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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 20:30

 

L'Expression

 

CINQUANTENAIRE DE LA SIGNATURE DES ACCORDS D'EVIAN:A TIZRA AISSA, VILLAGE NATAL DU HÉROS

Qui se souvient de Krim belkacem?

Par
L'homme qui a signé les accords qui ont libéré l'AlgérieL'homme qui a signé les accords qui ont libéré l'Algérie

Les adolescents de Tizra Aïssa ne semblent pas connaître grand-chose de l'apport de Krim Belkacem à la Révolution algérienne.

Jeudi dernier, nous arrivons en début d'après-midi au village natal du signataire des Accords d'Evian. Tizra Aïssa est situé dans la commune de Ait Yahia Moussa, à une demi-heure de Drâa Ben Khedda.
Un village minuscule avec quelques habitations éparses où le stress n'a pas droit de cité. Des sièges d'une poste et d'une antenne de l'APC non encore réceptionnés et un dispensaire: c'est la seule présence de l'Etat ici. Pour quelqu'un qui ne connaît la guerre qu'à travers les livres et les films, il aura du mal à imaginer qu'un tel havre de paix et de tels sites naturels féeriques ont été le théâtre de violents affrontements et de batailles des plus féroces. Pourtant, comme nous le rappelle un septuagénaire adossé au mur d'une épicerie située en face de l'allée qui mène vers le musée Krim-Belkacem, trois cent quatre-vingt neuf martyrs algériens sont tombés au champ d'honneur en trois jours ici, en janvier 1959. «Une grande partie de ces martyrs sont originaires de Kabylie mais aussi d'autres régions comme Lakhdaria, ex-Palestro», ajoute le gardien du musée Krim-Belkacem.
Tizra Aïssa est un village martyr. Grâce à Krim Belkacem, qui est sorti de ses entrailles, la localité est très connue mais les adolescents de Tizra Aïssa ne semblent pas connaître grand-chose de l'apport de Krim Belkacem à la Révolution algérienne.
Saïd, un enfant de dix ans, qui est en classe moyenne, sait seulement que Krim Belkacem est un grand moudjahid. «On nous a parlé de lui à l'école primaire mais on ne l'a pas au programme du CEM», enchaîne Amar qui est aussi en classe de 3e année moyenne. Signataire des Accords d'Evian?
L'un des premiers à être monté au maquis en 1947 bien avant le déclenchement de la guerre de Libération nationale, assassiné en Allemagne en 1970? Sur ces questions et sur bien d'autres, les jeunes adolescents de Tizra Aïssa, du moins ceux que nous avons croisés n'en ont aucune idée, même pas des bribes. Encore faut-il reconnaitre que les temps ont changé. Même si le village est reclus et peu peuplé, les jeunes sont connectés, constamment ou très souvent, au phénomène de la mondialisation.
Le premier adolescent, que nous croisons en arrivant à Tizra Aïssa, a les écouteurs collés aux oreilles et même s'il a les pieds sur cette terre, son esprit est ailleurs. C'est d'ailleurs cet adolescent qui monte dans notre véhicule pour nous montrer le chemin vers le musée Krim-Belkacem. Un acte qui semble machinal puisque beaucoup de visiteurs viennent ici sur les traces d'un Homme qualifié de grand par tous ceux qui connaissent son épopée.
Le chemin vers le musée Krim-Belkacem est une piste non goudronnée qui se trouve dans un piteux état. Cela renseigne sur le degré du retard dans le développement de ce village qui ressemble tant à tous les autres villages de la Kabylie. Avec une verdure à perte de vue et une multitude de plantes et d'arbrisseaux, Tizra Aïssa permet d'observer une grande partie de la commune d'Aït Yahia Moussa, un vrai fief de la guerre d'Algérie.
A partir du musée Krim-Belkacem, on peut observer à satiété les villages Afir, Ivouhrew, Aït Attella, Imoulak et toutes les étendues de verdures de toutes sortes qui caractérisent la région.
C'est une configuration géographique qui explique amplement pourquoi la région a abrité tant de batailles. «Ici est né le martyr Krim Belkacem, le lion des Djebels», lit-on sur le fronton de l'entrée principale du musée. «C'est dans cette maison que Krim Belkacem est né et a grandi», explique notre accompagnateur en ouvrant la porte de la première pièce.
On découvre alors des photos de Krim Belkacem mais aussi celles d'autres maquisards et martyrs de la région à l'image du frère du signataire des Accords d'Evian, le capitaine Arezki Krim, qui porte toujours les traces de la guerre dans sa chair et dans son âme ainsi que le martyr Mohamed Talah et d'autres encore.
Le visiteur peut aussi contempler la silhouette de Krim Belkacem à travers un grand tableau. Il y est noté ses dates de naissance et de décès: 1922-1970. «Il avait à peine quarante-huit ans quand il fut assassiné», commente notre guide. On trouve aussi la photo de Krim Belkacem en pleines négociations des Accords d'Evian.
«La délégation algérienne lors des négociations d'Evian», lit-on sur la légende de cette image historique. Dans le registre des doléances, on peut y trouver des centaines de commentaires et des éloges des admirateurs de la personnalité de Krim Belkacem exprimés en plusieurs langues. L'hymne national est également transcrit en gros caractères et suspendu à la muraille.
C'est la maison de Krim Belkacem qui a été réhabilitée en 2000 et transformée ainsi en musée. Avant cela, il n'y avait aucune trace du héros dans son village natal. Les cinq chambres de la demeure familiale de Krim Belkacem sont toutes intégrées au musée. On peut y consulter des articles de presse évoquant la personnalité de Krim Belkacem, des photos, et des archives. Au moment de notre passage, une grande partie de la documentation n'y était pas car des journées commémoratives du 19 Mars allaient démarrer le lendemain (vendredi dernier, Ndlr) à la Maison de jeunes de Draâ El Mizan, à l'initiative de l'association culturelle Tarwa N'Krim Belkacem, présidée par un cousin du héros.
A Tizra Aïssa, tout le monde est fier d'appartenir au patelin de Krim Belkacem. Mais, en même temps, les gens sont mécontents que le village, qui a donné naissance au signataire des Accords d'Evian, ne dispose pas encore d'assainissement, ni d'eau courante, cinquante ans après l'Indépendance. Le village n'a été électrifié qu'en... 1994. Les jeunes se morfondent dans l'oisiveté. Aucun lieu de distraction n'existe ici, même pas une maison de jeunes.
La route qui mène vers Tizra Aïssa n'a été goudronnée qu'en 2004 après d'âpres protestations, menées par les villageois. «C'est un village dont on ne se souvient que le 19 mars», conclut le même septuagénaire d'un air très serein. Un calme qui montre que notre interlocuteur a appris qu'il faut accepter la vie avec ses avers et ses revers.

