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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 21:01

TSA

Taïeb Hafsi raconte son livre sur Issad Rebrab

"Les gens du pouvoir m’ont dit de mauvaises choses de lui"

 

 

Taïeb Hafsi est professeur à l'École des hautes études commerciales de Montréal (HEC) au Canada. Il vient de publier chez Casbah Éditions le premier livre sur le parcours du patron de Cevital "Issad Rebrab : voir grand, commencer petit et aller vite". Dans cet entretien, le Pr Hafsi explique sa démarche et raconte le livre qui l’a le plus ému parmi la trentaine d'ouvrages auxquels il a participé.


Vous venez de publier le portait d'Issad Rebrab. Pourquoi parler du patron de Cevital maintenant ?


Il y a une raison générale : j’étais préoccupé par les plus jeunes, leur trouver des modèles. S’assurer que ces jeunes-là, au lieu de penser à la destruction, puissent trouver des modèles suffisamment stimulants pour qu’ils pensent plutôt à la construction. Les expériences des autres pays ont prouvé qu’il vaut mieux trouver des cas à succès, puis les décrire de manière intéressante pour que les jeunes aient le goût peut-être de faire la même chose.

Et il y a une raison plus spécifique. À propos d’Issad Rebrab, quand j’ai fait sa connaissance en 2007-2008, j’ai découvert à ma grande surprise un dirigeant ouvert, moderne, capable de penser de manière stratégique, qui ne me cachait rien, il était comme un livre ouvert. D’autre part, il réussissait d’une manière exceptionnelle. Une question se posait à ce moment-là : est-ce que ce succès n’est pas lié à des liens louches avec des gens du pouvoir ? C’était cela l’objet de la recherche. Et je me suis alors aperçu que c’est un personnage d’une grande intégrité. J’ai réalisé que c’est cela qui avait fait sa réussite. Il avait résisté au départ, ça continuait à lui poser beaucoup de problèmes.


Dans l’exposé sur le livre d’Issad Rebrab, vous n’avez évoqué que des points positifs de l’itinéraire de Rebrab, mais pas de points faibles….

Chez tout le monde, il y a des points faibles ou des rigidités, ou des comportements qui peuvent être problématiques au plan du fonctionnement de l’entreprise. Issad Rebrab en a un qui est lié à son histoire. Quand un entrepreneur construit, la construction se fait dans la chaleur, mais il arrive un moment dans le fonctionnement de l’entreprise où il faut passer à autre chose, c’est-à-dire à un management plus professionnel, à des règles de fonctionnement des structures différentes qui enlèvent à l’entrepreneur son pouvoir, sa proximité avec l’entreprise. Bien entendu Issad a été résistant à cela. On le voit bien, il y a les tensions du passage à un stade différend et là c’est lui. On retrouve certaines des rigidités qui sont normales. On les trouve dans tous les pays du monde. J’ai cherché chez le personnage de la malveillance, de la méchanceté. Je n’ai rien trouvé de tout cela.

Les gens du pouvoir auxquels j’ai parlé, par contre, m’ont dit de mauvaises choses sur lui. Mais rarement des choses spécifiques. C’était toujours des opinions générales, du type « il est opposé au président », « c’est un salaud », « il ne pense qu’à ses intérêts »… Ils sont dans le livre. Des gens qui ont développé à son propos de la méfiance, mais ils reconnaissent ses grandes réalisations. Ils ont développé une méfiance qui leur fait tenir les propos que je viens d’évoquer.


Lors de la présentation de votre livre sur Issad Rebrab, vous avez dit que son image était déformée. Pourquoi ?

Issad Rebrab a une meilleure réponse que moi. Je me suis posé la même question. Je vais vous dire sa réponse. Il y a en fait des entrepreneurs ou des hommes d’affaires qui ont réussi parce qu’ils étaient soutenus par des gens du pouvoir. Ces personnes n’étaient pas intéressées par la construction d’une entreprise, d’une industrie. Leur seule préoccupation était de faire de l’argent vite et se sauver. Comme s’ils ne croyaient pas dans le système. Issad m’a cité une dizaine de cas comme cela. Cela a généré une tendance à dire « regarde comme les gens du privé se comportent ! ». Alors qu’on laissait dans l’ombre un grand nombre d’entrepreneurs qui construisaient.

Lorsque j’ai vu ce que Laïd Benamor a fait à Guelma, j’ai été impressionné. Il a reconstruit sa communauté. Il a fait des choses absolument étonnantes. Est-ce qu’il est parfait ? Je n’en sais rien. Il y a des gens qui construisent et ne sont pas toujours visibles. Le pouvoir ne semble pas faire la différence alors qu’à mon avis, il a intérêt à valoriser ces entrepreneurs. C’est cela la réponse au fait qu’il y a un décalage entre la réalité et l’image donnée à ces entrepreneurs.


Pourquoi les entrepreneurs algériens n’arrivent-ils pas à constituer une force de proposition ?


L’État a entre les mains les règles du jeu. Alors il suffit qu’il change la règle pour mettre toutes les entreprises en position de faiblesse. On l’a vu avec les précédentes lois de finances. Il y a un vrai pouvoir de la règle de l’administration. Les hommes d’affaires sont démunis face à cela. S’il y avait de la démocratie, de la liberté… Mais là, il n’y a aucun recours. Les hommes d’affaires ne sont pas des révolutionnaires. Ce qu’ils veulent, c’est réussir, qu’on les laisse faire.


M. Rebrab appelle à la libérer les initiatives. Comment cela peut-il se faire ?

Il y a des expériences qui ont été faites. Moi-même, j’ai contribué à un livre qui abordait certaines de ces questions. Cela demande de la clarté pour comprendre que l’économie est un grand nombre d’acteurs relativement autonomes qui cherchent à s’enrichir, sans créer le chaos. En s’enrichissant, ils enrichissent l’ensemble du pays. Il n’y a pas d’autres choix, on peut remplacer tout cela par l’État, mais ce dernier étouffe très vite lorsqu’il se met à tout faire. Toutes les expériences l’ont montré.

À mon avis, l’État doit clarifier ses idées et les exprimer sans réserve. Pour y parvenir, il faut le faire progressivement. Chaque étape, chaque décision doit être cohérente avec les autres. Si on prend tous les pays, mêmes les plus développés, ils n’ont pas toutes les réponses, ils cherchent tout le temps. Le gouvernement est constamment en train de rassurer et en même temps, de contrôler. C’est un exercice magnifique pour des dirigeants intelligents qui inventent tout le temps. Les grands dirigeants sont de grands artistes, qui inventent, créent, sont capables de trouver la formule... Et quand ils le font, ils ont beaucoup de pouvoir.

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