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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 16:27
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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 21:23

 

La confiscation des plaines des Issers aux Iflisen Umellil

Avant l'occupation Turque de la ville de Dellys en 1517-1518 par Kheir-eddine et de la ville d'Alger (1516), les Iflisen Umlil contrôlaient une partie du littoral allant de la rivière Sebaou jusqu'aux environs de Boumerdes , et les plaines de la Mitidja. Entre le Sebaou et l'Isser, il y avait 5 Aarchs sur le littoral composés de Isser el Widan, Isser Ouled Smir, Isser el Djediane, Isser Draoua et Zemoul.

Les Iflisen Umlil étaient ainsi pris en tenailles par les Turcs d'Alger et de Dellys qui progressivement vont les refouler dans le triangle qu'ils occupent aujourd'hui. Selon le témoignage de Hadj Aïssa (né vers 1795) de Tighilt Bugni (recueilli par Couvignon vers 1890), tout le triangle des Iflisen Umlil était une forêt vierge. Devant la pression turque, les Iflisen y avaient trouvés refuge.

Après la mort du Bey Mohamed en 1754, la confédération des Iflisen Umlil et celles de la caïdat de Boghni se soulevèrent contre le pouvoir turc. Le 16 juillet 1756, les Kabyles attaquent et détruisent le Bordj de Boghni, tuent le caïd Ahmed, et chassent les Turcs de cette garnison vers Alger. Le 25 août 1756, ils attaquent le Bordj de Bouira. Il a fallu trois colonnes turques, celle du chérif Agha, celle du Bey Softa de Titery, et cella du Bey de Constantine pour venir à bout de cette première insurrection initiée par les Iflisen Umlil. Une deuxième insurrection fut menée par les Iguechtoulen (At Smaïl) et At Sedka vers 1818, qui détruisent la garnison turque de Boghni (reconstruite auparavent).

En 1767, les Iflisen Umelil se mettent à nouveau en insurrection et refusent de payer l'impôt au Makhzen d'Alger. Les chefs des Iflisen Umlil étaient alors Khelif U-Buzid (amin des At Mekla), Hassan U-Rafa3 (amin des Iraf3en), Lhusin N Zamum (amin des At Amran). L'armée turque composée de 1 100 hommes (turques et goums arabes) fut anéantie.

Humilié par les Iflisen Umlil, le pacha d'Alger Mohamed ben Osman envoya l'année suivante (1768), l'armée la plus imposante qui eût encore opérée en Kabylie. Les Beys de Titery, d'Oran, et de Constantine reçurent l'ordre d'amener toutes leurs forces dans la région des Iflisen Umlil. La guerre éclata alors entre les Turcs et les Iflisen Umlil ; ce fût l'une des plus terribles guerres que cette confédération a due subir pour garder son autonomie. Ils avaient infligé une défaite désastreuse à l'envahisseur turque : 1200 Turcs et 3 000 Arabes furent tués. Son armée fut aux trois quarts décimée, et perdit les plus braves de ses guerriers, tel que l'agha El-Ourlis, le cheikh El-Arab el Hadj ben Gana, le cheikh du Bellezma Ferhat ben Ali, de la famille du caïd Cherif ben Mançour, Bel Kassem ben Merah, un des principaux chefs de la zmala et bien d'autres. Ces détails montrent bien l'importance de la défaite qu'avaient essuyée les Turcs devant les Iflisen.

Cependant Mohamed ben Osman avait fait opérer le blocus du pays des Iflisen, au moyen des postes (bordj) entourant de tous côtés leur triangle montagneux et il parvint ainsi à la réduire à la famine. Ce blocus, qui non seulement empêchait les convois de grains d'arriver dans la montagne, mais encore empêchait de cultiver les terres autre part que dans la montagne, força les Iflisen Umlil à conclure un traité de paix en 1769. Ce traité de paix a été signé par le Chef des Iflisen Umlil : Lhusin N Zamum. Il avait installé son azib au lieu qu'on appelle encore aujourd'hui "L'Azib n Zamum" (Ex. Haussonvillier actuellement Naciria). Pendant de longues années, Lhusin N Zamum sut maintenir la paix avec les Turcs et ce n'est que 25 ans après la conclusion du traité, que nous voyons de nouveau les Iflisen en insurrection.


Colonisation française

En sortant de la commune du col de Tizi N Ayt Aycha qui portait depuis le 2 janvier 1877 le nom de Menerville, pour honorer la mémoire de Charles Louis PINSON de Menerville, premier président de la Cour d’Appel d’Alger et auteur de précieux travaux sur la législation Algérienne, on apercevait à l’est, une vaste contrée qui était la plaine de l’Isser et qui formait l’entrée de la Kabylie.

Ce territoire, premièrement exploré par le Maréchal RANDON le 2 juillet 1857 fut le théâtre au lendemain de la conquête de nombreux et glorieux faits d’armes des Iflisen Umellil contre l’armée Française.

Limitée au nord par la mer Méditerranée, au sud par le premier contrefort des montagnes du petit Atlas, à l’est, par le village d’Haussonviller (Azib-Zamoun), à l’ouest par le village de Menerville. Cette plaine s’étendait à droite dès son entrée jusqu’au-delà de Souk-El-Had ; de ce village, elle suivait presque une ligne droite jusqu’à Haussonviller ; de là, elle descendait sur la mer en comprenant les terres du Aarch Iwaryacen et Asif Smir, jusqu’au Cap Djinet ; de ce point elle suivait le littoral jusqu’à Zemouri puis revenait en s’élargissant jusqu’à Menerville, en longeant la chaîne de montagne connue sous le nom de Adrar. Elle mesurait en ligne droite, de l’ouest à l’est vingt huits kilomètres, et du sud au nord dix huits kilomètres. Sa superficie totale était de 45.145 hectares.

Le nom de plaine ne pouvait s’appliquer à tout ce territoire que d’une manière relative et ne devait pas faire naître l’idée d’une vaste étendue de terre complètement plate et unie, dans une partie on y rencontrait des montagnes, des monticules, des ravins, qui généralement étaient de très bonnes terres, où la colonisation pouvait puiser de grandes ressources.

Si la plus grande partie des terres était défrichée et parfaitement cultivable ; d’important travaux d’assainissement et de défrichement furent faits sur les différents centres à pourvoir.

Cette plaine de l’Isser allait comprendre dès le début des années 1870, 7 centres de récente création, habités par des Européens, savoir :

                                    1-Souk-El-Had

                                    2-Blad-Guitoun ou Bled-Guitoun

                                    3-Zaâtra

                                    4-Zamouri ou Zemouri

                                    5-Isserville

                                    6-Bordj-Menaïel

et                                 7-Azib-Zamoun (Houssonviller)

plus 3 hameaux qui étaient :

                                    1-Ain-Refaïa

                                    2-Ain-Legatha (ces deux premiers formaient le territoire d’Isserbourg)

et                                  3-le Cap Djinet

auxquels il fallait ajouter 5 Aarchs occupés par les indigènes (Iflisen Umellil) :

                                    1-Ait-Mekla

                                    2-Chender

                                    3-Iwaryacen

                                    4-Asif-Smir

et                                 5-Isser-El-Ouidan

Plus un grand nombre de fermes généralement occupées par des Européens.

Autrefois, cette plaine n’était habitée que par des Indigènes (Iflisen Umellil), très laborieux et très industrieux, soumis d’abord aux Romains, puis ensuite par les Turcs ; souvent tourmentés par les invasions nomades (Beni Hedjres, Beni Jaad…), qui jaloux de leurs richesses territoriales, venaient piller et enlever leurs récoltes, ainsi que leurs bestiaux, après avoir mis tout à feu et à sang.

Depuis 1870, cette plaine fut entièrement livrée à la colonisation, à l’exception de quelques douars encore habités par des Indigènes.

Mais bien avant cette date, les soldats du génie avaient aménagé dans cette région de l’est d’Alger, une piste de terre battue afin de relier la capitale à Dellys. Tout au long de ce grand chemin, pour assurer la sécurité du roulage, la troupe bivouaquait au bord des rivières ou à proximité des sources.

Ce fut d’ailleurs du camp militaire de Kara Mustapha, situé au bord de l’Asif Boudouaou, que naîtra véritablement le premier centre de peuplement de la région, qui prendra le nom de l’Alma (après la victoire des troupes Franco-anglaises sur les Russes pendant la guerre de Crimée, sur le Fleuve Alma en 1854). Créée le 21 août 1861, cette commune comptait, un camp militaire, un village, des fermes et de vastes territoires fréquentés par des bêtes sauvages telles que les hyènes, panthères et chacals, qui servaient de terrains de chasse et de pâturages pour les nomades.

