Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 15:08

 

 

A quel moment la thèse de l'ascension du prophète de l'islam est-elle apparue ?

 

 

 

 

 

 

Le Bouraq d'après une miniature moghole du XVIIe siècle
Image: miniature persane du milieu du XV décrivant l’ascension de Mohamed, le Miraj, au paradis sur le cheval miraculeux qu’est Buraq, entouré d’anges. Cette miniature illustre les poèmes de Nizami, du recuil « Khamseh de Nizami » (cinq poèmes de Nizami). Tarbiz, Perse, 1539-1543. Conservé à la Bibliothèque Britannique de Londres.

 

 

 

 

Le Bouraq ou Burak est, selon la tradition islamique, un coursier fantastique venu du paradis, dont la fonction est d'être la monture des prophètes. Selon l'histoire la plus connue, au VIIe siècle, le Bouraq fut amené par l'archange Gabriel pour porter le prophète de l'islam, Mahomet, de La Mecque à Jérusalem, puis de Jérusalem au ciel avant de lui faire effectuer le voyage de retour au cours de l'épisode dit Isra et Miraj(signifiant respectivement en arabe : « voyage nocturn » et « échelle, ascension », qui est le titre d'un des chapitres du Coran). Le Bouraq a aussi porté Ibrahim (Abraham) lorsqu'il rendit visite à son fils Ismaïl (Ismaël, à la Mecque. Il est un sujet d'iconographie fréquent dans l'art musulman, où il est généralement représenté avec une tête de femme, des ailes, et une queue de paon.

 

Un récit du voyage nocturne rapporté par Omm Hâni’ donne un autre éclairage sur le Bouraq : « Le Prophète dormait chez nous la nuit où le miracle d’al-Isrâ’ eut lieu. Je constatai son absence cette nuit là et je ne pus fermer l’œil de peur qu’un malheur ne lui soit arrivé. [A son retour], le Prophète m’expliqua : Gabriel vint me voir, il me prit par la main et nous sortîmes de la maison, puis devant la porte, je trouvai une monture entre la mule et l’âne. Il me fit monter dessus et nous partîmes. » Il s'agissait selon les interprétation des textes d'une grande bête blanche, plus grande que l'âne mais plus petite que le mulet. Il pouvait poser ses sabots à l'extrême limite où se portait le regard. Il avait de longues oreilles. Chaque fois qu'il faisait face à une montagne, il étendait les jambes. Il avait deux ailes sur les cuisses, qui donnaient la force de ses jambes.

 

“Le Mehaj fut un voyage physique (Djismani). Le Saint Prophète accomplit le trajet de Kaaba Shareef à la mosquée Al Aqsa où il fut l’Imaam de tous les prophètes et anges. De là, il traversa les sept cieux jusqu’à la limite (Sidratoul Mountaha). Dans cette même Nuit, le Prophète Muhammad a vu et conversé avec Allah. C’est alors que les cinq prières (namaaz) furent rendues obligatoires et plusieurs lois furent établies’’, explique le Mufti Hazrat Allama Muhammad Ishaaq Quadri Razvi. “Nous sommes en ce moment dans le mois sacré de Rajab, qui est le mois d’Allah, le mois de Shabaan est celui du Prophète Muhammad alors que le mois de Ramadan est pour les croyants.


Par ailleurs, il est recommandé de jeûner pendant le 27e et le 28e jours de Rajab, c’est-à-dire le lundi 20 et le mardi 21 juillet. “Celui qui observe un jour de jeûne pendant le mois de Rajab et passe une nuit entère en prière (Ibaadat), Dieu le réveillera en paix le jour du Qiyamaat (jour du jugement), il traversera sur le Poolsirat (un pont plus fin qu’un brin de cheveu et plus tranchant que le bord d’une épée). Ilportera des habits du Paradis, mangera ses fruits et consommera la boisson du Paradis (Sharban Tohoura)’’, explique le maulana. “Il est aussi rapporté dans le Coran que tous les croyants qui passent la nuit du Mehraj, c’est-à-dire la nuit du lundi dans des prières sera à l’abri des tourments de la tombe’’

La nuit Al Isra et Mehraj est considérée comme la plus grande expérience spirituelle qu’ait connue le Prophète Muhammed, affirme le Mufti de la Jummah Mosque. Il indique que “au milieu de la nuit, le Prophète Muhammad fut réveillé par l’ange Gabriel qui le conduisit vers une monture mystérieuse, resplendissante et rapide comme l’éclair (le Burâq) qui partit comme une flèche vers Jérusalem (Beit-al-Maqdis). Là, il dirigea la prière en présence de tous les prophètes, notamment Abraham, Moïse et Jésus’’.

A cette étape terrestre succède l’étape céleste : l’Ascension (Al-Mehraj). “Elle commence par une échelle de lumière vers les différents cieux et le Trône invisible de Dieu. Le prophète Muhammed se sentit dans un état de ravissement voisin de l’anéantissement. Par l’intermédiaire d’un ange, il reçut à l’intention des croyants divers commandements très connus dont celui des cinq prières quotidiennes. Ensuite le prophète redescend par l’échelle lumineuse sur Jérusalem, enfourche à nouveau la monture ailée et de là rentre à la Mecque’’, raconte le Mufti.

