d’appel.»

«Ce disant, je me rappelle les paroles prémonitoires de Si Mohand Oul Kendi qui m’interpella en ces termes : ‘‘Qu’attends-tu pour aller garder les loups dans la montagne ?’’ Une phrase qui me parut sibylline, en m’arrachant au plus un sourire, prend, aujourd’hui, dans ma tête, sa pleine signification.» La réputation de vaticinateur de Oul Kendi vient de se confirmer encore une fois. Comme dans tous les villages, il y avait un devin, qu’on qualifiait d’exalté, de fanatique ou même de fou. Mais quand les prédictions invraisemblables du visionnaire s’accomplissaient, on considérait alors autrement le personnage et, désormais, on lui témoignait un respect mêlé de crainte et d’admiration.
Abdelkader n’a pas à activer sa mémoire, elle s’invite spontanément ; dès lors, c’est un jaillissement instantané de faits douloureux, rappelant toujours que lorsqu’on sait tout souffrir, on peut tout oser. C’est justement cette forme de réclusion qui va décider de sa vocation.

Son histoire, à vrai dire, commence en 1957 : «Je ne tarde pas à prendre attache avec Si Mohamed Zine, le commissaire politique de la région. Et du jour au lendemain, abandonnant parents et amis, village et biens, je rejoins les maquisards au refuge d’Anar Assam, endroit tranquille et présentant un intérêt stratégique car il domine toute la contrée et, de ce fait, protège contre toute attaque-surprise. Pour la première fois, j’ai l’occasion de voir de près ces moudjahidine au sujet desquels des légendes racontent qu’ils ont le pouvoir de prendre à leur guise des formes animales différentes pour surprendre l’ennemi ou lui échapper. Pourtant, autour de moi, je ne vois que des hommes, vigoureux et déterminés certes, mais bien ordinaires et conformes aux types les plus fréquents. Quelque part, dans un coin du refuge, une plaisanterie déclenche même l’hilarité générale. Cette sereine et chaleureuse ambiance me paraît surréaliste dans ce contexte de guerre sans merci.»

Oul Kendi le visionnaire Abdelkader apprendra que ses pairs portent tous un nom de guerre. Lui-même s’offrira une autre identité : Abdelkader N’bellout. Ce surnom le poursuit jusqu’à aujourd’hui.
C’est le chef, Abdelkrim de Beni Chebana, qui lui confiera sa première arme qu’il prendra avec lui dans l’expédition de Tunisie entamée le lundi 27 mai 1957. Au cours de la traversée, Abdelkader et ses compagnons sont encouragés par le colonel Amirouche, venu le soir au refuge Ouled Azekar, entre Mila et Jijel.

«Dans un silence religieux, nous écoutions les premières paroles que nous ne captions pas entièrement du fait du pouvoir de fascination exercé sur nos esprits par la présence de l’idole du peuple et des moudjahidine. En fin de compte, avec son visage émacié et son corps amaigri, le colonel Amirouche ressemble à tout le monde. Mais seulement sur le plan physique s’entend.»
L’expédition les mènera de colline en colline, de refuge en refuge, de zone interdite en zone interdite, en évitant bon nombre d’embûches pour gagner la ville frontière de Ghardimaou, le 20 juillet 1957, après un périple harassant de 55 jours, où les attend Krim Belkacem accompagné du commandant Kaci. «Quand la mission était terminée, nous devions ramener les armes et les munitions en Algérie, en évitant tout accrochage avec l’ennemi. On m’avait proposé de rester étudier en Tunisie, mais j’ai préféré retourner au maquis.» En octobre de la même année, retour en Algérie.

Dans sa région, Abdelkader continuera la lutte, en vivant des épisodes épiques durant des mois et des mois, jusqu’au recouvrement de l’indépendance. Il n’omettra pas d’évoquer les 300 martyrs d’Aokas victimes des massacres de 1945, du premier chahid tombé au champ d’honneur au douar Aït Bouaïssi à Tizi n’Berber, le 25 décembre 1955, du nom de Beliouar Messaoud, originaire de Jijel, qui fut le premier d’une longue liste macabre de 218 martyrs qu’Aokas donnera à la Révolution.
N’bellout se souvient de l’effervescence de l’indépendance, des chefs Ferdjallah et Touati qui avaient estimé qu’une autre lutte, moins douloureuse mais plus passionnante, celle de la construction, allait commencer.