De 1860 à 1870, d’anciens soldats qui avaient fait venir leur famille, s’installèrent dans les parages et tinrent dans des gourbis, construits aux abords des camps et des bivouacs, des débits de comestibles vins et liqueurs ; ainsi au col des Tizi n Ait-Aïcha, c’est le sieur Paul JUST qui fut autorisé à établir une auberge, tandis qu’au bivouac de Blad-Guitoun, c’est un nommé CHAIX qui tint auberge. Ensuite, l’arrivée des Alsaciens et des Lorrains aidant, l’émigration s’intensifia.

Le séquestre général fut opéré aussitôt après l’insurrection de 1871 par Mr L’amiral de GUEYDON, qui connaissait toutes les ressources et les nombreux intérêts que présentait ce pays, et qui voulut le peupler d’Européens.

Le général CHANZY, lors de sa nomination de gouverneur général, vient visiter la plaine de l’Isser et ratifia le grand travail de son prédécesseur.

Au mois de mars 1872, les premiers colons prirent aussi possession des concessions de Bled-Guitoun (pays des tentes), le premier village créé, puis insensiblement les autres centres furent distribués.

La population totale de la plaine fut alors, à cette époque, de 3584 Européens et 7621 Indigènes.

Au tout début de la colonisation, la plaine de l’Isser était divisée en trois circonscriptions municipales, deux communes de plein exercice, qui avaient chacune un maire, des adjoints et un conseil municipal, (Bled-Guitoun et Bordj-Ménaïel) et une commune mixte ou Indigène, administrée par un commissaire civil, des adjoints européens et des présidents ou adjoints Indigènes de l’Isser.

La commune de Bled-Guitoun du ressort de la Préfecture d’Alger comprenait alors les villages de Zaâtra, Zemouri (depuis 1875), les deux hameaux d’Isserbourg, les fermes et le territoire des Issers-El-Ouidan. La population comptait 773 Européens et 3877 Indigènes ; sa superficie totale était de 11.841 hectares 12 ares 35 centiares.

Celle de Bordj-Ménaïel du ressort de la Sous-Préfecture de Tizi-Ouzou réunissait le village d’Isserville et le douar de Beni-Mekla. Sa population était de 1031 Européens et 3915 Indigènes, sa superficie totale de 12.885 hectares.

Enfin, la commune mixte ou Indigène de l’Isser, à laquelle se rattachaient les villages de Haussonviller, Kouanin, Bois-Sacré, le hameau du Cap Djinet et les douars de Bou-Berak, Ain-Mouder, Ouled-Smir, Raicha Rouafa …était également du ressort de la Sous-Préfecture de Tizi-Ouzou, d’une superficie de 45.991 hectares ; elle totalisait pour une population européenne de 578 habitants et 32 388 Indigènes.

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 21:50

L'Expression

 

IL Y A 51 ANS, LES ACCORDS D'EVIAN

Où en sommes nous avec la France?

Par

 

La délégation algérienne aux négociations d'Evian

La délégation algérienne aux négociations d'Evian

Pour les historiens, ces accords ont été un compromis historique entre deux peuples.

 

Il y a 51 ans, le 19 mars 1962, l'Algérie naissante et la France coloniale avaient fait la paix en signant les accords d'Evian. Ces accords mettent fin officiellement à sept années et cinq mois de guerre pour laquelle la France a déployé environ 400.000 hommes et durant laquelle 1,5 million d'Algériens ont perdu la vie et des millions d'autres de blessés et de déplacés.
La signature de ces accords a conduit à l'indépendance du pays, le 5 juillet 1962. Pour les historiens, ces accords ont été un compromis historique entre deux peuples. Ils avaient scellé définitivement le sort, 132 ans de colonisation, à la faveur d'un référendum d'autodétermination consacrant l'intégrité territoriale, l'unité du peuple algérien et l'indépendance totale du pays. 51 ans après, un long chemin a été parcouru par l'Algérie indépendante, qui, dans bien des domaines tâtonne, trébuche, mais avance sur le chemin escarpé de l'histoire. 51 ans après la question de la mémoire n'a pas été complètement assainie entre les deux pays dont les relations sont souvent tourmentées.
Le débat sur la mémoire a ressurgi de plus belle à l'occasion de la visite en décembre dernier, du président français Hollande à Alger. M.Hollande a prôné «la vérité, ce qu'est l'histoire», a promis le président français. Dans son discours prononcé devant les élus algériens au Club des Pins, il a soigneusement pesé ses mots. Il a reconnu solennellement les «souffrances que la colonisation française» - un «système profondément injuste et brutal» - a infligées au peuple algérien. C'est ainsi que les deux pays ont décidé d'ouvrir une nouvelle page laissant l'appréciation de l'histoire aux spécialistes, mais il ne s'agit nullement de partager ou d'adhérer à l'idée fatale de l'amnésie. Cela étant, le 19 mars est perçu différemment d'un côté comme de l'autre.
Si en France, cette date est consacrée, depuis novembre 2012, comme une Journée nationale du souvenir «des victimes civiles et militaires de la Guerre d'Algérie», en Algérie, en revanche, elle est célébrée, timidement, comme journée de la victoire. Oui timidement, car 51 ans plus tard, c'est tout juste si cette date est évoquée dans les manuels scolaires algériens. La journée du 19 mars n'est pas fériée, elle n'est pas une fête nationale. Pourtant, c'était le jour où l'Algérie venait d'arracher une victoire ayant consacré les principes énoncés dans la Déclaration du 1er Novembre 1954. C'est ainsi que l'on a considéré que ces Accords n'étaient pas seulement un moyen de mettre un terme à une guerre extrêmement dure de plus de sept ans, mais aussi, il s'agissait d'une occasion pour montrer d'une façon éclatante que l'Algérie était devenue adulte en traitant d'égal à égal, avec la 5e puissance coloniale dans le monde. Avons-nous fait une halte, un bilan du chemin parcouru 51 ans plus tard? Libérés du joug colonial, les Algériens ne partaient pas seulement à la recherche d'une prospérité, mais d'une identité anéantie par les différents colonisateurs qui se sont succédé en Algérie depuis des millénaires.
Le développement de l'Algérie se voulait alors comme une renaissance, une rédemption et une rectification puisque le passé, tout aussi glorieux, a montré qu'il recelait des ferments d'échec. Echec oui, le mot revient avec insistance à chaque fois que l'Algérie se tourne vers son histoire chargée. Question: Où en sommes-nous avec la France? Doit-on aujourd'hui penser à l'Algérie avec ou contre cette même France?
Le dilemme est toujours posé. La génération de la guerre, celle qui a libéré le pays, celle qui a détruit le colonialisme et qui lui a survécu, n'a cédé que très peu de place à la génération de l'après-indépendance.
Erreur fatale qui a coûté cher au pays. Le conflit de générations a fait et fait encore des ravages à tous les niveaux de responsabilité.

 

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Poème en hommage à Krim Belkacem des  At yahia Musa



Il a avait été lâchement assassiné par le pouvoir arabo-islamiste d’Alger dans les années 70 à Frankfort.

 

am ass-a tidet ad tban
wi’iggenɣan Aban
zdat-ek ay izem aɣilas
 
imcumen am-mizerman
bbwin-k s laman
glan yissek a bu tissas
 
atmaten-ik segm’ay slan
teɣliḍ di lexzan
ḥsan tifrat d layas
 
snen-k iflisen aken llan
ay ucbiḥ ṛebban
widak ijebden ṛsas
 
nek d Belaïd i-yi inan
d kečč i-tt-id ibdan
si Maɛmeṛ almi d Beqqas
 
yettru imeṭṭi akiwan
f Gahlez mi-t nɣan
tassebḥit s waḥlalas
 
yettgala s ɛabd Ṛaḥman
umɣaṛ agi n zman
kečč d uGahluz am tarwas
 
yuɣal ur ifeṛez asennan
mi-k nɣan di llalman
di Tquṛabt izga kul ass

 

 

 

El-Watan _Edition du 19 octobre 2005
Krim Belkacem
Victime du terrorisme d’Etat
Il y a 35 ans, Krim Belkacem, le révolutionnaire de la première heure, le dirigeant de la lutte armée pour l’indépendance, le négociateur en chef et signataire des accords d’Evian, le militant pour la démocratie, a été découvert étranglé, un mardi 20 octobre 1970 dans une chambre de l’hôtel Continental à Francfort.

