Observatoire Amazigh

Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 05:44

Sétif ou Séti-Fis n'est certes pas ingrate à l'égard de celui qui les a arrosé abondamment de pétrodollars ces dernières années. Étant la wilaya la plus populeuse, elle a sûrement contribué à la victoire inattendue du FLN. En fait, Sétif a mordu à l'ameçon des manigances du régime pour faire passer le FLN, et par conséquent maintenir le statu quo.

 

 

 

 

 

 

Samedi, 12 Mai 2012

Selon la Commission de surveillance des élections

Des bulletins de vote FLN distribués de nuit à Sétif

Par : Rubrique Radar

Le président de la Commission de surveillance des élections législatives d’une commune de Sétif a adressé à qui de droit, il y a quelques heures, un rapport faisant état d’“une distribution, au niveau de la commune, de très nombreux bulletins de vote de la liste FLN” dans cette commune. Ce matin, lit-on dans le rapport, “les rues menant aux centres de vote de la commune étaient jonchées de ces bulletins”. (Voir fac-similé du rapport).

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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 04:29

L'Expression

L'indomptable Kabylie risque fort de boycotter les législatives en Algérie

Dans la région de Kabylie, place-forte de l'opposition en Algérie, peu de personnes espèrent que le scrutin législatif de jeudi suscite un sursaut démocratique et les électeurs se font discrets.

« Je ne vais pas voter, c'est sûr », affirme Lamine, vendeur de climatiseurs à Tizi Ouzou, la capitale régionale de la Kabylie située au flan des hautes montagnes enneigées du Djurdjura, à une centaine de kilomètres à l'est d'Alger.

« Dans cette région du pays, je ne pense pas que la minorité de gens qui iront voter le crieront sur tous les toits », ajoute ce rouquin trapu de 29 ans.

Les Kabyles sont une importante communauté berbère non arabe, pas très enthousiasmés par l'expression « Printemps arabe », qui a déteint sur les manifestations déclenchées en Algérie dans la foulée de la révolution en Tunisie voisine l'an dernier.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a présenté les élections du 10 mai comme une chance historique, mais nombre de Kabyles qualifient ses réformes pour répondre aux attentes d'une population frustrée de tour de vis de l'Etat sur le pays. Ils considèrent que boycotter le scrutin est leur seule option.

«Nous n'avons eu que les prémices d'une révolution l'an dernier, juge Ahcene Djema, un étudiant en droit de Kabylie. Elle a échoué à cause des manipulations et de la propagande de l'Etat (...) et parce que les Algériens en ont marre des violences », estime-t-il, se référant aux 200.000 morts de la décennie noire des années 90 après l'interruption du scrutin de 1991 qui promettait une victoire aux islamistes.

« Les étudiants sont majoritairement favorables au boycottage du scrutin. Quand un père ne peut pas nourrir sa famille, la situation est intenable », ajoute Djem, un militant convaincu d'une prochaine explosion en se référant à la cherté de la vie qui avait déjà provoqué des émeutes en janvier 2011.

L'un des deux principaux partis de Kabylie, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD, 19 députés dans le parlement sortant), fait campagne pour le boycottage. Il n'est plus possible pour lui de faire confiance aux institutions algériennes.

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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 05:25

Liberte

 

Dimanche, 06 Mai 2012

PRATIQUES ANCESTRALES DANS LES AURES

Des métiers et des hommes

Par : Rachid Hamatou

Encore une fois, l’espoir vient du douar. Des métiers séculaires, qu’on a cru morts et disparus, semblent avoir trouvé refuge dans les zones les plus éparses, dans l’arrière-pays des Aurès. Ce n’est certainement pas par choix encore moins par confort, mais plutôt par nécessité, voire pour la survie.

