Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 10:36

Liberte

 

Dimanche, 13 Janvier 2013

Célébration de Yennayer dans les Aurès

Le pays chaoui en fête

Par : Rachid Hamatou

L’antique Theveste est désignée pour recevoir des invités des quatre coins des Aurès pour un grandiose Yennayer, et se proclamer capitale amazighe, même le temps d’une fête.

Les partisans de la mémoire ont eu le dernier mot. Il y a à peine une dizaine d’années, la fête du nouvel an amazigh était une affaire d’associations et de mouvement culturel, sinon une pratique réservée aux zones recluses et profondes, n’ayons pas peur des mots, pour dire que cette pratique était dite archaïque et approchée avec un certain dédain.
De nos jours et depuis quelques années, le travail du mouvement associatif et culturel semble avoir porté ses fruits.
Les quelques îlots qui continuaient vaille que vaille et depuis des millénaires à faire la fête, même une toute petite fête pour célébrer Yennayer (“ikhf nousgwas”), le nouvel an, dans l’intimité et presque dans la discrétion, ont fait tache d’huile. C’était surtout les zones berbérophones où le mouvement culturel avait bon ancrage : Imsounine, T’kout, Bouzou, Ifker, M’sara, Menaâ où, conscients de ce legs immatériel, des initiateurs et animateurs du mouvement culturel amazigh et de la ligue Aurès n’ont jamais baissé les bras quant à l’organisation de cette manifestation plurimillénaire qui, à leur yeux, mais surtout dans leur conscience constituait le maillon qu’il ne fallait ni oublier ni perdre, même si ce n’était pas la seule occasion que les leaders du mouvement culturel ont célébrée avec les populations des zones rurales : amenzou n’yennar, thifsouine et bien d’autres occasions.
L’année passée et cette année, en l’occurrence 2962 et 2963 selon le calendrier berbère, ont a assisté à une extension, mieux encore un envahissement du désir de fête et de célébration du rendez-vous la nuit du 12 janvier de chaque année.
On ne parle plus des deux vallées (“ighzar a melel” ou “oued abdi”, ou encore la vallée de Belezma ou les hauteurs des Aïth M’loul), mais plutôt de tout le massif des Aurès dit pays chaoui.
De la capitale des Ziban, Biskra, jusqu'à Tébessa, où la plus grande manifestation aura lieu cette année, l’antique Theveste est désignée pour recevoir des invités des quatre coins des Aurès pour un grandiose Yennar et se proclamer capitale amazighe, même le temps d’une fête.
De quel Aurès parlons-nous ? Aussi bien du géographique que du linguistique, car aussi bien là où l’on parle chaoui ou pas, la pratique est restée vivace, bien sûr avec quelques variantes et particularités qui distinguent les différentes zones du massif auressien.
Imsounine ou encore Aït Frah se trouvent administrativement dans la wilaya de Biskra, mais c’est toujours l’Aurès par la langue, c’est valable pour Gosbates, Ras El-Ayoun, Aïth Slam plutôt proches de Sétif mais auressiennes par la langue. Valable pour Tifeche, Sedrata, M’daourouche, dans la wilaya de Souk Ahras. N’empêche, la fièvre de la fête n’a pas de frontières. 
La presse nous fait écho quotidiennement des préparatifs à Oran, Tlemcen, Timimoun. Yennayer fête nationale disent les partisans de l’officialisation de la journée, comme fête à travers le pays et journée chômée payée. Ainsi, cette occasion dite nouvel an berbère ne se limite aucunement aux zones berbérophones, aussi bien en Algérie que dans les pays voisins, Maroc, Tunisie, Libye et jusqu'à Siwa en haute Egypte, où l’on parle encore la langue des ancêtres, tamazight.
Nayer, Yennar ou Yennayer, autant d’appellations que de mythes et de réalités historiques se mélangent. Il faut reconnaître qu’une civilisation vieille de 2663 ans, dont le début du comptage est tour à tour attribué dans certains mythes comme nous l’indique Rachid Oulebsir (auteur) à une histoire qu’on raconte aux enfants autour de l’âtre et qui explique pourquoi le mois de fourar (février) ne possède que 29 jours et que Yennayer (janvier) en a 31. C’est la faute d’une vieille et belliqueuse qui se moque du mois de Yennayer pour sa courte durée, celui-ci emprunte à Fourar quelques jours de froid et se vengea de la bergère. D’autres auteurs historiens et ethnologues font coïncider cette date avec la victoire du roi et guerrier berbère Chuchnuque 1er qui fut intronisé Pharaon en égypte et le début de son règne coïncide avec exactitude avec l’an 2963.
Peut importe, nous disent les jeunes organisateur de la fête de Yennayer, ça prouve que nous ne sommes pas un patrimoine morbide mais une civilisation. À la cité Ali Nmeur, où les jeunes et les anciens se sont mis de la partie, la fête a débuté par l’hommage rendu à un grand militant et infatigable démocrate qui nous a quittés il y a 4 ans, en l’occurrence Amar Negadi, pour que les festivités se poursuivent toute la nuit. De même à Ouled Rachache (wilaya de Khenchela), Imsounine (wilaya de Biskra) ou encore T’kout qui, en dépit de sa douleur, rend hommage dans la dignité à ses enfants et grâce à ses enfants. Dîner copieux, grand nettoyage des maisons et préparation de l’incontournable tighrifine (pour certains ghraif et pour d’autres baghrir). En tout cas, il reste l’ancêtre des crêpes (sic)… Asegwas ameggaz 2963.