Un crime d’Etat à l’encontre d’un héros de l’histoire contemporaine de l’Algérie, commandité par le pouvoir et exécuté par des agents de service, indifférents à l’illégalité des missions qui leur sont confiées sous la stupeur d’une opinion publique tétanisée et le silence des nations dites civilisées. Ce « faux pas », commis dans le contexte de l’Algérie du conseil de la révolution pour le redressement national, représente le symbole de l’élimination physique des opposants par un régime érigeant la répression en système de gouvernement. Il est également le symbole de l’usage de la raison d’Etat pour couvrir les auteurs du crime et faire obstacle à la manifestation de la vérité, établir les responsabilités et désigner les coupables. Un crime ne saurait être couvert par une autorité quelconque. Un crime a des auteurs et des complices, de même que l’on rend compte d’un crime à la justice et non à un service.

 

 

 

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 08:53

 

Tiγilt Bbugni deg imikiren

 

 

Dimanche, 10 Mars 2013   

RSS - Analyse

Zehira Houfani Berfas : "Le peuple algérien est aujourd’hui écrasé, sa fierté bousillée et sa dignité disparue"

Par Le Matin DZ | 23/10/2011 12:18:00 | 6208 lecture(s)                                                     

Zehira Houfani Berfas est citoyenne canadienne d’origine algérienne, née en Kabylie et ayant vécu à Alger où elle a animé à la radio algérienne des émissions sur la littérature féminine algérienne et publié des romans policiers.

Zehira Houfani BerfasZehira Houfani Berfas

Dans votre lettre ouverte au président de la république, vous dressez un bilan désastreux de la situation sociale, économique, politique du pays. Beaucoup rétorquent qu’il est facile de le faire de l’étranger. Comment réagissez-vous à ce jugement ?

Zehira Houfani Berfas : Ceux qui tiennent ce discours font partie du problème algérien. Ils voient se commettre tant de forfaitures et s’imposent le silence par crainte de représailles et ils veulent m’imposer le même silence parce que je suis à l’étranger. Non, je ne peux être d’accord, parce que ce silence voudra dire que j’approuve la réputation méprisable et humiliante collée à pays et mon peuple. Qu’il mérite le sort lamentable qui est le sien entre subir les affres d’un des régimes les plus corrompus du monde qui l’opprime et pille ses richesse ou se bousculer par centaines de milliers aux portes occidentales pour quémander l’asile. Je considère que avons tous une obligation envers l’Algérie, peu importe où nous sommes. De plus, j’aimerais savoir si ceux qui disent qu’il est facile de parler de l’étranger, ont apporté leur soutien à leurs compatriotes qui le font de l’intérieur. J’en connais des Algériennes et Algériens qui dénoncent comme je le fais la situation du pays et qui activent pour rassembler les gens autour d’un projet de changement démocratique et l’avènement d’un État de droit en Algérie. Le problème essentiel, c’est que l’ « élite » algérienne, dont les journalistes, ne parvient pas à créer un réseau de solidarité pour résister aux pressions du pouvoir et promouvoir un mouvement pour un véritable changement démocratique.
Croyez-moi, j’aurais pu faire comme la grande majorité et me désintéresser de l’Algérie, mais je ne puis m’y résoudre. Être conscient du drame des siens livrés à une recolonisation intolérable, empêche qu’on y ferme les yeux. Et je me sens souvent seule à les garder ouverts, car même à l’étranger, les Algériens ne se bousculent pas pour combattre la dictature.

Dans vos écrits journalistiques et politiques sur l’Algérie, vous déplorez l’incapacité des partis démocratiques et des historiques à être authentiques et à donner un nouveau souffle salvateur au pays…

Écoutez, cette incapacité est à la base de la tragédie algérienne. Comment expliquer qu’avec tous les abus et crimes qui se commettent contre l’Algérie et son peuple, les politiques de l’opposition et autres intellectuels ne parviennent pas à réussir le plus basique des consensus pour donner la chance à un État de droit dans leur pays. On ne peut pas nier l’évidence. Si l’on s’accorde pour dire que le pouvoir est le pivot central du désastre algérien, on ne peut pas nier que ce sont les armés de lettrés (dont nous sommes) qui le régénèrent soit par passivité, lâcheté, indifférence ou démission. Même en exil, à des milliers de kilomètres des menaces et pressions, beaucoup s’activent à courtiser ce pouvoir au détriment de leur peuple et leur pays. Je pense qu’en 2011, mettre toute la responsabilité sur le compte du pouvoir, c’est donner à l’opposition (particulièrement de la mouvance démocratique) un confort qu’elle ne mérite pas. M. Ait-Ahmed lui-même a parlé de « vacance de la démocratie ». Personnellement, je pense que tous ces politiciens portent une part de responsabilité dans la situation de l’Algérie. Je cite un extrait du texte que vous évoquez : Tout le monde sait qu’il n’y a pas de grand peuple sans leaders. Et si le peuple algérien est aujourd’hui écrasé, sa fierté bousillée et sa dignité disparue, c’est tout simplement que ses leaders ont baissé les bras et déserté le terrain.

Vous avez, en 2002, dénoncé la politique internationale de l’Occident en général et des Etats-Unis en particulier dans un essai pamphlétaires Lettre d’une musulmane aux Nord-Américaines. Vous avez signé Jenan, la condamnée d’Al-Mançour (Ed. Lux, 2010) , un récit reportage de votre mission en Irak, à titre de déléguée de Montréal pour IPT (Iraq Peace Team) sous l’égide de l’organisation internationale VITW (Vijaya Institute of Technology for Women)…Quels liens avec vos préoccupations politiques concernant l’Algérie ?

Ces deux ouvrages traitent essentiellement de la politique agressive des grandes puissances occidentales, les Etats-Unis en tête. Il n’y a peut-être pas de lien direct entre mes préoccupations en 1980 et celles en 2003, mais je peux vous dire qu’elles tirent leur substance de l’ordre injuste qui nous entoure, tant au plan local qu’international. J’ai beaucoup appris en vivant dans un pays démocratique, le Canada en l’occurrence. On réalise, en observant les relations Nord-Sud, notamment, à quel point nos pays et nos peuples sont méprisés et pèsent si peu dans la balance internationale. Un tel constat nous révolte et on réagit comme on peut. C’est ce que je fais en prêtant ma plume à ces causes qui m’interpellent. Je ne crois pas à l’émancipation de la femme (si tant est qu’il y’en ait pour un homme) dans une société opprimée, pauvre, ignorante et soumise. Je pense que la femme est toujours le premier maillon de la société à souffrir et à faire les frais que ce soit de la misère d’un pays, comme de la violence ou la guerre. Je suis moi-même une enfant de la guerre et j’ai baigné dans une culture tiers-mondiste partagée entre espoir et désillusion. C’est pourquoi je refuse de croire que l’islam est la cause de notre tragédie, je m’y refuse, car je suis convaincue que la société algérienne n’aurait jamais cédé au fanatisme, si le pouvoir corrompu et oppressif ne l’y avait pas poussée. Si nous avions un système politique crédible et conséquent, avec un système éducatif qui promeut la citoyenneté et fait place aux idées, l’Algérie ne serait pas dans l’impasse actuelle. J’ai dénoncé l’exploitation dont était victime Houria, l’ouvrière du textile dans l’Algérie des années 80, de la femme-mère-épouse algérienne victime de la violence terroriste comme j’ai dénoncé les guerres criminelles des Etats-Unis dont était victime Jenan. Donc, oui, je pense qu’il y a une continuité d’un certain engagement dans mes écrits.

Dans les années 80, vous avez publié 2 romans dans le genre polar dans lequel peu d’écrivaines (sinon aucune) ne s’est investi. Pourquoi ce genre ( est-ce un choix littéraire ou une passion pour ce genre ?

Je ne peux pas parler de choix. À l’époque, j’avais besoin de m’exprimer, et la littérature m’offrait divers genres pour le faire, autant à travers la poésie que le polar ou la nouvelle. D’ailleurs, le premier roman que j’ai rédigé (dans la vingtaine) est un roman d’amour, inédit. Toutefois, j’avoue avoir eu un faible pour le polar. Peut-être, qu’il me semblait plus facile en terme d’écriture puisque j’avais des faiblesses à ce niveau-là. Ou alors, le fait d’être pionnière dans le genre me grisait un peu et me motivait à persévérer dans ce créneau. Je me voyais un peu comme l’Algérie montante… enfin avant la débâcle.