C’est l’affirmation de l’unité de la prophétie, de l’identité des messages divins transmis par tous les prophètes. Ils marquent l’unité de la prophétie depuis Adam jusqu’au prophète Muhammad. Dieu exige des hommes les mêmes devoirs et leur impose les mêmes prescriptions. “N’adorer que Lui, aimer son prochain, rechercher en tout l’équilibre, prier et s’en rapporter en tout à Lui’’, poursuit-il.

 

 

Légende digne des Mille et une nuit

 

Et qui a dit qu'on n'y " croyait pas ", à ces récits de l'imaginaire ? Remontons un peu plus loin dans le temps en partant d'un récit des Nuits : l'histoire de Hasib Karim Addîn. Il s'agit d'une mise en abîme de l'imaginaire qui rentre dans l'imaginaire des éléments de son récit. On y rencontre un Danayal (prophète hébreu ou philosophe grec ?), le souvenir de Souleïman, plus perçu dans les Nuits comme prince des Esprits que comme homme politique ou religieux, un personnage qui attend l'incarnation du Prophète Mohamed, des archanges, un fils du roi des Hébreux égyptiens, un extrait de la Torah, une mythologie arabe peuplée d'animaux et d'êtres extraordinaires, mais aussi la reine des serpents que l'un des personnages doit cuire et manger… C'est donc bien le moment de rejoindre l'imaginaire auquel " on croit ". La littérature apocryphe judéo-chrétienne contient maints récits de prophètes se rendant auprès de leur Dieu. Depuis toujours, le roi-prêtre est membre de l'assemblée divine et peut se rendre au ciel pour raisons professionnelles. Comment ne pas se souvenir que la tradition musulmane comporte aussi des voyages aériens ?
 
Abraham voyage sur l'aile d'une colombe avec l'ange Jaoel pour rencontrer Dieu ; ailleurs le chroniqueur arabe al -Azraqî mentionne qu'Abraham faisait son pèlerinage à la Mecque porté par le Burâq, un animal ailé " plus petit que la mule et plus grand que l'âne " ; dans la sourate 17 (verset 1, Le voyage nocturne Isra'), il est fait allusion à un voyage de la Mecque au Rocher de Jérusalem qu'on attribue au Prophète Mohamed, monté sur Burâq, bien que des recherches récentes indiquent que ce fut une attribution tardive pour inciter les gens à croire, alors que l'esprit de la révélation coranique indique que le seul miracle est le texte du Coran. On évoque aussi ce voyage, avant le retour à la Mecque sur Burâq depuis le rocher de la Mosquée du Dôme vers le paradis supérieur, dans les bras de l'archange Gibraïl (bien que cela ne figure pas dans le Coran). Et les anges, comme les esprits, comme les démons, sont à l'image de l'Homme. Donc, entre le VIIe et le VIIIe siècle, l'imaginaire arabe conforte l'imaginaire de son antiquité et recrée de l'imaginaire auquel " on croit ". Pourtant, même scénario que dans les Mille et une nuits. Et même désir : vaincre la pesanteur et le temps, voler, voir la terre de haut, et de façon plus abstraite : comprendre la vie. Les proches du Prophète, Aïcha son épouse et Mu'âwiya ibn Abi Sufyân, témoignent, eux, qu'il s'agissait d'une vision, mais ce n'est pas ainsi que la chose passe dans le conte religieux. A quel moment la thèse de l'ascension du prophète de l'islam est-elle apparue ? Il faudrait une enquête longue et minutieuse pour le dire… Nous sommes en plein imaginaire, et des millions de gens croient aujourd'hui encore que ces récits rapportent des choses qui se sont réellement passées ? Ou bien, la croyance fonctionne autrement et le texte, la tradition, en eux-mêmes, sont " vérité matérielle ". Dans ces exemples de voyages, la Loi est celle de la vie naturelle, de la physique, et le Désir est le franchissement de cette loi. Le désir apparaît donc ici comme la substance de ce qui nous fait humains : notre désobéissance apparente aux lois de la nature. Dans le conte comme dans le texte religieux, la magie, le miracle, sont une expression d'un impossible momentané que l'humain veut rendre possible. L'utopie revêt alors son vrai visage et marque l'homme pour de longs siècles puisqu'elle est vécue comme projet humain. C'est, comme dans le conte, indépendamment des rapporteurs qui confirment son existence, que le texte religieux agit et se développe, dans son propre fonctionnement, dans sa vie propre qui est l'essence de notre humanité. Que le conte ou le dogme comportent une boucle de morale, une indication pratique mise en code, une bribe historique, une description sociologique, ne change pas vraiment ce combat qui se livre dans le message, dans les mots, et qui traverse d'ailleurs plusieurs religions, comme ces voyages aériens coraniques, venus par les Isrâiliyyât (récits juifs auxquels eut recours la tradition musulmane) transmettant le message depuis les premières religions de la révolte humaine contre la fatalité, juste sur la frontière entre le néolithique et la haute antiquité arabe.

Par iflisen - Publié dans : Chronique Radiophonique
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