Les habitants des zones rurales, pour moult raisons, n’ont pas abandonné des métiers dits archaïques qui semblent ne plus faire vivre : le faucheur (amjar), le laboureur (akraz), le semeur (amuzzi) et bien d’autres qui depuis une dizaine d’années semblent revenir, pour échapper à un trépas certain, surtout depuis que des artisans, des forgerons, des tisserands… ont repris du service. Aussi bien dans la vallée Ighzar à Melal à Oued Abdi ou encore dans la vallée de Belezma ou les hauteurs de Markunda, ces artisans ont fait de la résistance pour sauver, peut-être sans se rendre compte, un savoir-faire plurimillénaire et un moyen de création de richesse, qui s’est transmis de génération en génération dans les conditions les plus pénibles. à Sefiane (commune de N’gaous), la cueillette des olives se poursuit pour le deuxième mois consécutif. L’olive de table n’est plus disponible, par contre les oléiculteurs de la région viennent à peine de commencer la seconde récolte, celle des olives destinées au moulin à huile (huile d’olive) et la récolte est qualifiée d’excellente. Contrairement à l’olive de table, dont la quasi-totalité est vendue aux conserveries et autres fabriques installées à l’ouest du pays, l’olive destinée à la presse reste au pays. à Sefiane, mais aussi dans les petites agglomération (Tinibaouine, Boumagar, Texlent...) existent de modestes moulins à huile, dont deux sont traditionnels (moulin à sang actionné par des animaux, généralement des mulets). Ammi Zeghdoud est propriétaire de l’un d’eux. Abdallah Abdallah (dit Zeghdoud) fils de Belgacem ne se souvient pas avoir exercé un autre métier à part celui qu’il exerce aujourd’hui : propriétaire d’un moulin à sang. Il accompagnait et aidait son père quand il avait à peine 12 ans, dans ce même moulin ancestral, qu’il a hérité et jalousement protégé.
Aujourd’hui, il déclare avec une certaine fierté que la tribu des Aith Soltane, dont il fait partie, n’a pas pour habitude d’abandonner les métiers des ancêtres, car c’est un héritage dont il faut prendre soin. “Je reçois des clients des quatre coins des Aurès : M’sila, Barika, El-Madher, Tazqht, partout où poussent les oliviers, malgré qu’il existe des moulins plus rapides que le mien, les clients sont restés fidèles, car ils savent que la presse à force animale est meilleure, l’huile garde toute sa saveur, un vrai jus à boire”, affirme-t-il. Et d’ajouter que “cette année il y a une belle bonne récolte, aussi bien en quantité qu’en qualité, regardez comment les olives sont fermes et juteuses”.
Le moulin est un vrai lieu de convivialité, où règne une ambiance bon enfant, signe de satisfaction, aussi bien des producteurs que des exploitants et producteurs qui viennent suivre la presse de leur production d’olives, de visu, et aussi écouter comme des écoliers les conseils de l’oncle Zeghdoud, grand connaisseur, qui incite les jeunes oléiculteurs à soigner leur production. Zeghdoud témoigne : “à mon époque, tout était manuel, de la cueillette des olives à la presse d’huile, bien sûr le broyage se faisait par les bêtes, et je jure qu’il faisait beaucoup plus froid que maintenant. Même s’il n’y avait pas de grandes pannes, nous savions réparer sur place toutes les pièces. Je reconnais qu’aujourd’hui c’est plus difficile, et la mécanisation a facilité certaines choses et compliqué d’autres. Ce sont surtout les scourtins (sorte de panier rond et plat tressé en fibre de coco, ndlr) qui s’abîment à force d’être entassés, chargés et déchargés. Fort heureusement, je peux me les procurer en Kabylie, à Akbou.”


R H

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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 04:05

Liberté

Dimanche, 29 Avril 2012 10:00

PROTECTION ET RÉHABILITATION DU PATRIMOINE ARCHITECTURAL BERBÈRE

La maison chaouie de Ghoufi

Par : Rachid Hamatou

La symbiose entre un site difficilement domptable et une pratique ancestrale berbère millénaire a fait que le mode d’habitat dans la “dechra aurassienne” a été une parfaite harmonie entre l’homme et son milieu de vie, dégageant une organisation spatiale qui est l’un des derniers témoignages de l’entente que l’homme a pu établir avec la nature et son espace de vie.