L’incomprise, votre 3ème roman porte une autre empreinte romanesque. Le « je » est-il autobiographique ou le vouliez-vous plus « impliqué » pour dénoncer le servage de la jeune fille algérienne coincée entre la tradition castratrice et les élans vers la liberté, l’instruction ?
Je ne sais plus qui a dit que dans toute œuvre qu’on écrit on y met un peu de soi. En dehors de ce brin autobiographique (qui se résume à la 2e épouse de mon père) le reste a été puisé et/ou inspiré du contexte social algérien traversé par les deux courants contradictoires Orien/Occident qui s’affrontaient sur la scène nationale. Personnellement, je n’ai jamais cru à la liberté sans responsabilité. J’étais un peu en porte à faux avec certaines idées de l’époque qui ne voyaient dans le féminisme qu’une guerre de sexe, très en vogue dans ces années-là en Occident. Certes, dans l’Algérie naissante, il y avait (et il y a encore malheureusement) beaucoup de ménage à faire dans nos traditions comme dans nos mentalités, notamment au chapitre de l’égalité, aussi dans nos façons de nous comporter en société, notre perception des droits de la personne, tout cela fait partie de l’éducation au sens large (scolaire et citoyenne) et cette mission incombe aux femmes comme aux hommes. J’estime que pour un « vivre ensemble harmonieux », tout individu a un rôle et tout rôle comporte une certaine responsabilité vis-à-vis du bien et de l’idéal commun d’une société, surtout si comme l’Algérie, elle venait d’émerger d’une longue nuit coloniale qui l’avait conditionnée à un rôle d’obédience. Autrement, s’il n’y a pas cette symbiose sociétale qui fait avancer un pays, c’est la débandade et nous savons ce que c’est. À l’époque, je manquais d’expérience pour embrasser toutes ces idées, mais je les portais, sans aucun doute.

Dans votre roman Le portrait du disparu, Fatiha (le personnage) n’est-elle pas diabolisée par le fait qu’elle aime la vie, qu’elle a un amant. L’auriez-vous peinte aujourd’hui de la même manière ?

Je ne me souviens pas vraiment (je n’ai plus le texte), mais je vous le dis de prime à bord, je l’aurais peinte différemment. Tout le monde évolue, c’est le propre de la vie. Les sentiments amoureux sont trop complexes et restent toujours l’ingrédient principal qui nourrit la littérature, et aussi le plus facteur principal dans les luttes et les déchirements conjugaux.

N’y a t il pas dans cette peinture du personnage féminin une morale réactionnaire par un refus catégorique de ce que se permet la femme occidentale au moment où vous écriviez ce roman ?

Effectivement, il y avait un peu de ce refus du modèle de la femme occidentale, en ce sens que je faisais partie de celles et ceux qui prônaient une émancipation de la femme par l’éducation, l’autonomie et l’évolution de la société algérienne versus l’importation du modèle occidental qui n’avait pas d’assise sociale pour s’y appuyer. D’ailleurs, nous y sommes encore aujourd’hui dans cette dynamique de confrontation des modèles. Je me souviens qu’à l’époque, les algériennes marquaient des points importants pour leur émancipation, d’autant que la volonté politique (quoi qu’on dise du régime de Boumédiène) lui était plus ou moins favorable. Malheureusement, notre pays a sombré dans le chaos et la violence, tandis que la société a opéré une navrante régression.

Des critiques ( Charles Bonn) ont dit des écrivains ayant publié à cette période aux éditions étatiques ( Sned, Enal, Enap) qu’ils écrivaient sous « la dictée idéologique » du pouvoir en abondant dans le roman historique épique sur la guerre de libération et en moralisant sur les travers d’un Occident dépravé. Qu’en pensez-vous ?

Bien que cette critique ne me concerne pas, vu que je n’écrivais pas de roman historique épique sur la guerre de libération à l’époque, je trouve que le peuple algérien mérite amplement que des écrits épiques racontent son calvaire de colonisé et souligne sa résistance et sa lutte pour s’en libérer. Je me sens solidaire des écrivains qui l’ont fait. Que les critiques y voient de la complaisance et de la subjectivité, c’est aussi leur droit. L’histoire dit-on est écrite par les vainqueurs, est-ce que les États-Unis ou la France méritent toute la littérature qui consacrent leur héroïsme à travers leurs épopées guerrières ? En disant cela, je ne nie pas le fait qu’il n’y avait pas de liberté d’expression en Algérie. Le débat contradictoire était quasiment exclut autant sur le plan politique qu’éditorial et comme les maisons d’éditions appartenaient à l’état, c’est évident que les auteurs étaient censurés ou s’autocensuraient pour voir leurs œuvres publiées. On oublie souvent ce qu’était la société algérienne au sortir de 130 ans de colonialisme; qu’étions-nous au début des années 70, le niveau intellectuel était quasi inexistant ; à cela s’ajoute l’absence d’expérience politique et de pratique démocratique chez les dirigeants et parmi les « élites ». Ce sont autant de facteurs objectifs qui peuvent expliquer en grande partie nos faiblesses de l’époque.

Après 1988, vous avez cessé d’écrire ( le roman) dans un contexte qui a vu l’afflux de romans sur la tragédie terroriste en Algérie. Pourquoi ?

En 1987, j’ai convenu avec les responsables de ma commune (Bab-Ezzouar) de la création d’une bibliothèque, et cela m’a occupé pendant un certain temps. Durant cette période, j’avais écrit 2 autres policiers (inédits), mais je me suis consacrée un peu plus au journalisme. J’ai notamment collaboré avec Parcours Maghrébins, El-Moudjahid et par la suite avec d’autres journaux privés. La situation allait en s’aggravant, mais j’étais loin de me douter que le pays allait sombrer dans une tourmente terroriste aussi terrible et traumatisante. Dans cette tragédie qui nous mettait les uns contre les autres, j’avoue que la littérature telle que je la concevais, a cessé d’être dans mes priorités. Puis vint le projet d’émigration au Canada, un pays qui me semblait au bout du monde. Mais finalement, pas tant que ça, puisque les drames de mes compatriotes traversaient les frontières et m’empoignaient le cœur aussi vivement que si j’y étais témoin direct. Je me suis mise à réfléchir sur le pourquoi d’une telle tragédie, comment est-ce que mon peuple, avec son histoire et ses martyres avait pu en arriver là ? C’était le moment de la rencontre de Rome et le contrat national pour la paix que Me Ali Yahia Abdenour était venu défendre au Canada. Nous avons discuté à Ottawa et j‘avais rédigé un article dans le Devoir en faveur de sa démarche. Puis ce fut le tour de M. Aït-Ahmed poursuivant le même objectif. Mais, pour le grand malheur de l’Algérie, la barbarie se poursuivit sur de longues années et des milliers de nos compatriotes durent périr dans des conditions atroces. À voir le chaos qui persiste, on se demande si on s’en est vraiment sorti.

Vous avez produit des émissions à la radio d’Alger sur la littérature féminine algérienne. Quelle en était l’approche ?
J’ai beaucoup aimé cette expérience. En fait, la série d’émissions s’appelait « littérature féminine au Maghreb » car le projet avait l’ambition de recenser les auteures francophones des trois principaux pays du Maghreb. Il s’agissait de les faire connaître aux auditeurs de la chaîne 3, de présenter leurs œuvres et faire lecture de quelques bonnes feuilles de leurs ouvrages. J’avais décidé de séparer les auteurs par genres littéraires. Il y avait des émissions consacrées à la littérature engagée et de combat, poésie et littérature générale.

Quels liens avez-vous avec l’Algérie aujourd’hui ?
Je suis très proche de l’Algérie, j’y viens régulièrement. Et même quand je ne suis pas au pays, l’Algérie est avec moi, je la suis pas à pas, et c’est sans doute pour cela que je me sens impliquée dans ses angoisses et ses désillusions. Par contre la Kabylie, j’ai un pincement au cœur quand j’y pense. J’ai fait une courte visite dans mon village (Tighilt Boghni) l’été 2008 et je dois dire que l’ambiance et les conditions de vie sont insoutenables, en particulier pour les jeunes. Quand je pense que tout le monde est rivé sur le « terroriste » fabriqué pendant que les pourvoyeurs de la vraie tyrannie collective se la coulent douce au Club des pins et autres endroits de villégiature de par le monde, loin de la misère du peuple, l’envie me prend de conclure que nous méritons notre sort. Je sais que c’est dur de dire ça, mais c’est révoltant qu’un peuple comme le nôtre assiste passivement à sa décadence en se laissant ainsi piétiner.

