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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 19:03

el watan

 

Meryam Demnati de l’Observatoire amazigh des droits et libertés au Maroc

«La langue amazighe doit être standardisée sur le plan graphique»

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le 12.09.12 |

l Dans cette interview, Meryam Demnati, de l’Observatoire amazigh des droits et libertés au Maroc, souligne que la question de la graphie fut l’objet d’un débat houleux en 2002, lorsque l’IRCAM devait trancher entre la transcription de tamazight en arabe, en caractères latins et en tifinagh. Selon elle, la langue de Massinissa doit être généralisée à tous les cycles d’enseignement, du préscolaire au baccalauréat et standardisée sur le plan graphique. Elle estime aussi que l’officialisation de tamazight au Maroc est un acquis et une avancée importante au regard des énormes sacrifices consentis par des générations de militants de la cause amazighe. Toutefois, Meryam Demnati ajoute que les médias publics ne jouent pas le rôle de promoteur de la diversité culturelle et linguistique stipulée dans la nouvelle Constitution du Maroc.

- Pouvez-vous nous retracer brièvement l’itinéraire de la revendication amazighe au Maroc ?

Dès l’indépendance, la langue amazighe, qui ne disposait d’aucun statut dans la Constitution, sera bannie de l’école, des médias et de tous les autres domaines publics ou privés. L’arabisme et l’islamisme ont été les seules normes de référence.
Dans ce contexte, le mouvement amazigh, dès sa naissance, fera l’objet d’une répression officielle sévère de la part de l’administration et des services de police (obstacles administratifs ou autres aux activités, associations ou activités inquiétés ou interdites, emprisonnements ou intimidations des militants…). Entre 1965 et 1988, le Mouvement amazigh utilisait dans son discours les concepts de culture populaire et de patrimoine national, la conjoncture politique ne permettant pas celui du mot «amazigh», considéré comme une menace par le pouvoir policier réactionnaire en place et fortement réprimé.

Dès la moitié des années 1980, le Maroc connaît alors une relative ouverture politique qui permettra à un débat public plus audacieux de s’installer et qui contribuera à l’apparition de nouveaux concepts, tels que culture amazighe, identité amazighe, langue amazighe, ainsi que droits linguistiques et culturels en tant que droits humains. Cette période est aussi celle des grandes polémiques avec les panarabistes et les nationalistes conservateurs, ce qui a permis au Mouvement amazigh de remettre en cause le concept de nationalisme traditionnel, rattaché désormais aux concepts de citoyenneté, de pluralisme et de diversité. C’est alors que dans les années 1990, des associations issues de toutes les régions du Maroc présenteront les revendications du Mouvement amazigh dans la Charte d’Agadir (1991).

Puis, les associations amazighes se sont multipliées sur tout le territoire et des coordinations d’associations régionales et nationales voient le jour entre 1993 et 1997, ce qui a donné un nouvel élan au mouvement. Le concept de peuple autochtone apparaît lorsqu’une délégation de la Coordination des associations amazighes se rend à Genève pour travailler dans les commissions de l’ONU ainsi que le concept de développement lié à la culture. C’est alors le début de l’internationalisation de la question amazighe. La création du Congrès mondial amazigh contribuera aussi à élargir la vision restreinte du mouvement amazigh marocain à une vision plus élargie. (Afrique du Nord+ diaspora). En 1995, un débat entre le mouvement amazigh et le mouvement islamique remet en cause les concepts de langue sacrée et de l’histoire préislamique. En mars 2000, le document «Manifeste pour la reconnaissance de l’amazighité du Maroc» déclenche une évolution rapide et qualitative et politise alors le discours. Le Manifeste, signé par des milliers d’imazighens, donne naissance à plusieurs propositions de plateforme, dont la création d’associations à caractère politique, de partis politiques et la création d’associations culturelles et de développement.

Les associations s’inspireront dans leurs actions des chartes et des conventions internationales des droits de l’homme et des peuples tels que : la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, la Convention internationale de l’ONU sur l’élimination de toutes les formes de discrimination en 1965 et de l’Unesco en 1960, la Déclaration de l’ONU et ses recommandations en 1982 et 1992, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981, la Déclaration universelle des droits linguistiques à Barcelone 1996, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles en 2005…
A l’aboutissement de cette évolution, apparaissent les concepts suivants : les Etats-Unis des régions, l’Etat fédéral, la laïcité et le droit à la terre.