 

 

IL Y A CINQUANTE ANS, KRIM BELKACEM SIGNAIT À EVIAN

Les accords qui ont libéré l'Algérie

Par
Krim Belkacem, chef de la délégation du FLN, aux négociations d'Evian, annonçant officiellement la finalisation des discussions avec le gouvernement françaisKrim Belkacem, chef de la délégation du FLN, aux négociations d'Evian, annonçant officiellement la finalisation des discussions avec le gouvernement français

La journée du 19 mars n'est pas fériée. Elle n'est même pas une fête nationale. C'est à peine si elle est consacrée Journée de la victoire.

Il y a cinquante ans, jour pour jour, naissait l'Algérie. Le 18 mars 1962, l'Algérie combattante et la France coloniale signaient à Evian la fin de la Guerre d'Algérie. La signature de ces accords a conduit à l'indépendance du pays, le 5 juillet 1962. Pour les historiens, ces accords ont été un compromis historique entre deux peuples. Ils avaient scellé définitivement le sort de plus de sept années de guerre, mettant également fin à 132 ans de colonisation, à la faveur d'un référendum d'autodétermination consacrant l'intégrité territoriale, l'unité du peuple algérien et l'indépendance totale du pays. 50 ans plus tard, c'est tout juste si cette date est évoquée dans les manuels scolaires algériens. La journée du 19 mars n'est pas fériée, elle n'est pas une fête nationale. C'est à peine si elle est consacrée timidement Journée de la victoire. Pourtant, le peuple algérien venait d'accomplir ce qu'aucun autre peuple au monde n'avait pu réaliser. L'Algérie venait d'arracher une victoire ayant consacré les principes énoncés dans la Déclaration du 1er Novembre 1954. C'est ainsi que l'on a considéré que ces Accords n'étaient pas seulement un moyen de mettre un terme à une guerre extrêmement dure de plus de 7 ans, mais aussi, il s'agissait d'une occasion pour montrer d'une façon éclatante que l'Algérie était devenue adulte en traitant d'égal à égal avec la cinquième puissance coloniale dans le monde. «Les fellagas, quand ils verront un tapis vert, on leur fera signer tout ce que l'on voudra», promettait le diplomate suisse, Olivier Long, chargé par son gouvernement de gérer les approches entre Français et Algériens. La France s'est appuyée sur cette erreur d'appréciation, montrant une totale méconnaissance des Algériens et de leur psychologie. C'était l'ultime erreur d'appréciation de la France car dans ce chapitre, elle en commit depuis le projet d'assimilation défendu bec et ongles par Ferhat Abbas. Mais 50 ans plus tard, il convient de faire une halte, un bilan des acquis et des ratages de cette marche qui a débuté depuis 1962. Libérés du joug colonial, les Algériens ne partaient pas seulement à la recherche d'une prospérité mais d'une identité anéantie par les différents colonisateurs qui se sont succédé en Algérie depuis des millénaires. Le développement de l'Algérie se voulait alors renaissance, se voulait rédemption et rectification puisque le passé tout aussi glorieux a montré qu'il recelait des ferments d'échec.
Echec oui, le mot revient avec instance à l'occasion de ce cinquantenaire des Accords d'Evian et de l'Indépendance. Doit-on aujourd'hui penser l'Algérie avec ou contre la France? 50 ans après notre indépendance on se retrouve face à ce dilemme. Un terrible paradoxe auquel la classe dirigeante algérienne n'a pu apporter de réponse.
Les Accords d'Evian transmettaient à l'État algérien un héritage de guerre, un butin culturel. Il a été broyé par les rouages du clanisme en éliminant les partisans d'une authentique République algérienne. Plus que jamais, amorçant ce cinquantenaire chargé de symbolique, si plein de fractures tragiques et d'espoirs parfois trahis, on a l'impression que la rhétorique de nos gouvernants est une sorte de chansonnette lointaine. Une rengaine qui reflète un système de pensée périmé, d'un disque rayé et d'un logiciel dépassé.
La génération de la guerre, celle qui a libéré le pays, celle qui a détruit le colonialisme et qui lui a survécu, n'a cédé que très peu de place à la génération de l'après-Indépendance. Erreur fatale qui a coûté cher au pays qui, 50 ans plus tard, voit sa jeunesse se jeter à la mer, s'immoler par le feu et fuir le pays vers d'autres horizons. Mais pour transposer une phrase célèbre: il semble que la construction d'un pays soit devenue une chose très sérieuse pour qu'elle soit confiée à une génération dont la tâche était de détruire... le colonialisme.