Entretien réalisé par Rachid Mokhtari

Document

Novembre 1954 – novembre 2010, d'une gloire prometteuse à la décrépitude
Par Zehira Houfani Berfas
(In, Le Quotidien d'Algérie : 20 - 10 – 2010)

Au président Bouteflika wa djemaâtou, dépositaires actuels du désordre algérien

Qu'est-il advenu de la terre de la « Révolution exemplaire » Monsieur le président, l'Algérie, depuis son indépendance? Du registre de la reconnaissance universelle pour sa grandeur et la bravoure de son peuple, à celui de l'indigence et de l'humiliation, votre règne aura achevé le maigre filon d'espoir repêché vaillamment de l'hécatombe de la décennie noire.
Qui ne se souvient de vos déclarations, quand vous annonciez devant la presse mondiale votre volonté de guérir l'Algérie et la hisser à nouveau au sein des nations respectables. En vous écoutant, bien des Algériens, émergeant du chaos de la sale guerre, ont voulu croire à l'homme « providentiel » qui allait ressouder les liens brisés de la société algérienne, et mettre hors d'état de nuire ses détracteurs. Vous disiez alors, vouloir « restituer à l'Algérien la fierté d'être Algérien ». Ah, la fierté! Quel préjudice pour un peuple que de la perdre, surtout après l'avoir si chèrement payé comme ce fut le cas de notre peuple. La recouvrer fut la grande promesse du nouveau président! Une promesse hélas vite rompue, car dans les faits, l'homme « providentiel » n'était qu'un leurre et le peuple algérien comprend à ses dépens que votre régime ne fera que prolonger le drame du pays, et poursuivre la mise en berne du peu qui restait des symboles de la fierté nationale.

Durant les 2 premiers mandats sensés guérir la République, votre régime a répandu à la grandeur du pays la pandémie de la malfaisance et de la corruption, exilant et décapitant, au passage, les plus brillants de nos esprits, au profit de la culture de la peur, de la médiocrité et de l'« aplat-ventrisme » si chers aux dictatures vieillissantes. Quant à l'image respectable de l'Algérie, il n'y a qu'au bal annuel des ministres que cette Algérie virtuelle fait surface, le temps d'une rencontre. Elle n'a rien à voir avec la jungle qu'est devenue la véritable Algérie, où le droit et la justice sont décrétés hors-la-loi. C'est le pays d'un peuple dépouillé et maltraité par ses gouvernants. Un peuple mal éduqué, mal logé et mal soigné, tandis que vous jouissez, à ses frais, des bienfaits des systèmes de santé et d'éducation occidentaux. Et c'est cela l'Algérie que le monde voit derrière les bilans complaisants et autres statistiques biaisées qu'on étale devant vous, avec la double bénédiction d'une presse muselée par vos soins et des « élus » grassement payés par le trésor public. Le seul bilan, qui reflète véritablement notre pays, fait état de la mal vie et du désarroi de notre peuple, de la faillite de nos services publics, du désastre de notre environnement et de notre économie, de la piètre qualité de nos universités, qui ne rivalisent même plus avec les pays pauvres d'Afrique, du délabrement de notre système de santé, de l'indigence de notre éducation, de la fuite de nos richesses matérielles et humaines, de nos enfants qui se jettent à la mer pour échapper à leur prison, et pour couronner le tout, de la corruption généralisée par votre régime couvert indûment du plus fabuleux trésor que le pays n'ait jamais possédé. Voilà comment l'Algérie débourse des fortunes pour être tournée en dérision par ses propres gouvernants.
Après la terrible guerre fratricide, vos discours et vos couffins bondés de promesses ont eu l'effet d'un baume sur le cœur, le temps d'un répit, pour des populations meurtries qui n'en espéraient pas moins de vous : la paix pour une Algérie enferrée à la violence; la justice pour un peuple tyrannisé; une vie décente pour les millions d'esclaves de la « hogra » érigée en norme nationale; et enfin, de l'espoir pour la jeunesse désespérée… Mais rien de tout cela ne sera au rendez-vous ni du 1er, ni du 2e et assurément pas du 3e mandat, que vous vous êtes octroyé contre tout bon sens, au lieu d'instaurer la première base d'une bonne gouvernance. Berné encore une fois, le peuple se retrouve ballotté entre un pouvoir répressif, imbu de la nouvelle puissance des pétrodollars, une élite plus souvent qu'autrement intéressée ou indifférente et une opposition pour le moins phagocytée. Le délabrement des valeurs est tel dans le pays que la classe dirigeante, que vous chapeautez, ne s'encombre plus de scrupules et verse ouvertement dans un rôle de prédateur des richesses nationales, qu'elle se partage copieusement avec un tout-venant de multinationales, et autres spéculateurs internationaux, bien au fait de sa corruption.
Tous ces interlocuteurs étrangers savent les dessous de la gouvernance algérienne et s'ils affichent un large sourire en même temps qu'une poignée de main en signant de juteux contrats, rien à voir avec une quelconque marque d'estime ou de respect, c'est une simple attitude professionnelle qui cache le mépris que ces « grands » nourrissent pour les dirigeants arabes, en particulier. Ces gens-là pensent que nos « dirigeants » ne sont pas faits pour gouverner et votre régime, et tous ceux qui lui ressemblent, leur en apporte la plus éclatante des preuves en clochardisant le peuple et en bradant le pays. Vous avez beau multiplié les campagnes de charme et de relations publiques pour vous faire apprécier, envoyé des émissaires faire des courbettes, ouvrir les champs pétrolifères de leurs choix, faire de l'Algérie un bazar pour leurs produits, vous ne changerez rien à la perception peu enviable que ces « grands » ont des dirigeants de républiques qu'ils ne se gênent pas d'affubler de « bananières », « hacha » pour la terre de nos martyrs.
En effet, qui mieux, que ces partenaires étrangers, efficacement briefés par les canaux de leurs services de renseignements respectifs (CIA, DGSE, MOSSAD, etc.) savent ce qu'il en est de la crédibilité des représentants de l'Algérie sur la scène internationale. Avec une telle carte de visite, la défense des intérêts suprêmes de notre pays semble illusoire. Et dans les coulisses des grandes négociations, vos « partenaires » étrangers doivent bien s'enorgueillir de leur savoir-faire et des fabuleux butins qu'ils permettent à leur pays d'engranger, au détriment de l'Algérie. Le contraire de cette situation relèverait de la haute trahison chez eux, mais en Algérie, ces actes sont d'une telle banalité que personne ne s'insurge sérieusement convaincu que l'impunité est la marque du pouvoir. De votre régime. Pour preuve, les scandales d'atteinte aux intérêts suprêmes, bien que rapportés régulièrement par la presse, ne reçoivent jamais de traitement adéquat. Quelles conséquences désastreuses sur le comportement collectif. N'est-ce pas, que le meilleur enseignement se communique par l'exemple.
Non, M. le président, vous n'avez ni restitué la fierté aux Algériens, ni la grandeur à leur nation. C'est la justice d'un peuple éclairé par la bonne gouvernance qui fait la grandeur d'une nation, et malheureusement, c'est la « hogra » et la malfaisance, autrement dit l'injustice et l'impunité qui caractérisent notre pays. Dans une telle culture, les mauvaises herbes croissent rapidement et finissent par étouffer la pépinière, et altérer la fertilité du terrain. N'est-ce pas la thérapie du massacre que votre régime applique à l'Algérie depuis votre intronisation à la tête du pays. Et je ne pense pas que la gigantesque mosquée dont le peuple n'a que faire, ou le plus grand centre commercial d'Afrique (quel non-sens dans un pays qui ne produit rien!) vont changer quelque chose à votre responsabilité, en tant que Président, dans le chaos de notre pauvre pays.

Désormais, c'est de notoriété, votre gouvernement dispose de l'Algérie avec une telle arrogance et un tel mépris que cela met à mal l'appartenance commune au peuple de la Révolution exemplaire. Comment est-ce possible, autrement, de commettre ou de laisser commettre contre les siens tant de forfaits? Comment est-ce possible d'être Algérien et de faire endurer tant d'échecs, et d'humiliation à son propre pays? Quel type de haine, de vengeance, peut motiver ce sadisme incroyable contre les siens? Plus personne ne croit aux sérénades patriotiques et plus personne ne croit que votre régime soit capable de bienfaits pour l'Algérie. Force est de constater, Monsieur le Président, que vous avez agi en « homme politique qui pense à la prochaine élection » et non en « homme d'état qui pense aux futures générations »[1] et que l'Algérie recherche désespérément depuis des lustres.
Aussi, à la veille de l'anniversaire de la Révolution exemplaire de nos parents, celle-là même qui vous a fabriqué et vous permet d'être aujourd'hui président, l'homme fort du pays, disposant de montagnes de dollars et séparé du peuple par une armada de courtisans, plus aptes à s'enrichir qu'à gouverner, soyez informé que de nombreux Algériennes et Algériens ont pris la résolution de briser la chape de plomb qui écrase leur peuple et de se réapproprier et leur fierté, et leur pays. Leur détermination à arracher l'Algérie des griffes de la ligue d'affairistes, de khobzistes et autres traîtres, s'inspire du 1er novembre 1954, Jour hautement symbolique, choisi par leurs aînés pour changer le cours de l'histoire, en arrachant à l'impitoyable machine coloniale leur pays l'Algérie, et en redonnant à leur peuple la dignité. Nos parents rêvaient de faire de nous des femmes et des hommes libres, maîtres chez nous, et ils ont payé le prix fort jusqu'au sacrifice suprême de donner leur vie. Où en sommes-nous?