Où va-ton ?

Abdelkader s’engage dans l’armée au sein du sous-groupement de Bordj Bou Arréridj. Il en sort en 1982 avec le grade d’adjudant. Entre-temps, il adhère au FFS de Aït Ahmed et participe aux événements de 1963. Il est catalogué perturbateur et muté à Bordj Badji Mokhtar, dans la VIe Région militaire.Il prend sa retraite en 1982 et devient coordinateur de kasma, mais il se «chamaille» avec le mouhafadh de l’époque, «beaucoup plus occupé par ses affaires que du sort des citoyens».
Il se retire dans son fief, Aokas, qui mérite vraiment le détour. Aokas, à 27 km de Béjaïa, est une station balnéaire prisée. Sa proximité avec Kefrida, où se trouve la cascade du même nom — déformation latine de «aqua frigida» — laisse supposer que l’ensemble de la région formait une province romaine. Les ancêtres désignaient la crique par le terme «Tamda N’wakas», la baie du requin.

En tamazight, le terme wakas est le nom commun de ce squale, précise Abdelkader, qui est mû par l’obligation de témoigner, d’écrire l’histoire contemporaine de l’Algérie, afin que nul n’oublie, surtout les générations montantes. C’est pourquoi notre homme, en compagnie d’une brochette d’amis, créent l’association culturelle Aokas Mémoires, dans le souci d’honorer un contrat, celui du devoir de mémoire ! Depuis, l’association a fait son chemin en renforçant encore davantage le mouvement citoyen et en éditant une revue.

Il suffit d’aborder avec lui l’actualité brûlante et l’état des lieux de la société algérienne pour qu’il sorte de ses gonds. Il répond d’un sourire furtif, inquiet. Clin d’œil à un présent mouvementé. «Je suis triste pour la jeunesse d’aujourd’hui, qui vaut certainement mieux qu’un visa vers la mort, à travers une vie incertaine ou une fuite en avant, dans une embarcation de fortune pour essayer de gagner d’autres rives plus hospitalières. En tout cas, je ne suis guère convaincu par cette gouvernance où la politique du bluff et du tape-à-l’œil est érigée en ligne de conduite. Il n’y a plus de confiance entre gouvernants et gouvernés. Où va t-on ?», s’exclame-t-il, furieux, en voulant insinuer que tant de sacrifices inouïs ont été consentis pour en arriver à cette piètre posture. Tout ça pour ça !

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Parcours :

 

Abdelkader Kasri dit Abdelkader N’bellout est né le 25 janvier 1937 à Aokas. A 75 ans, il loue Dieu qui lui a prêté vie et même permis d’effectuer le pèlerinage à La Mecque. Marqué par la haine des oppresseurs, Abdelkader a été marqué par le mépris affiché par ses patrons, mais aussi par l’hôtel Moska érigé en centre de torture et qui a vu passer des bataillons de malheureux qui ont subi les affres de la gégène.
Abdelkader a aussi une pensée affectueuse pour Mohand Oul Kendi, fou du village, mais en réalité véritable visionnaire.

A 20 ans, N’bellout rejoindra le maquis de 1957 jusqu’à l’indépendance. Il évoquera avec une incroyable précision tous les épisodes de cette longue et terrible traversée.
A l’indépendance, il s’engage dans l’armée d’où il sortira en 1982. Il coule depuis une retraite méritée dans son village de toujours, Aokas, où il jouit d’un respect et d’une considération dus à son enviable parcours.

 

Hamid Tahri
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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 23:13

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Promenade Leonardo Fibonacci de Pise à Béjaïa

féerie, histoire et légende !

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le 24.07.12 | 10h00 Réagissez

 Front de mer Fibonacci. C’est devenu le premier prétexte de sortie de ces premières soirées du Ramadhan à Béjaïa. Naguère, les hommes s’interdisaient les lieux le mercredi. Ils avaient tous les autres jours pour eux. .

zoom | © D. R.
Front de mer Fibonacci. C’est devenu le premier prétexte de...

Le mercredi, le territoire était déclaré propriété exclusive de la gent féminine. L’explication : sa triple sacralisation.