Enfin, avec le mouvement de la rue du 20 février 2011, le mouvement amazigh s’est trouvé dans un autre tournant de l’histoire. Avec toutes ses composantes, il intègre ce courant de révolte revendiquant une Constitution démocratique incluant tamazight officiel. Il est alors à l’avant-garde avec les autres forces progressistes de la société civile, appelant à l’édification d’une société juste et égalitaire, considérant la cause amazighe comme partie intégrante du projet démocratique. Les amazighs seront ainsi présents dans toutes les coordinations du 20 février et ses manifestations. Les drapeaux amazighs flotteront dans toutes les villes. Dernièrement, un mouvement contestataire pour une réelle officialisation de la langue amazighe au Maroc, appelé « Tawada», est né. Il est porté principalement par la jeunesse amazighe. Deux marches nationales ont été organisées, à Rabat le 15 janvier 2012 puis à Casablanca le 22 avril 2012. D’autres marches et actions sont prévues.

 

- Quels sont, selon vous, les principaux acquis enregistrés dans le cadre de la promotion de la langue et de la culture amazighes ?

Les principaux acquis dans l’enseignement de tamazight sont : la généralisation verticale et horizontale, obligation à tous les Marocains sans exception, standardisation progressive de la langue amazighe et transcription de la langue amazighe dans la graphie tifinagh aménagée. Elaboration de manuels scolaires du primaire (06) et du collège, précis de grammaire, lexiques spécialisés (géologie, médias, scolaires…), recherche sur la langue, élaboration de plans de formation des enseignants et des inspecteurs, élaboration de modules de langue et didactique dans les centres de formation des instituteurs et élaboration de modules pour les universités, supports didactiques audio et audiovisuels, supports didactiques parascolaires (contes, BD, chansons, comptines, CD Roms…). Formation des enseignants du primaire (environ 4800), formation des inspecteurs, formation des formateurs (environ 422) et création de filières et masters amazighs dans plusieurs universités du Maroc (Agadir, Fès, Oujda, Rabat...). Tout cela élaboré par l’IRCAM ou l’IRCAM en collaboration avec le MEN. Quant à la situation de tamazight dans les médias, le lancement de la télévision amazighe est certes un acquis, mais les revendications des amazighs ne sont pas pour autant concrétisées. Après plusieurs mois d’existence, beaucoup de défaillances dans les programmes, émissions souvent pauvres en budget qui se déroulent généralement dans les studios et aucune accession terrestre pour une grande partie du public qui n’a ni parabole ni TNT. On assiste même à une régression dans la 1 et la 2 dont les cahiers des charges stipulent pourtant que 30% des programmes seront en langue amazighe, contrat qui n’a jamais été respecté. Quant à la radio nationale amazighe, elle n’est toujours pas captée sur l’ensemble du territoire et les autres radios publiques ou privées ne prennent aucunement en compte la diversité culturelle et linguistique de notre pays.

 

- Tamazight est devenue langue officielle au Maroc à la faveur de la dernière révision constitutionnelle ; comment voyez-vous cette décision ?

Il va sans dire que l’officialisation de la langue amazighe est un acquis et une avancée importante au regard d’énormes sacrifices consentis par des générations de militants de la cause amazighe au Maroc et leurs alliés au sein des organisations civiles et politiques nationales. Cependant, la configuration utilisée prête à beaucoup d’interprétations. En fait, consacrer l’officialisation de l’arabe et de tamazight dans deux paragraphes distincts suggère qu’il y a, définitivement, une relation hiérarchique entre une première langue qui demeure officielle, l’arabe, et une deuxième, qui doit faire ses preuves, tamazight. L’évocation d’une loi organique définissant «le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie publique» nous conduit à nous poser certaines questions légitimes après des décennies de violation de notre dignité et des épreuves du passé et du présent qui nous ont appris à nous méfier. Cette nouvelle loi va-t-elle tout remettre en question et reprendre les choses à zéro ? Ou prendra-t-elle en compte les acquis réalisés ces dernières années, notamment dans l’enseignement, malgré toutes les entraves dues à l’absence de protection légale de la langue amazighe ? Combien de temps et quel budget ? Une vigilance est toujours de mise face aux tentatives des forces conservatrices hostiles à l’amazighité telles que les partis arabistes ou islamistes ou des résistances conservatrices logées dans les sphères du palais, qui tenteront sans aucun doute par des subtilités juridiques d’effacer les acquis de ces dix dernières années et de retarder au maximum l’intégration de la langue amazighe en tant que véritable langue officielle.

 

- La langue amazighe est-elle introduite dans toutes les institutions du pays ?