Près d'un demi-siècle plus tard, fragilisée par la mauvaise gouvernance et menacée par des intérêts étrangers, l'Algérie, Monsieur le président, est au cœur d'une tempête qui menace sa souveraineté, remettant en cause les acquis inestimables de la révolution de nos parents. Aujourd'hui, animés par l'amour du pays et le devoir envers notre douloureuse mais glorieuse Histoire, leurs enfants, nous tous, jeunes et vieux, femmes et hommes, légataires du testament de la révolution algérienne, entendons relever le défi de compléter l'objectif ultime de la longue lutte de notre peuple, à savoir : édifier l'état de droit en Algérie. Seule alternative capable de redonner confiance aux Algériens et garantir un pays viable pour les générations futures. Grâce à la vitalité de la jeunesse algérienne, combinée à l'engagement d'intellectuels sincères, de toutes les Algériennes et Algériens qui n'en peuvent plus des crimes contre leur pays, et grâce aussi aux progrès technologiques qui permettent aux idées et au savoir de circuler, notre Algérie, Monsieur le Président, ne tardera pas à se relever et à s'affranchir de la tutelle abusive des fossoyeurs de son indépendance. Le changement qui s'annonce se fera, et ce n'est qu'une question de temps avant de voir réhabiliter le prestige de la maison Algérie. Que ce 1er novembre 2010 signe, incha Allah, l'acte de naissance officiel d'une réhabilitation de la cause nationale, avec pour objectif l'Etat de droit. C'est l'occasion pour toutes les forces qui s'y réclament de converger pour former ce puissant mouvement du changement démocratique, crucial à la pérennité de notre nation.
Nous espérons, Monsieur le président, que vous serez de notre rêve et ferez en sorte que vos hommes se montrent solidaires, enfin, de leur peuple, en acceptant l'idée inéluctable d'un Etat de droit pour l'Algérie, et ce, sans céder à la politique de la terre brûlée inspirée des anciens bourreaux de notre peuple.

Désespérément algérienne,

Pour l'Algérie des chouhadas, celle de mon père, celle de mes petits-enfants et des générations futures d'Algériens.
------------------------------------------------------------------------
[1] Citation de James Freeman Clarke : « La différence entre l'homme politique et l'homme d'Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération »,

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 20:25

el watan

 

Boumerdès : Des lycéens bloquent la route à Timezrite et d’autres en grève à Dellys

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le 05.02.13 |

Les insuffisances qui entravent la scolarité des élèves de certaines localités de la wilaya de Boumerdès sont toujours de mise. Ce mardi, des dizaines de lycéens habitant la commune de Timezrite et scolarisés au niveau des lycées des Issers ont manifesté leur colère contre les retards enregistrés pour la réparation du bus qui les transportait vers leurs établissements.

Les élèves ont fermé le CW151 à l’aide de pneus brulés au lieudit Tiboura dès le début de matinée. « Cela fait près d’un mois que le bus est en panne. On nous a dit devait être réparé par une entreprise privée choisie par les responsables de la wilaya, mais rien n’est encore fait à ce jour », déplorent certains d’eux.

«Nous nous pouvons plus supporter cette situation car nous sommes obligés de payer 80 DA/j pour rallier nos établissements », enchainent-ils. À Dellys, ce sont les filles résidant à l’internat du lycée des frères Drif qui ont observé une grève pour protester contre l’absence de chauffage dans les chambres et les classes.

Les grévistes se plaignent également de la mauvaise qualité des repas et des coupures fréquentes d’alimentation en eau potable.

Ramdane Koubabi
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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 23:43

El Watan

 

Wilaya de Boumerdès : le programme PPDRI en souffrance

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le 03.02.13 |

 Le retour des citoyens dans leurs villages dépend de la réalisation des PPDRI.

| © El Watan
Le retour des citoyens dans leurs villages dépend de la...

«La salle de soins et le bureau de poste sont fermés depuis 15 ans», dit un habitant d’un village dans la localité de Sidi Ali Bounab.

Le développement des localités rurales de la wilaya de Boumerdès n’est pas encore à l’ordre du jour. Ceux qui y habitent doivent en effet patienter encore quelques années pour espérer une éventuelle amélioration de leurs conditions de vie. Car les projets inscrits par les pouvoirs publics pour les sortir du cercle du sous-développement avancent à pas de tortue. Plusieurs années après son lancement, le plan de proximité du développement rural intégré (PPDRI) peine toujours à atteindre la vitesse de croisière en matière de réalisation. Les services chargés de son suivi n’ont pas encore consommé le budget de 2010.

Les opérations prévues au terme de l’année 2011 ont atteint un taux d’avancement de 10% alors que celles annoncées durant l’année écoulée ne sont pas encore entamées. La raison de ce retard serait liée principalement aux incohérences contenues dans les modalités d’application du programme, trop complexes eu égard à l’enchevêtrement des actions à entreprendre afin d’inciter les villageois à rester au niveau de leurs terres. Le conservateur des forêts fait état de 200 millions de dinars (MDA) qui ont été consommés durant l’année 2010 sur les 403 MDA dégagés par l’Etat. Aucune opération n’a été réalisée à temps. Même les aides pour les ruchers et les cheptels d’ovins et caprins se font toujours attendre.

«Durant cette période on a pu aménager 140 km de pistes et 40 sources. Comme on a implanté 280 ha d’oliviers et 171 ha d’arbres fruitiers. Cela en sus d’autres actions, telles que l’entretien des puits et celles portant mise en valeur du foncier qui ont nécessité des études approfondies», indique notre interlocuteur. Mais d’aucuns soutiennent que ce genre de projets risquent de ne pas avoir beaucoup d’impact sur le vécu des populations rurales ; elles qui souffrent à ce jour du chômage, du manque de couverture sanitaire et de l’absence d’infrastructures de base. Ces PPDRI doivent donc être accompagnés par d’autres mesures en mesure de stopper l’exode et de repeupler les localités désertées durant la décennie noire à cause de la menace terroriste.

«Nous manquons de tout ici. La salle de soins et le bureau de poste sont fermés depuis 15 ans. L’école primaire n’est pas encore réalisée. Le transport fait défaut à longueur d’année. Nos responsables doivent savoir que ce n’est pas avec le captage d’une source ou l’ouverture d’une piste qu’ils vont changer notre quotidien. D’ailleurs, mêmes les quelques têtes d’ovin, de bovin, et les ruchers…etc, promis en 2010 dans le cadre du PPDRI, ne nous sont pas encore octroyés», fulmine Madjid, un habitant d’Aït Slimane, un village perché sur les hauteurs de Sidi Ali Bounab. Ce sentiment habite des milliers d’autres citoyens de la région, notamment ceux qui manquent des commodités les plus élémentaires à une vie décente.

Les lenteurs constatées dans la concrétisation des PPDRI sont, selon un agronome de la région, la résultante du manque de vision des initiateurs du programme. Les entreprises devant se charger de la réalisation des projets prévus ont été créés en 2010, mais la plupart d’entre elles, à l’instar de l’entreprise régionale de génie rurale Zaccar, installée à Bouira, n’ont pas pu relever le défi en raison du manque de moyens matériels. Une situation qui a poussé les services concernés à décentraliser la gestion et le suivi du programme.

Le conservateur des forêts affirme avoir confié ces projets à l’ERGR Djurdjura, dotée d’importants moyens lui permettant de rattraper le retard accumulé au fil des ans. Notre interlocuteur précise que même le mode d’octroi du cheptel et d’autres aides sera modifié dans les semaines qui suivent. Il a souligné que la liste des fournisseurs sera fixée par la tutelle, ajoutant que les critères de sélection de ceux qui vont en bénéficier ne sont pas encore arrêtée.

Ramdane Koubabi
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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 23:12

Liberté

 

Dimanche, 20 Janvier 2013

Tizi Gheniff

À quand un statut pour le musée Ali-Mellah ?

Par : Ghilès O.

“Nous interpellons aussi bien les autorités locales que celles de la wilaya à redoubler d'efforts pour donner à ce musée la place qui lui revient d'autant plus qu'il abrite un pan de notre histoire et qu'il porte le nom d'un valeureux colonel en la personne du colonel Ali-Mellah”.