Puisant dans la substance de son univers, comme matière et couleur, et s’inspirant de la topographie du terrain, l’homme a fini par intégrer parfaitement et merveilleusement son habitat au site. Il n’a pas cherché à modifier quoi que ce soit dans le dénivelé, faute de moyens, mais il a surtout exploité au maximum la configuration du terrain, en adossant son habitat à la roche (semi-troglodyte), ce qui a donné naissance à une organisation spatiale d’une originalité unique. Le site de Ghoufi représente une des facettes de notre patrimoine culturel et architectural ; très riche en enseignements, qu’il n’est plus possible de classer uniquement dans la case des curiosités ou de contempler avec nostalgie. Il va falloir le prendre en charge, et de la meilleure manière ! Toute cette richesse architecturale, avec ses maisons accrochées aux flancs des canyons, bâties en gradin comme pour assister au spectacle de la nature qui s’offre généreusement (palmeraies, jardins en banquettes, et surtout l’oued Ighzar Amélal).
Hormis cette beauté extérieure, l’intérieur présente une tout autre dimension, qui se dégage de l’harmonie y qui règne. Une chaleur née d’une sobriété extrême d’où découle un certain bien-être qui nous interpelle, sans le déceler pour autant au premier coup d’œil.
Mais quel est l’élément responsable de ces impressions ? La charpente en bois qui n’est pas la moins diminuée d’esthétique ?
Les matériaux d’extrême sobriété ? Ou alors est-ce la répartition des objets dans l’espace ? En tout cas, les rayons du soleil traversent les petites ouvertures pour jeter “thafoukth” (la lumière) sur cet univers aussi beau que fragile.
Cet intérieur est fondé sur une répartition d’espace dosé sur une logique d’affectation des différentes surfaces par fonction, car l’espace intérieur est aménagé à la manière d’un décor.
Il n’y a ni cloison, ni obstacle ni meuble, sauf des éléments qui marquent chaque endroit.
Un poteau par-ci, un dénivellement par-là, des vides pratiqués dans le mur (niches), d’autres objets posés à même le sol, à l’exception d’un élément qui s’impose, non seulement dans l’espace, mais dans la vie entière des habitants de la maison chaouie : le métier à tisser, qui est à la fois moyen économique, repère chronologique et valeur symbolique.

Rapport de la maison à la dechra
L’implantation d’“akham” (la maison) dans l’espace géographique et l’espace social -et son organisation intérieure- est un des lieux où s’articule la nécessité symbolique ou sociale. L’acte de bâtir, pour un berbère, doit composer avec plusieurs facteurs pour ne pas rompre ou déranger l’équilibre établi, depuis des siècles, par le groupe social de son appartenance. Ainsi, construire veut dire aménager les relations sociales, respecter la mitoyenneté et les espaces communs. Akham est une unité sociale et économique. Elle abrite famille, réserve et animaux. La famille, qui constitue la cellule centrale de la société, est une entité patriarcale agnatique. Les filles quittent les domiciles au mariage. Elles y résident dans le cas des grandes maisons. Ainsi, il est courant de rencontrer deux types de maisons familiales. Dans la première catégorie (grandes maisons patriarcales abritant jusqu’à quatre générations), la demeure est constituée d’un ensemble de pièces indépendantes s’ouvrant sur une cour unique ; chaque pièce est occupée par un couple conjugal avec leurs enfants (célibataires), lui permettant de conserver l’intimité et l’autonomie. Le deuxième type de maison garde toujours la même morphologie mais elle est détaillée, plus modeste, abritant un couple conjugal avec leurs enfants, faisant partie d’un ensemble de maisons qui gravitent autour de la maison patriarcale.

Occupation de l’espace par l’homme et la femme
La conception de l’espace et son appropriation chez les berbères diffère d’un groupe à un autre. La femme chaouie ne se voile pas et participe aux travaux agricoles (ramassage, cueillette, ensemencement et récolte) et à l’approvisionnement de la maison en eau, en bois et autres besoins. L’ouverture en permanence de la porte d’entrée permettant une relation visuelle directe de la cour, du seuil de la maison, démontre un sens particulier de l’intimité et une hiérarchisation de l’espace, du semi-public vers le privé, établi par la configuration de la dechra. Donc, l’occupation de l’espace par les deux sexes est régie non par une ségrégation sexuelle mais par la nature des tâches inhérentes à chacun et la fréquence d’utilisation des lieux. Le fait de placer la chambre d’hôtes juste après l’entrée ou de l’ouvrir entièrement vers l’extérieur tend à offrir une liberté de mouvement aux invités, et non à extraire la femme de la vue de ceux-ci. Mieux que tous les autres faits de civilisation, la maison permet de repérer les lieux essentiels, les plus intimes de la vie sociale. La maison chaouie de Ghoufi, tout comme d’autres lieux d’habitation (Nara, Ighounem, Balloul, Iguelfen, etc.), vit actuellement des transformations considérables, aussi bien au niveau de la participation à la formation du tissu communautaire qu’à l’organisation spatiale, la structuration, les matériaux et méthodes constructives, jusqu’à sa signification symbolique et sociale. Le béton et le mauvais goût, envahissent l’architecture domestique rurale. Ce même béton devenu symbole de réussite sociale et signe de modernité. La nouvelle maison en béton n’a permis à son habitant ni de conserver les commodités de l’habitat d’hier ni de profiter du confort de celle d’aujourd’hui.
L’association les Amis de Ghoufi, qui lance un appel pour stopper les différents travaux dits de restauration au béton nu, estime qu’il est temps d’établir une stratégie de réhabilitation pour protéger cette page de notre histoire. Durant les vacances et les fins de semaines, des bus et autocars ramènent par dizaines, voire par centaines, des écoliers, lycéens et universitaires pour visiter les lieux et admirer les paysages, ce qui ne se passe jamais sans dégât.