L’intégration de la langue amazighe dans l’enseignement n’a jamais été traitée de manière sérieuse depuis 2003 malgré les différentes circulaires ministérielles, elle est actuellement en situation de blocage total. Nos inquiétudes se portent aujourd’hui sur l’élaboration de cette fameuse loi organique stipulée dans l’article 5 de la nouvelle Constitution qui définira les modalités de cette intégration. On attend toujours. Les médias publics ne jouent aucunement le rôle de promoteur de la diversité culturelle et linguistique stipulée dans la nouvelle Constitution. Les chaînes marocaines de télévision ne proposent que de rares émissions amazighes, soit autour de 1,8% en tamazight à des heures impossibles, préférant diffuser des films indiens, moyen-orientaux ou occidentaux. En effet, ces médias restent dominés par l’idéologie arabo-islamique qui ne reflète pas la réalité de la société marocaine dans toute sa diversité, notamment la culture amazighe dans toutes ses expressions. D’un autre côté, la TV 8 Tamazight dépourvue de crédits suffisants et de transmission terrestre pouvant permettre au simple citoyen marocain de la capter est dans l’obligation de consacrer 30% de son programme en arabe. Vu que l’intégration de la langue amazighe dans les espaces et les institutions publiques est aussi liée à la loi organique stipulée dans l’article 5 de la nouvelle Constitution, nos craintes se portent également sur les modalités de cette intégration.
Les choses traînent encore. Divers domaines matériels et immatériels amazighs sont loin d’être respectés et sont souvent méprisés et en danger, tels que les sites archéologiques, les noms des villes et des lieux géographiques, les arts, et rien n’a changé depuis. Malgré la circulaire du ministre de l’Intérieur, en date du 29 avril 2010, qui stipule qu’aucune interdiction ne doit frapper les prénoms amazighs, quelques bureaux d’enregistrement nationaux ou dans les ambassades du Maroc à l’étranger continuent de refuser certains prénoms amazighs sous prétexte qu’ils sont interdits ou qu’ils n’en connaissent pas le sens.

 

- Quelle mode de transcription préconisez-vous pour la langue amazighe ?

La question de la graphie fut l’objet d’un débat houleux en 2002 lorsque l’IRCAM devait trancher entre la graphie dite arabe, la graphie dite latine et le tifinagh. La graphie «latine» a été combattue avec virulence par les panarabistes et les islamistes et d’un autre côté, le mouvement amazigh partagé entre la graphie «latine» et la graphie» tifinagh» avait à l’unanimité rejeté la graphie araméenne dite arabe. La graphie tifinagh, bien que préconisée par l’IRCAM et approuvée par la majorité écrasante des partis politiques réunis par le roi Mohamed VI à cet effet en février 2003, reste cantonnée dans un environnement très limité, l’école, ce qui est insuffisant pour permettre sa diffusion et son appropriation. Aujourd’hui, les arabistes et les islamistes, bien qu’ils aient utilisé le tifinagh dans leur campagne électorale, essaient de remettre sur la scène le débat sur les graphies, n’ayant jamais perdu espoir d’imposer la graphie «arabe». Une bataille qui n’est pas encore complètement terminée.

 

- L’enseignement de tamazight est-il généralisé à travers tout le territoire marocain ?

L’enseignement/apprentissage de l’amazigh qui a commencé en 2003 d’une manière très boiteuse et peu sérieuse, s’essouffle. Des réseaux de résistance hostiles et amazighophobes ont fait barrage. Le paradoxe fut que l’IRCAM, à cette époque, devait accomplir son travail dans un cadre «constitutionnel», c’est-à-dire en-dehors de tout statut officiel de la langue et de l’identité qu’il était chargé de promouvoir. Les principes généraux sur lesquels se fondent cet enseignement sont les suivants : la langue amazighe qui appartient à tous les Marocains sans exception doit être enseignée à tous. Elle doit être généralisée à tous les cycles d’apprentissage, du préscolaire jusqu’au baccalauréat et standardisée sur le plan graphique, orthographique, lexical et morphosyntaxique d’une manière progressive.

Le bilan, aujourd’hui, en ce qui concerne la généralisation de tamazight est plutôt alarmant. Cette généralisation qui devait se faire progressivement pour toucher toutes les écoles marocaines et tous les niveaux scolaires, non seulement a pris beaucoup de retard, mais a reculé ou même stoppé dans certaines régions.