R H

 

 

 

 

Dimanche, 13 Janvier 2013 09:50Facebook ImprimerEnvoyerRéagir

YENNAYER A LAGHOUAT

Présage d’une nouvelle année féconde

Par : Arezki BOUHAMAM

Comme chaque année, Yennayer ne passe jamais inaperçu à Laghouat. Conciliant les usages, les caractéristiques de la région et la tradition, les habitants de cette paisible région du Sud fêtent le nouvel an amazigh dans la convivialité.

La coutume en cette occasion à Laghouat, c'est le renouvellement des pierres du foyer de la cheminée. La tradition, nous indique-t-on, veut que tout ouvrage commencé, tel que le tissage, soit terminé ce jour-là qui coïncide avec le nouvel an amazigh 2963. La célébration de cette date se fait également à travers des rituels, des sacrifices et des plats particuliers. Les maisons sont nettoyées de fond en comble, repeintes, décorées et ouvertes à la famille et aux amis pour se réunir autour d’un banquet préparé en la circonstance.
Youcef Laghouati, artiste en retraite de son état, nous a indiqué que “cette fête a toujours été célébrée tout comme l'an de l'hégire avec les mêmes mets, les mêmes cérémonies, chants religieux, friandises, récitation du Coran et le plat principal qui n'est qu'un couscous spécial dont la sauce contient plus d'ingrédients que d'habitude dont les légumes frais et secs de toutes variétés”. Pour célébrer dans une ambiance festive cette date, on met une fève sèche dans la marmite, et celui qui aura la chance de la trouver dans sa cuillère sera désigné comme le plus chanceux et le plus heureux pour toute l'année. Et pour obliger les enfants à bien manger, on leur fait peur en les menaçant qu'il y a un “kamoum” ou “ghoul” nommé “lamassa”, qui vient au milieu de la nuit emmener en enfer ceux qui n'ont pas bien rempli la panse. Chez certaines familles, c’est aussi la première coupe de cheveux pour les petits garçons. Ainsi, l’homme le plus âgé de la famille se charge de cette mission pour que le petit vive aussi longtemps que son “vieux coiffeur”, nous dit-on.
Et comme ce jour représente aussi le dernier jour de l’an qui s’achève (dernier jour de djanber), on se doit de sacrifier un coq fermier, et toute la famille se retrouve autour d’un couscous bien garni au poulet fermier agrémenté de morceaux de viande séchée (guedid) sans oublier les belles histoires (m’hajiate) des grands-mères et grands-pères pour rendre éternelles les coutumes et ne pas oublier nos racines.
Car, quoique plusieurs familles continuent de préparer un repas copieux le soir avec veillée, thé, drez, friandises, il faut dire que, malheureusement, cet événement a tendance à ne pas être fêté comme avant. Pour rappel, Yennayer marque le jour de l'an du calendrier agraire, adopté depuis l'antiquité par les Amazighs.
Il correspond au 1er jour de janvier du calendrier julien, aujourd’hui en décalage de 13 jours du calendrier grégorien.
Le vocable “Yennayer” est composé de “Yen” qui veut dire premier, et de “Ayer” qui veut dire mois.
Yennayer serait donc le premier mois de l’année dans le calendrier amazigh. Le jour de l’an amazigh coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien. L’origine du calendrier amazigh remonte donc à 950 avant J.-C. C’est le roi Chachnaq qui, après avoir conquis le delta du Nil (Égypte), fonda la XXIIe dynastie pharaonique. Une première bataille soldée par une victoire grandiose.


B A

 

Dimanche, 13 Janvier 2013 09:50Facebook ImprimerEnvoyerRéagir

Commissaire du festival de la musique et de la chanson Amazighes Arib Karim à LIBERTE

“Ce festival est un hommage à tous les militants de la cause amazighe”

Par : RABAH KARECHE

Après quelques jours de la clôture du Festival culturel national de la chanson et la musique amazighes, le commissaire revient dans cet entretien sur le bilan de cette 5e édition et l’identité algérienne.