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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 01:54

el watan

Le «Printemps berbère» a ouvert la voie aux grandes contestations populaires

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le 17.04.12 | 10h00

Par la noblesse des combats pour la démocratie et la reconnaissance de l’identité berbère qu’il symbolise, Avril 1980 restera à jamais gravé dans la mémoire collective du peuple algérien qui venait de prendre conscience qu’il est possible de changer le cours des choses, pour peu qu’il soit uni et déterminé à faire aboutir ses revendications, en dépit des moyens de répression considérables dont disposait le pouvoir dictatorial en place.

Ce premier grand soulèvement populaire qualifié de «Printemps berbère» en raison des revendications démocratiques et identitaires portées par les populations essentiellement berbérophones de Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira, Boumerdès et Alger, ouvrira la voie à d’autres grands mouvements de contestation, parmi lesquels on peut citer l’insurrection du 5 Octobre 1988 et le mouvement citoyen de 2001 qui ont permis d’obtenir pas mal d’ouvertures politiques et d’acquis sociaux au prix de plusieurs centaines de morts et de blessés, auxquels l’Etat ne rendra, malheureusement, jamais justice.
La dictature des années soixante-dix, enrobée d’idéologie arabo-baâthiste et matinée de socialisme «spécifique» à large connotation soviétique, avait en effet recouvert d’une chape de plomb tout le pays, mais plus fortement encore les régions berbérophones de Kabylie et des Aurès, où les référents culturels et identitaires locaux étaient soumis à contrôle lorsqu’ils n’étaient pas carrément prohibés.

L’interdiction faite à l’icône de la poésie et chanson kabyle, Taous Amrouche, de chanter et clamer des poèmes en langue berbère à l’occasion du festival panafricain de 1969, l’arrestation un peu plus tard de jeunes portant des tee-shirts arborant des caractères Tifinagh, constituaient autant d’actions perçues, à juste titre, comme des signes évidents de répression ciblant expressément les populations berbérophones.
Dans l’esprit du parti FLN largement dominé par les islamo-baâthistes, l’arabisation de l’enseignement, de la Justice et de l’administration devait aboutir, à terme, à l’extinction de la langue berbère et à la fin des particularismes identitaires et culturels des régions concernées.

L’intolérable déni identitaire outrageusement mis en œuvre sous le régime de Houari Boumédienne semblait toutefois avoir atteint ses limites à la mort de ce dernier en décembre 1978. Déjà, une année auparavant, la jeunesse kabyle contrainte de vivre sa culture dans la clandestinité, avait pu défier Boumediene au stade 5 Juillet d’Alger lors de la finale de la coupe d’Algérie de football ayant opposé les équipes de la JSK et du NAHD. Houspillé et interpellé aux cris d’«Imazighen», ce dernier ne put que se résigner à constater la vivacité de la revendication identitaire portée par des dizaines de milliers de voix.

Mais le facteur déclenchant de la grande révolte populaire d’Avril 1980, qui durera plusieurs mois en s’étendant à l’ensemble des régions berbérophones ainsi qu’à la capitale, était l’interdiction d’une conférence sur la poésie antique berbère que le célèbre écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri, devait donner à Tizi Ouzou sur invitation de la communié universitaire.
Il n’en fallait pas plus pour qu’éclatent des manifestations de rues qui ont rapidement tourné à l’insurrection et à la désobéissance civile. Professeurs, étudiants et travailleurs de l’université Hasnaoua ainsi que les médecins et infirmiers du CHU de Tizi Ouzou entrent en dissidence en plaçant leurs structures respectives en sous-régime de l’autogestion.