Inauguré en 2000, le musée dédié au colonel Ali Mellah, dit Si Chérif, est resté à l'abandon entre 2003 et 2012. Ce n'est que vers la fin de l'année dernière que des jeunes, affectés dans le cadre du pré-emploi, que certaines activités y ont repris. Ce site se compose d'une salle servant de musée où sont déposés des objets appartenant à la période de la guerre de Libération nationale, une salle de lecture, une salle informatique dépourvue de micro-ordinateurs et d'Internet et une bibliothèque. Mais, ce qui est encore plus important dans cet endroit c’est cette stèle sur laquelle sont gravés les noms des 746 martyrs des deux communes de Tizi Gheniff et de M'kira. Malheureusement, à cause des infiltrations d’eau du sommet de cette stèle, le risque d'être fortement abîmée est grand avec les pluies abondantes de l'hiver, si bien que des plaques de marbre à sa base se sont détachées. Dans une virée sur les lieux, nous avons aussi découvert toutes ces fresques, relatant des épisodes de notre histoire, en état de dégradation avancée par manque d’entretien. “C'est un musée réalisé avec la bagatelle de six millions de centimes au début des années 2000. Avec le temps, nous constatons que sans statut, son avenir n'est pas radieux. Il n'est doté ni de gaz naturel, ni de téléphone pas même de gardien. En fait, rien. Sans ces jeunes, il n'y aurait rien ici. Nous demandons que ce site ait un statut et par ricochet un personnel et un budget de fonctionnement. Nous refusons qu'il soit géré par la direction de la culture parce que c'est un site historique réalisé par la direction des Moudjahidine, et qu'il ne sorte pas de ce cadre”, nous a confié sur place le premier responsable de la kasma des moudjahidine de Tiz Gheniff. Et de poursuivre : “On nous a promis de le prendre en charge dans le cadre de la célébration du cinquantième anniversaire de l'indépendance mais, pour le moment, rien n'est fait”. Sa bibliothèque contient 472 livres couvrant différentes disciplines, à savoir l'histoire, la culture générale, les sciences physiques, la littérature, sciences et médecine... “Nous avons reçu dernièrement un quota de 2 654 livres neufs remis par la daïra. Il est attendu de les répertorier avant les mettre à la disposition de la bibliothèque pour servir les bibliophiles”, nous a dit le jeune qui s'occupe de cet espace. Au regard de ce dont dispose cette structure, il est certain, qu'avec beaucoup d'attention et de prise en charge, elle sera un point de ralliement pour tous ces lycéens et collégiens. D'ailleurs, des élèves sont autorisés à utiliser la salle de lecture pour des révisions en petits groupes. “Nous interpellons aussi bien les autorités locales que celles de la wilaya à redoubler d'efforts pour donner à ce musée la place qui lui revient, d'autant plus qu'il abrite un pan de notre histoire et qu'il porte le nom d'un valeureux colonel en la personne du colonel Ali Mellah”, tel est le message que veulent faire passer toutes ces personnes rencontrées sur ce site.


O. G

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 22:05

 

Par Essaid Mouas | 1 Novembre 2012 |                                                                         DDK                              

M’Kira Cinquante-huit ans en arrière...

Retour sur l’attaque de Tizi-Gheniff

 

Il y a cinquante-huit ans, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, à exactement 00h45, le village de Tizi-Gheniff, chef-lieu de la commune où résidaient tous les colons, est attaqué par des hommes, non pas pour faire subir des dommages, mais pour adresser un avertissement et annoncer au colonialisme la fin de son règne.

Les héros qui marquèrent cette épopée, au nombre de vingt, originaires de M’Kira et Tizi-Gheniff, ont pour noms : Merabet Amar (08-1910/11-1992,chef du groupe, membre de l’OS, militant PPA/MTLD, avait participé au congrès de Hernu(Belgique), en juillet 1954 ), Ali Zoughmaz, Essaid Zekrini, Slimane Nacef, Mohamed Nacef, Ali Aggrouche, Hanou Yahiaoui, Ahmed Yahiaoui, Mohamed Chaouchi, Mohamed Imerzoukène dit « Si El Mahfoud », Akli Heddar, Ali Mouna, Said Mouna, Ali Ammoura, Amar Derradji, Belkacem Hamnache, Mohamed Cheikh (08/05/1900-29/12/1979), Ahmed Tazekrit, Ali Benredjdal et Lounès Taoualit.

Le rendez-vous au cimetière des Ivahrizène

Rompus au travail dans la clandestinité, les éléments choisis devaient répondre également à des choix très stricts d’autant plus que tout devait se dérouler, dans le plus grand secret. Par ailleurs, outre ces premiers maquisards qui allaient allumer le feu de la révolution armée, d’autres militants de la localité ont été dirigés par feu le colonel Amar Ouamrane sur Alger, Blida et Boufarik ou sur Draâ-El-Mizan et Boghni. Donc, pour ce baptême de feu, le groupe devait se retrouver à partir de vingt et une heures à « Thimethline Ivahrizène » (le cimetière des Ivahrizène), plus connu actuellement sous le nom des « Quatre chemins), situé à cinq cents mètres environ de Tighilt-Bougueni, chef-lieu de commune actuellement. Cette soirée du dernier jour du mois d’octobre était marquée par la célébration d’une fête au village Ivahrizène, en contrebas, animée par une troupe « Idhabalène ». Une partie des premiers maquisards s’était rendue à cette fête pour signifier sa présence, pour ensuite s’esquiver l’un après l’autre à l’approche de l’heure du rendez-vous pour ne pas éveiller les soupçons. Cependant, le départ sur Tizi-Gheniff, à l’heure H, fut quelque peu retardé par les militants originaires du flanc Sud de Tizi-Gheniff, c’est-à-dire du côté Avadhidh à l’exemple de Lounès Taoualit, Ali Benredjdal, Ahmed Tazekrit ou Mohamed Cheikh, appartenant certainement à la même cellule du parti, qui devaient rallier d’abord le lieu du rendez-vous pour reprendre le chemin aussitôt en sens inverse, soit une distance de près d’une vingtaine de kilomètres, en pleine montagne et d’une seule traite. C’était une des précautions à prendre d’autant plus qu’une seule défectuosité d’un élément pouvait entraîner de graves conséquences.

La longue marche

Aux environs de 23 heures, le groupe fut enfin au complet et le chef, Amar Merabet, armé d’une mitraillette (MAT 49) donna l’ordre de départ, en prenant la tête de fil, sous une pluie fine alors que leur parvenait, du village Ivahrizène, le son des tbels tout en pensant que dans quelques moments la vraie fête allait être célébrée à Tizi-Gheniff où les colons pourront danser à leur guise et jusqu’à épuisement. Gênés sans nul doute par le mauvais temps qui rendait le chemin glissant et boueux, serrant leurs armes sous leurs burnous pour la plupart d’entre eux, en file indienne, les hommes de la nuit s’avancent silencieusement, d’un pas sûr et pressé vers leur objectif. Malgré cela, le groupe n’aura pas trop de difficultés à parcourir les sept ou huit kilomètres qui séparent le lieu du départ du village de Tizi-Gheniff, en prenant le raccourci par le hameau dit « Aït Igharvalène »d’autant plus qu’en ce temps là, il n’y avait pas d’habitations le long de ce chemin si ce n’est quelques maisons éparses à « Lakhlandja », mais à cette heure-là de la nuit, tout le monde devait être dans les bras de Morphée depuis belle lurette.

Arrivée à Tizi-Gheniff et désignation des objectifs

Il était un peu plus de minuit, lorsque la colonne de silhouettes, tels des fantômes, atteignit la lisière du village de Tizi-Gheniff. A l’emplacement de l’ex CAPCS, Feu Amar Merabet regroupa une seconde fois ses éléments pour non seulement leur désigner les différentes missions en les scindant en quatre petits groupes mais pour aussi leur expliquer véritablement l’objectif principal qui est celui de faire comprendre aux colons que c’était fini pour eux, que le glas avait sonné pour le colonialisme. L’ordre fut donné de ne pas faire de victimes parmi les Français qui auraient eu l’audace de se montrer ou de se manifester.

Les différentes missions

Le premier groupe avait pour mission de se rendre à la sortie Est du village, sur la route menant vers Draâ-El-Mizan, à l’emplacement de l’actuel mémorial et musée Ali Mellah, pour saboter la ligne téléphonique en sectionnant les fils. Le second groupe devait se poster sur le boulevard, baptisé du « 1er novembre », en face de l’ancienne mairie et actuelle école mixte « Cheikh Mohamed ». Une stèle a été érigée à cet endroit mais qui a été saccagée par une jeunesse qui ignore tout de son histoire, lors des évènements du printemps berbère, et dont la réhabilitation ne s’est toujours pas faite. Quant au troisième groupe, il devait se diriger vers la caserne de gendarmerie alors que le quatrième avait pour mission de mettre le feu au hangar à tabac ainsi qu’à celui où était entreposé le liège.