Liberté : Le festival de la chanson et de la musique amazighes est-il destiné à servir la cause identitaire ?
Arib Karim : On ne peut pas parler de la chanson amazighe sans cette langue qui représente toute une identité et toute une culture. Je pense que l’élément essentiel dans ce festival est la langue, et si on est arrivé aujourd’hui en Algérie à assister à ce genre de manifestation, c’est parce que l’Algérien s’est finalement réconcilié avec lui-même et avec son identité. Ce qu’il faut savoir néanmoins est que l’amazighité ne se limite pas à des régions particulières comme la Kabylie et les Aurès, mais elle s’étend vers plusieurs régions du pays où l’on a su préserver et pérenniser cette langue. Tamazight est une langue vivante, une langue de culture. Personnellement, je trouve que l’amazighité ne doit pas se restreindre uniquement à la musique, car il est impératif de mettre à profit le combat des anciens militants de la cause amazighe. Ur ilaq ara anetsu ansa id nough azar (il ne faut pas oublier ses origines). Beaucoup d’Algériens ont revendiqué leur langue et leur culture, et nous sommes en train de cueillir les fruits de leur sacrifice. Ce festival est par conséquent une façon de leur rendre hommage ainsi qu’à tous les militants de la langue amazighe et de l’identité algérienne.

Quel est le bilan de cette 5e édition ?
Dans l’ensemble, le festival a été une réussite grâce à la qualité du travail présenté par les candidats au concours de la chanson amazighe et par rapport aussi à l’affluence remarquable du public tamanrasseti. Les soirées artistiques ont drainé beaucoup de monde cette année, dès la pré-ouverture du festival qui s’est déroulée dans une grande liesse. Cela est dû premièrement au choix des artistes et deuxièmement au climat tempéré qui caractérise les soirées de la capitale de l'Ahaggar. Rappelons que l’année passée beaucoup de personnes se sont abstenues aux concerts de musique à cause du temps glacial qu’il faisait. Les jeunes ont eu cette année droit à des soirées riches en sonorités, compte tenu de la notoriété des artistes ayant pris part à cet événement culturel.


R. K.

 

 

Le Matin

Yennayer, un vecteur du patrimoine culturel immatériel amazigh

 

Les Algériens ont découvert la modernité à leurs dépens, dans la violence des affrontements socioculturels contre l’ordre colonial et dans la destruction brutale des fondements historiques et économiques de leur société médiévale, le déchirement et le déracinement des matrices identitaires, le déclassement et la relégation de leurs mode de vie et de leurs pratiques traditionnelles de reproduction culturelle.

A nous d'imposer nos hâltes festives dans ce monde qui ressemble à un village.A nous d'imposer nos hâltes festives dans ce monde qui ressemble à un village.

Nos ancêtres ont connu une modernité agressive exterminatrice sous la domination coloniale française, dans le sang versé lors des jacqueries et des révoltes, dans l’exil, la déportation et le bagne qui ont sanctionné leurs célèbres et récurrentes insurrections. Ils ont eu à voir et toucher la modernité ravageuse dans le martyre des souffrances nées de leurs engagements pour la sauvegarde des fondements de leur identité. Ce fut le fracas du pot de terre contre le pot de fer.

Ils ont appris la privatisation des moyens de production dans les séquestres collectifs de leurs terres, connu le salariat sur les grands domaines agricoles après un pénible déracinement social et un exode sans issue vers la périphérie des villes qu’ils découvrent englués dans leurs bidonvilles insalubres et leurs cabanes de paille. Ils ont appris l’usage de la monnaie et du crédit à cause de l’usure et de l’impôt, sous le règne progressif de la marchandise, de la manufacture et du marché ! Ils ont découvert l’espace urbain comme ouvrier, portefaix, garçon de café, et travailleur journalier dans les basses besognes.

Le mode de production capitaliste n’est pas sorti des entrailles de la société algérienne comme la résultante d’un développement historique des contradictions sociales comme il le fut en Europe, mais il a été imposé par la force brutale avec le mode de vie et toutes les catégories économiques, sociales et culturelles qui lui sont propres. Alors qu’il a mis plus de trois siècles pour soumettre et intégrer le mode de production féodal en Europe, Il s’est généralisé en moins d’un siècle chez nous, imposé violemment par la colonisation de peuplement française.