 

 

CINQUANTENAIRE DE LA SIGNATURE DES ACCORDS D'EVIAN:KARIMA KRIM, FILLE DE KRIM BELKACEM

«La vérité sur l'assassinat de Krim concerne tous les Algériens»

Par
Rédha Malek entouré de Kaouthar Krim (à sa droite) et de Karima Krim (à sa gauche)Rédha Malek entouré de Kaouthar Krim (à sa droite) et de Karima Krim (à sa gauche)

Les deux filles de Krim Belkacem ont appelé à faire du 19 mars une journée nationale à l'instar du 1er Novembre et du 5 Juillet.

Le mystère autour de l'assassinat de Krim Belkacem, le 18 octobre 1970 dans sa chambre d'hôtel à Francfort en Allemagne, reste entier.
La vérité sur sa mort n'incombe certainement pas uniquement à sa famille, son village ou sa région. «La vérité sur l'assassinat de Krim Belkacem est l'affaire de tous les Algériens car il n'a pas consacré sa vie à sa famille ou à sa région. Il était un grand nationaliste et il s'est consacré pour toute l'Algérie», a indiqué, hier au forum d'El Moudjahid, sa fille Karima, en réponse à une question relative à la possibilité de demande d'une enquête par les filles du Lion des Djebels.
Cette mort n'est pas seulement un mystère. Bien plus, elle reste un tabou qu'on veut maintenir dès lors que la volonté de l'occulter est toujours de mise. Certains pensent même que l'évacuation du 19 mars, qui est pourtant une date charnière de l'histoire de l'Algérie, est fait pour mieux oublier celui qui a signé les Accords d'Evian. Peut-on, en effet, parler du 19 mars sans parler de Krim Belkacem?
Le Dr Karima Krim, qui a rendu hommage à son légendaire père qui a pris le maquis contre la France en 1947 et qui a signé les Accords d'Evian mettant fin à une guerre sanglante de plus de 7 ans, un certain 18 mars 1962, s'est montrée confiante quant à l'éclatement de cette vérité depuis longtemps occultée. Mais elle préfère laisser la tâche au temps qui finira, un jour ou l'autre, par nous dire qui a fait quoi. D'ailleurs, la fille de Krim Belkacem estime qu'il faut faire la lumière sur tous les assassinats politiques pas seulement sur celui de son père. Mais la soif de vérité presse. Surtout qu'à Draâ-El-Mizan, les gens ne veulent pas oublier. Comment pouvait-il en être autrement alors que l'homme du 19 mars était né à lallalen, village situé dans la commune d'Aït Yahia Moussa le 14 décembre 1922?
Assurant que son père a été liquidé pour ses idées, le Dr Krim a plaidé pour la réhabilitation de son père dont la seule évocation du nom fait frissonner certains de ses détracteurs d'hier et d'aujourd'hui.
Cette réhabilitation commencera par celle du 19 mars, date du cessez-le-feu. «On ne parle même pas du 19 mars. On commence à en parler. Quand le 19 mars sera au podium, parce que c'est le trait d'union entre le 1er Novembre et le 5 Juillet, à ce moment-là, le reste viendra. Rien n'est trop tard, il faut se précipiter lentement», a-t-elle dit.
Pour réhabiliter sa date, Mme Krim plaide pour que le 19 mars soit une journée nationale à l'instar du 1er Novembre et du 5 Juillet. Avant elle, c'est l'autre fille du signataire des Accords d'Evian, Kaouthar, qui a appelé à la consécration de cette date comme journée nationale chômée et payée. Et quand cet appel émane des filles de Krim Belkacem, il vaut la peine d'être entendu et appliqué. Les deux filles de Krim Belkacem ont été honorées à cette occasion. Rédha Malek, porte-parole de la délégation algérienne à Evian et ancien chef de gouvernement, a rendu pour sa part un grand hommage au «grand militant qui s'est sacrifié corps et âme pour ce pays».

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Published by iflisen - dans Kabylie
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