Des classes de tamazight ouvrent, d’autres ferment. Les quelques académies qui se sont attelées à la tâche pour faire aboutir ce projet, malgré toute leur bonne volonté, ont rencontré beaucoup de problèmes quant à la gestion centrale de ce dossier (ressources humaines, formations, carte scolaire, budget). Le traitement de ce dossier ira de la négligence ou légèreté au mépris total. Dans les centres de formation des instituteurs (CFI) tamazight n’est encore qu’une matière optionnelle à l’examen final. En ce qui concerne l’université, le personnel enseignant y est en quantité insuffisante pour garantir la continuité. Les départements de langue et culture amazighes n’existant pas, les enseignants chercheurs affiliés à d’autres départements (arabe, français ou anglais) assurent des matières dans les filières licence et/ou master accrédités en «Etudes amazighes», en plus des cours qu’ils assurent dans leur département d’attache.

Hafid Azzouzi

 

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L'Expression

ENSEIGNEMENT DE TAMAZIGHT

Une question de volonté politique

Par
La promesse d'ouvrir 15 postes pour tamazight dès la rentrée de septembre est attendueLa promesse d'ouvrir 15 postes pour tamazight dès la rentrée de septembre est attendue

La rentrée scolaire est une occasion pour revenir sur l'enseignement de tamazight. Depuis sa promulgation, l'enseignement de cette langue continue à dépendre du gré des responsables à plusieurs niveaux.

Pour la wilaya de Bouira, seuls les établissements de la région berbérophone dispensent l'apprentissage facultativement. Le manque de volonté manifeste est prouvé par cette décision d'ouvrir 214 postes pour les trois paliers et dans différentes matières, mais sans prévoir de postes pour tamazight. Cette décision a suscité le mécontentement des associations et des diplômés qui comptent recourir à des actions de rue dès la rentrée.
La promesse d'ouvrir 15 postes pour tamazight dès la rentrée de septembre est attendue. Le ministre Benbouzid avait également déclaré lors de sa visite à Bouira, en juin dernier, à l'occasion des examens de 6ème, que les postes pour tamazight sont systématiquement ouverts à condition qu'ils soient demandés par les directions de l'éducation.
S'inscrivant dans cette volonté de remuer les choses, à l'université Akli-Mohand Oulhadj, le département de la langue amazighe avait organisé un colloque international sur le thème. Plus d'une vingtaine d'universitaires ont participé à cette rencontre scientifique pour faire le point sur l'enseignement de la langue amazighe. L'enseignement de celle-ci a été le thème de deux journées de débat et de réflexion, lors d'un colloque international tenu les 18 et 19 avril, à l'université Akli-Mohand Oulhadj de Bouira.
Le département de la langue et culture amazighes, organisateur de l'événement, a invité 23 enseignants chercheurs, venus du Maroc et de France, entre autres. Plus d'une vingtaine de communications ont été présentées durant les deux jours qu'a duré la rencontre où l'enseignement de la langue amazighe dans les universités algériennes et étrangères a été passé en revue. Les débats se sont axés également sur la problématique de la graphie et la standardisation de la grammaire. Même quand les moyens pédagogiques existent, les parents ont le choix d'inscrire ou non leurs enfants.
La matière est au choix lors des examens. A l'occasion du BEM de juin dernier, plusieurs élèves ayant suivi le cursus dans sa totalité, c'est-à-dire les 4 années du moyen, ont composé dans un centre, Ibn Khaldoun en l'occurence, où la composition de tamazight n'a pas été prévue. Même au niveau de la dotation, la matière n'est pas considérée puisque seuls les points au-dessus de la moyenne sont comptabilisés. Ces facteurs assemblés dévalorisent cet enseignement qui n'a pas droit de cité pour les régions arabophones. Les actions menées par les militants de la cause butent sur un manque flagrant de volonté politique parce que cet enseignement ne peut être définitivement institutionnalisé qu'avec une décision des hautes instances du pays. En voulant l'ancrer dans la région berbérophone seulement, tamazight n'a pas encore ce statut de deuxième langue nationale. Un simple regard sur les manuels confirme cette appréhension. Rédigés en grande partie avec les caractères latins, les contenus sont inadaptés à la réalité sociale de la région et aux traditions et us qui distinguent les populations. Les résultats des élèves du CEM Haddouche-Saïd, pour ne citer que cet exemple où des élèves dont la langue maternelle reste l'arabe et ont obtenu d'excellentes notes en tamazight, démontrent que le rejet est à comptabiliser chez les décideurs et non chez les apprenants.

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