Ils seront rapidement suivis dans cette logique d’insurrection citoyenne par les travailleurs de toutes les unités économiques de la région. Devant le rétrécissement des espaces d’expression, la rue deviendra le récipiendaire des revendications populaires. Après environ deux semaines d’un relatif retrait des forces de répression dépêchées à grands renforts dans la ville de Tizi Ouzou et la zone industrielle de Oued Aïssi, l’intervention des forces de police, auxquelles se sont jointes celles de la gendarmerie et de la sécurité militaire, sera tout aussi brutale que disproportionnée, notamment à l’adresse des étudiants et enseignants dépourvus de moyens de défense, retranchés dans les campus et cités universitaires d’où partaient les mots d’ordre et les cortèges de manifestants.

Des affrontements démesurés entre les brigades de répression nombreuses et suréquipées et les manifestants résolument pacifiques, résultera un bilan macabre faisant état de plus de 400 blessés graves, tandis que les arrestations musclées se comptaient par milliers. Vingt-quatre (24) personnes (professeurs d’université, médecins, étudiants et syndicalistes) ont été déférés devant la Cour de sûreté de l’Etat avec, comme chefs d’accusations «organisation clandestine visant au renversement du gouvernement et intelligence avec l’étranger», passibles de lourdes peines d’emprisonnement. Aussi brutale qu’elle fût, la répression ne parviendra pas à pacifier la Kabylie que les propos haineux, souvent même racistes, proférés par les brigades antiémeutes à l’égard des manifestants, avaient failli entraîner dans une logique de sécession.

Conscients de l’importance des enjeux politiques que pouvait engendrer cette révolte qui se propageait comme une traînée de poudre à d’autres régions du pays, y compris l’Algérois, les autorités politiques ont été contraintes de libérer les détenus, ce qui avait quelque peu détendu l’ambiance anxiogène et le climat insurrectionnel qui régnaient dans les régions concernées.
L’insurrection d’Avril 80 parviendra au bout du compte à ébranler l’édifice arabo-islamique en remettant, notamment, en cause ses certitudes quant à la marginalisation possible de l’identité et la culture berbères qui devaient, selon l’idéologie baâthiste, s’effacer devant la magnificence de la langue et de la civilisation arabes.

Le mouvement d’Avril 1980 a été un tournant décisif dans cette quête de reconnaissance de l’identité et de la langue amazighe qui conduira, plusieurs années plus tard, à sa reconnaissance, au même titre que l’arabe, comme langue nationale du pays.
Le Printemps 1980 a, par ailleurs, bouleversé la situation politique et sociale en Kabylie en ouvrant, notamment, la voie à la contestation populaire, à l’action syndicale et aux luttes démocratiques. De par ses apports multiformes (formulations claires des revendications identitaires et des aspirations démocratiques), le «Printemps berbère» est, aujourd’hui encore, perçu comme un précieux héritage politique, une véritable école du combat démocratique dont peuvent s’inspirer aussi bien les populations berbérophones que les opprimés des autres régions du pays.

Sur le plan social, l’insurrection d’Avril 80 a, à l’évidence, permis l’émergence d’une génération d’intellectuels engagés dans le combat démocratique, à l’instar de Tahar Djaout, Matoub Lounes et autres chanteurs et artistes de talent. Culturellement, le «Printemps berbère» a brisé le tabou linguistique et culturel, en remettant en cause le mythe de la supériorité de la langue arabe sur le berbère, de même qu’il réussira à tempérer quelque peu l’ardeur des islamo-baâthistes à arabiser dans la précipitation l’enseignement, l’environnement et les institutions publiques comme ils l’avaient insidieusement programmé.