OO heure 45 minutes

A cette heure précise, les premières rafales de mitraillettes déchirèrent l’obscurité et le silence du village. Les colons qui, sans nul doute, appréhendaient ce moment fatidique, se réveillèrent en sursaut et complètement paniqués. Sans tarder, un certain Chaillot actionna la sirène pour donner l’alerte, tout en criant : « Ils attaquent ! Ils attaquent ! » Comme prévu, la consigne donnée pour cette nuit était d’éviter toute effusion de sang, par conséquent, tous les coups de feu furent tirés en l’air. IL fallait créer un impact chez les colons. Ce coup d’éclat parmi les dizaines d’autres, célébrés à travers le territoire national, devait signer la naissance de la révolution armée. Peu après, les premiers moudjahidines se retrouvèrent, dans une grange à Lourika non loin du village, leur point de repli qui leur a été précédemment communiqué, alors que de grosses fumées, dégageant une odeur suffocante de tabac mêlée à celle du liège carbonisé, s’élevaient dans le ciel et recouvraient la petite ville. Les hangars appartenaient à Guenayer, le maire à cette époque. Fatigués, les moudjahidines ne tardèrent pas à sombrer dans un profond sommeil pour se réveiller quelques petites heures plus tard, au petit matin. Chacun devait rejoindre son domicile et vaquer à ses obligations habituelles, sans éveiller aucun soupçon jusqu’aux prochaines instructions.

La répression

Comme il fallait s’y attendre, la répression ne tarda pas à s’abattre, d’autant plus que cette action menée la nuit du jour de la Toussaint n’était pas un fait isolé, puisqu’à Draâ-El-Mizan, Boghni, Azazga et autres localités du département de la Grande Kabylie, d’autres actions ont eu lieu et à même heure, donc, ces opérations étaient bien coordonnées par une organisation très structurée et hiérarchisée. Quelques jours après ce coup d’éclat, les forces coloniales, possédant déjà des renseignements sur presque la totalité des militants activistes des douars M’Kira et Imzalène, ne tardèrent pas à procéder à des rafles dans les villages. Outre les principaux auteurs de l’attaque du centre colonial de Tizi-Gheniff, plusieurs suspects seront également arrêtés, torturés et condamnés, parmi eux Feu Hadj Rabah Bourbas qui sera condamné à perpétuité mais qui, jusqu’à sa mort, ne clamera jamais avoir été parmi les ‘’novembristes’’. « Je n’étais pas au courant de ce qui allait se passer la nuit du 1er novembre, malgré le fait que j’appartenais à la même cellule, c’est-à-dire celle des Imaandène, qui avait à sa tête Amar Merabet car j’étais déjà fiché et surveillé par les services coloniaux d’autant plus que j’étais sur la liste des candidats du PPA/MTLD aux élections de 1947 », tenait toujours à témoigner Feu Hadj Rabah Bourbas.

Le premier martyr

Torturés avec la plus grande cruauté, l’un d’eux, Slimane Nacef, succomba en martyr, le 08 novembre 1954, dans l’une des geôles aménagées au sous-sol de l’ancienne mairie de Tizi-Gheniff. Selon certaines sources, il aurait été étranglé par l’un des fils du maire Gueneyar alors que d’autres affirment qu’il aurait reçu une balle, dans la tête, tirée à bout portant et que les traces laissées par celle-ci seraient visibles sur le mur jusqu’à ces toutes dernières années avant la réhabilitation de l’édifice. Par ailleurs, Après leur transfert de la prison de Tizi-Ouzou, tous les autres éléments du groupe du 1er novembre seront incarcérés au groupe pénitentiaire d’EL Harrach (Alger). Ils seront ensuite traduits devant le tribunal permanent des forces armées d’Alger à partir du mois d’aout 1955. Ils seront poursuivis pour les chefs d’accusation : association de malfaiteurs, tentative d’assassinat, incendie volontaire avec concomitance ou pour atteinte à la sûreté extérieure de l’état, détention sans autorisation d’armes et munitions non déclarées. La sentence sera bien évidemment la condamnation à mort. Cependant, aucun d’eux ne sera exécuté. Ils connaîtront tous des séjours dans les sinistres prisons de Serkadji, Lambèze, Les Baumettes ou Angers (France) avant leur libération au début du mois de mai 1962 après la signature des accords d’Evian le 18 mars 1962 et le cessez-le feu. A leur libération, ils rejoignent leurs villages respectifs pour se consacrer à l’agriculture, dans l’anonymat le plus complet. L’exemple le plus édifiant est celui, sans nul doute, de feu Essaid Zekrini, condamné à mort, mais qui n’avait jamais cherché à se faire connaître comme tel, ni à obtenir une quelconque reconnaissance, ni à obtenir un quelconque avantage matériel ou financier. Ce n’est qu’après sa mort au début des années 1970 qu’il a été reconnu à titre posthume.

Le travail d’écriture de l’association des activités de jeunes de M’Kira

Ce témoignage historique n’est que le fruit du travail effectué par les membres de l’association des activités de jeunes de M’Kira(A.A.J.M.), dès le début de sa fondation en 1988, alors que les principaux acteurs de cette épopée étaient encore en vie, plus particulièrement le chef du groupe, Feu Rabah Merabet, Ali Zoughmaz ou Ali Benradjdel. Nous citerons MM, Ali Ziat (membre de la dernière APW), Rabah Medjahed et Hassane Nekkache(respectivement 1er et 2ème vice-présidents de l’APC de M’Kira), feu Mouloud Berfas, assassiné sur la route de Beloua par les terroristes en 1998 ainsi que M.Cheikh Akli, petit fils de feu Mohamed Cheikh, pour la remise des documents appartenant à son aïeul.

Essaid Mouas

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 23:20

 

 

Les Associations Citoyennes de Tizi-Gheniff et de M'Kira ont contacté Amnesty International pour qu'elle installe un Groupe dans la daira de Tizi Gheniff . Les premiers contacts entrepris par les Associations de la diaspora ont été positifs, et une délégation se rendra sous peu dans les villages de la daira.

 

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 23:15
 
 
 
 
Noufel BOUZEBOUDJA
 
Bouzeboudja Noufel est né le 28 octobre 1981 à Tizi Ghenif, région située à environs 55 kilomètres de la ville de Tizi Ouzou, en Kabylie. De père et de mère enseignants, il était toujours moyen dans ses études. C'est au lycée qu'il développa une passion pour la poésie.

En 2000, il obtint son baccalauréat pour étudier la langue et la littérature anglaises à l'Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou. Ses activités, au sein de cette dernière, ne se sont pas seulement centrées sur l'acquisition du savoir, mais aussi sur l'organisation socio pédagogique, étant membre du comité des étudiants.

Au bout de quatre ans d'études, il est membre de la première promotion ayant soutenu en option "Arts dramatiques" en la langue anglaise, ceci en montant une pièce de théâtre intitulée : "The Voice of Truth" qu'il a lui-même écrite et où il a eu à jouer un rôle, celui du "fils". Par la suite, il a aussi joué dans la pièce intitulée : "Richard III".

C'est durant ses études universitaires qu'il a découvert sa passion pour la lecture et l'écriture. Il a découvert les : Feraoun, Djaout, Mammeri, Dib, Ben Djeloun, Kateb? Ceux-là, l'ont beaucoup impressionné de par leur volonté de se frayer une identité littéraire unique, marquée par tant de déchirements et de frustrations.

Il a participé à plusieurs récitals dans son pays et ce en plusieurs langues puisqu'il écrit aussi bien en Français, qu'en Tamazight, en Arabe et en Anglais. Il est, actuellement, enseignant au département d'Anglais de l'Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou et a été, en décembre 2006, lauréat du concours de poésie organisé par le Centre Culturel Français d'Alger (CCF).

Son dernier Roman "ESPOIRS DECHUS" vient d'être édité en France aux Editions Franco-Berbères,
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  • : Un des objectifs est de reconstituer la grande confédération qui regroupait les 14 aarchs des Iflisen Umellil avant la colonisation française. Le but est de rétablir les liens interrompus et de promouvoir la solidarité inter-arche. Nous visons également à consolider les liens entre la diaspora et leur région d'origine. Réecrire l'histoire des Iflisen et préserver leur patrimoine matériel et immatériel .
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