Les paysans algériens, arrachés à leur appartenance atavique à une tribu, un village, une région, sont devenus des individus sans repères avec pour seule perspective la vente de leurs bras au plus offrant. Leur agriculture traditionnelle dont le moyen de production le plus développé était la charrue de bois avait à se comparer à l’agriculture coloniale industrialisée mécanisée, motorisée ! Leur médecine par les plantes approximative avait à se mesurer à la médecine des antibiotiques, de la quinine miraculeuse et des piqures à guérison magique ! La medersa coranique avec ses planches de bois, et ses nattes d’alfa, devait rivaliser avec l’école de Charlemagne, ses blouses blanches, son ordre, ses tableaux, ses tables, ses encriers, ses livres et ses cahiers ! Leur foi en la nature et leurs divinités devait céder le pas devant le calcul économique, l’efficacité et la rentabilité. La culture locale rurale avec ses savoir-faire empiriques était déclassée par la culture coloniale urbaine, sa science agronomique et ses savoirs démonstratifs.

Avec le temps, les tenants de la culture traditionnelle algérienne ont intériorisé de multiples frustrations, une série de complexes d’infériorité qui paradoxalement ont constitué des terreaux de revanches à venir, des ferments pour des comportements révolutionnaires, des aliments de détermination pour chasser le colonisateur.

C’est avec ces complexes d’infériorité, ce besoin viscéral de revanche que nous nous sommes rués au lendemain de l’indépendance sur les villes coloniales conquises. Et depuis cette date nous n’avons pas fini d’installer notre ruralité refoulée, notre paysannité inhibée déchue sur l’espace public que nous dégradons, clochardisons comme s’il appartenait encore à l’ennemi, au colonisateur vaincu. Après le concept de "Beylik", nous avons inventé celui de "Bien vacant".

Nous avions certes gagné la guerre contre la 4e puissance militaire du monde mais nous n’avons pas encore entrepris notre décolonisation culturelle. Fêter Yennayer participe de cette démarche salvatrice de décolonisation des âmes et des esprits.

Pour entreprendre ce projet de renaissance culturelle, nous devons réapprendre à revisiter et découvrir les trésors de notre patrimoine immatériel fait de traditions et d’expressions orales , d’événements festifs, de langages, de pratiques sociales rituelles, de connaissances de la nature et de l’univers, de savoir-faire liés à l’artisanat, de qualifications artistiques de recettes gastronomiques, d’aspects vestimentaires, de croyances aux forces de la nature, et tout ce qui durant des siècles s’est transmis par legs générationnels.

Yennayer, la porte de l’année amazighe, est une halte symbolique, un vecteur essentiel de notre patrimoine culturel immatériel, tout comme le sont d’autres durées comme Timechret, Amenzu n tefsut, Tiwizi u zemmur, iwedjiven n lehlal, tamuqint n’ lekhrif …

L’Etat algérien célèbre plus de 60 journées de fêtes nationales et internationales chaque année, dont une dizaine chômées et payées ! Nombreuses sont ces haltes, comme le 21 mars, journée de l’arbre, ou le 31 mai journée mondiale sans tabac, qui nous rappellent annuellement que nous faisons partie du monde et que nous partageons de nombreuses valeurs avec les autres peuples de la planète. Certaines de nos fêtes sont d’ordre historique comme le 1er Novembre et le 5 Juillet, d’autres de nature religieuse comme les deux Aïds, l’achoura, le Mouloud et le jour de l’an du calendrier lunaire, d’autres encore d’aura internationale comme le jour de l’an Grégorien, celles liées aux acquis des luttes ouvrières comme le 1er Mai, et de luttes pour l’émancipation de la femme comme le 8 Mars.

Aucune fête ne célèbre notre appartenance identitaire amazighe. C’est comme si nous étions un peuple tombé du ciel avec les pluies qui ont mouillé la djellaba d’Okba Ibn Nafaa ! Un peuple sans origines, sans racines. Nombreux sont ceux qui refusent de savoir d’où ils viennent ! C’est pour cela qu’ils ne savent pas où aller ! Ils s’accommodent d’une identité tronquée, parcellaire, incomplète, une fausse identité.

A nous donc d’imposer nos haltes festives, comme des espaces de contrepouvoir, des espaces de liberté de fait, où seront honorés l’héritage et la mémoire de nos célèbres ancêtres Imazighènes.

Rachid Oulebsir

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by iflisen - dans Tamazight tatrart
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : La confédération des Iflisen Umellil
  • : Un des objectifs est de reconstituer la grande confédération qui regroupait les 14 aarchs des Iflisen Umellil avant la colonisation française. Le but est de rétablir les liens interrompus et de promouvoir la solidarité inter-arche. Nous visons également à consolider les liens entre la diaspora et leur région d'origine. Réecrire l'histoire des Iflisen et préserver leur patrimoine matériel et immatériel .
  • Contact

Recherche

Liens