D’abord, le mausolée Sidi Abelkader, assis sur le rocher où est creusé le tunnel d’accès à la promenade ; ensuite, les eaux sacrées du môle, et pour terminer, Tâouint n’cida : traduction de la source de la sainte dame. Le pèlerinage, comme le veut la croyance, vaut aux vieilles filles un coup de pouce divin pour rompre le célibat. Les lieux recèlent aussi une charge historique et une autre charge légendaire. Les premières attaques en 1515 sont menées conjointement par l’alliance d’Ahmed Belkadi et des frères Barberousse pour reprendre la ville aux Espagnols.

Une croyance raconte aussi que le cloître de Sidi Abdelkader avait à l’origine pour pensionnaire Yemma Gouraya. Mais les attaques incessantes de conquérants font réagir les cieux. Il était inélégant et peu noble de laisser une dame faire face aux assaillants. Une voix céleste ordonna donc à Sidi Abdelkader, installé au sommet du mont Gouraya, de descendre sur le môle et d’échanger ses quartiers avec la sainte patronne de la ville. Pardi, c’est à un homme de croiser le fer avec l’ennemi ! De plus, n’est-ce pas à l’autre bout de la jetée, sur la colline surplombant le port pétrolier, Sidi Yahia qui lègue protection aux lieux. Aujourd’hui, tout çà paraît loin.


Aujourd’hui, tout cela paraît loin. La légende s’estompe et laisse place à une autre attraction. Comme il s’est fait depuis fort longtemps dans les autres villes côtières de la Méditerranée, c’est l’aménagement du front de mer en promenade en 2009 par l’EPB, l’entreprise du port de Béjaïa. La reconfiguration a conjugué la féerie naturelle de l’endroit aux commodités infrastructurelles agrémentant une sortie. Une large allée, rendue possible en repoussant le plan d’eau. Des snacks, des terrasses, des pizzerias et autres échoppes de souvenirs. Seule promenade en bord de mer et de surcroît à deux pas de la ville, l’affluence est record. C’est incontournable dans le carnet de bord d’une foule de flâneurs venant de toutes les contrées de la région, en mal de détente et de distraction.

Mis à part les camions de Naftal, venant s’approvisionner en carburant dans le terminal pétrolier, l’accès est interdit aux véhicules. Correct, il faut se promener à pied. L’entreprise portuaire a tout de même aménagé un parking gardé d’une capacité de 200 places, à une centaine de mètres, avant de parvenir au tunnel. Et là, chapeau bas, on ne vous réclamera que la modique somme de 30 DA, alors qu’en contrepartie, vous pouvez y laisser votre véhicule jusqu’à 7 h du matin. A comparer avec les 100 DA dont on vous déleste sur les plages, et en garant sur des terrains qui n’ont de parking que le nom. Revenons à l’ambiance qui emplit les 400-500 m de la promenade.

D’abord, dans le tunnel mal éclairé, et attention aussi où vous mettez les pieds, nids-de-poule et crevasses sont à l’accueil. Cette atmosphère de pénombre est le décor planté pour quelques joyeux lurons afin d’exercer leurs dons vocaux. La promenade est noire de monde. Pour un deuxième jour du Ramadhan, il n’y a pas un seul rocher de la digue qui ne soit occupé, les terrasses des snacks aussi. Beaucoup de familles. Omar, venu en famille d’El Kseur, est ravi. Seule la douloureuse note consentie pour régler les glaces consommées par sa progéniture dans une belle terrasse lui restera quelque peu en travers de la gorge. Mais, allez, c’est un instant de bonheur qui vaut le sacrifice. Un aspect biscornu par rapport à la féerie, pas de clameurs, pas d’éclats de voix ni de rires lâchés.

L’humeur est plutôt tempérée. Cela s’explique sans doute par l’envie, tout court, de se remettre d’une âpre journée de jeûne. La température douce de la soirée s’y prête également. Et l’éclairage, faible ici et là, en rajoute à cette allure de somnolence. Un regain d’intensité de l’éclairage sortirait les lieux de leur engourdissement. Beaucoup attendent les galas organisés ici par le comité des fêtes de la ville pour récréer un peu plus la promenade. A signaler la tranquillité qui prévaut. Les rondes discrètes des agents de l’ordre public sont évidemment pour quelque chose. La fin de la promenade est en chantier, une rallonge du boulevard d’une centaine de mètres, en voie, visiblement, d’achèvement. On pourra déambuler alors jusqu’au bassin où autrefois les Bougiotes venaient chez M. Laurent apprendre leurs premières brasses. On y effectuait jadis aussi le concours de recrutement des maîtres-nageurs.

Rachid Oussada
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