Du Printemps berbère naîtront, bien qu’un peu plus tard, des structures d’enseignement, d’encadrement et de promotion de la langue amazighe (département de langue amazighe dans certaines universités, le Haut Commissariat à l’Amazighité, le Centre National Pédagogique et Linguistique pour l’Enseignement de Tamazight «CNPLET») qui ont le mérite d’avoir formé les premiers Magisters en langue Tamazight. Les moyens humains, matériels et financiers dérisoires mis à la disposition de ces structures limiteront malheureusement leurs actions à l’organisation de quelques colloques scientifiques et rencontres à caractère culturel. Les promesses de création d’un Conseil Supérieur à l’Amazighité et d’une Académie Amazighe réitérées par le président de la République à l’occasion de ses campagnes électorales n’ont, pour leur part, jamais été tenues.

Le statut de l’enseignement de Tamazight a, certes, évolué (transformation des départements de Tamazight en Instituts formant des licenciés en langue Tamazight), mais faute d’une réelle volonté de promouvoir l’enseignement de cette langue, les instituts en question ne parviendront pas à avoir l’impact éducationnel souhaité en raison, notamment, de la diminution du nombre d’élèves qui désertent les cours de langue berbère du fait des fortes pressions exercées sur eux par l’administration (exigence d’une autorisation paternelle) et, bien entendu, en raison de l’absence de perspectives professionnelles offertes aux enseignants.
Quel bilan tirer de ce premier grand soulèvement populaire d’Avril 1980 ? De la création des premiers instituts de langue et culture Amazighes au sein des universités de Tizi-Ouzou et celle de Béjaïa, de la reconnaissance du Tamazight comme langue nationale en 2003, en passant par la création des radios locales et de la chaîne de télévision d’expression berbère, le processus de réhabilitation de l’identité berbère a, à l’évidence, connu de notables avancées.

Mais ces avancées restent malgré tout fragiles et, dans tous les cas, non définitivement acquises. L’avènement de l’islamisme à la fin des années 1980 ayant relancé le processus d’arabisation au pas de charge, les dénis identitaires et culturels contre lesquels les acteurs du «Printemps berbère» s’étaient insurgés ont été progressivement remis au goût du jour. La société algérienne et, notamment, les jeunes sont en grande majorité arabisés et, de surcroît, fortement imprégnés de dogmes islamistes. Certains acquis que l’on croyait irréversibles sont soumis à des situations de blocage lorsqu’ils ne sont pas carrément remis en cause. C’est le cas du Haut Commissariat à l’Amazighité qui, certes, est autorisé à exercer ses prérogatives mais qui n’a en réalité aucune légalité juridique, les mandats de ses membres ayant expiré depuis de nombreuses années.

Le CNPLET a, quant à lui, été placé sous tutelle du ministère de l’Education nationale qui l’a mis en veilleuse en le privant des budgets nécessaires au financement de ses travaux de recherche. En matière d’avancées démocratiques qui figuraient, faut-il le rappeler, parmi les revendications essentielles du mouvement d’Avril 1980, le bilan est tout aussi mitigé. L’éclatement du MCB porteur de ces revendications en plusieurs tendances en est en grande partie responsable. L’université, qui a été de par le passé le lieu fécond des combats démocratiques, est aujourd’hui tombée dans la léthargie.

L’individualisme reprend dangereusement le-dessus sur l’union et la concertation, qui avaient fait la force des universités à la pointe des luttes démocratiques. Le militantisme culturel et linguistique tend, également, à s’estomper dans les campus universitaires où les étudiants sont aujourd’hui beaucoup plus préoccupés par les questions d’ordre matériel que par les luttes politiques. Implanté comme par hasard dans les zones berbérophones (Tizi Ouzou, Béjaïa, Boumerdès et Bouira) qui lui sont pourtant franchement hostiles, le terrorisme islamiste a propulsé la sécurité au premier rang des préoccupations des citoyens de ces régions. De ce fait, les questions identitaires et culturelles les préoccupent beaucoup moins que par le passé.

Sorti indemne des tourmentes d’Avril 80, d’Octobre 88 et du mouvement citoyen de 2001, force est de constater que le pouvoir a réussi à conserver toutes ses prérogatives en matière d’idéologie et continue, aujourd’hui encore, à régenter toutes les institutions, y compris celles censées fonctionner de manière autonome. Mais les messages d’espoir que le «Printemps berbère» comporte et les formes de luttes pacifiques qu’il préconise, constituent autant de sources d’inspiration qu’il est bien utile, notamment pour la société civile, de revisiter, en ces temps d’impasse politique et de régression sociale.

Djamila Fernane : post graduante à l’université de Tizi Ouzou
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