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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:44

 

La Kabylie était une île, détachée de l'Alkapeca

 

Et dire que la Kabylie était une île en pleine Méditerranée avant que la tectonique des plaques ne la fasse collée à Tamazgha. Il y a 10 millions d'années, elle devait se trouver à environ 250 Km de l'îlot de Tigzirt.

 

La Kabylie faisait partie du même bloc que la Sardaigne et la Sicile : l'AlKaPeCa

Il y a 10 millions d'année la Kabylie était une île Méditerranéenne. Initialement, elle faisait partie du même bloc que la Sardaigne et la Sicile appelé l'AlKaPeca. On sait que la plaque africaine remonte vers la plaque europeénne à une vitesse de 2,5 cm par année. Par conséquent, il y a 10 millions d'années, l'île de Kabylie se trouvait à 250 Km des côtes algériennes. La faille sismique actuelle qui va de Tamentefoust à Bougie, en passant par Tizi N At Aicha, les Issers, Dra El Mizan, Tubiret, et la vallée de la Soummam (Tazmalt, Akbou) correspond à la ligne de jointure de l'île de Kabylie avec le continent. C'est en fait une zone sismique très dangereuse qui peut se réveiller à tout moment. La vallée de la Soummam est en quelque sorte notre « Silicon Valley ».

 

En effet, à la mi-Crétacé les mouvements de la lithosphère s'inversent sous l'effet de l'ouverture de l'océan Atlantique plus à l'Ouest. Une phase de compression débute alors entre la plaque eurasiatique et la plaque africaine. La Téthys se referme, une subduction de la croûte océanique africaine s'opère sous la plaque eurasiatique. Au début de l'ère Tertiaire (45 Ma), l'océan a disparu et une collision a lieu entre les continents européen et Africain (En fait ce n'est qu'une microplaque, liée à la plaque africaine, qui entre en jeu). De cette collision naissent les Alpes. La Méditerranée apparaît plus tard. La Méditerranée, la mer Noire, la mer Caspienne et la mer d'Aral sont les restes d'une ancienne mer qui séparait l'Afrique de l'Europe et reliait l'Atlantique à l'océan Indien. Cette mer a été baptisée la Thétys, du nom mythologique de la fille de Gaïa, la Terre, femme du dieu Océan. Il y a 20 millions d'années le mouvement vers le Nord de la plaque africaine coupa la liaison de la Thétys avec l'Océan Indien. La collision de cette plaque avec l'Europe donna naissance à une longue chaîne de montagnes, de la chaîne alpine à la chaîne du Taurus, en Turquie. Ces montagnes coupèrent la Thétys en deux mers intérieures, l'une d'elles étant la Méditerranée, l'autre la mer Paratéthys. Il y a six millions d'années l'avancée vers le Nord de la plaque africaine rehaussa le détroit de Gibraltar et coupa la liaison de la Méditerranée avec l'Océan Atlantique, et la mer entière s'évapora, se transformant en un bassin aride. Pendant près d'un million d'années le fond de la mer est resté à l'état de bassin désertique, puis le creusement des rivières qui s'écoulaient vers la Paratéthys rétablit la communication entre les deux bassins, la Paratéthys renflouant en partie la Méditerranée. Aujourd'hui cette Paratéthys est réduite à un chapelet de petites mers : la mer Noire, la mer Caspienne et la mer d'Aral. Mais l'apport d'eau provenant de la Paratéthys était faible. D'autres mouvements des plaques ont abaissé le détroit de Gibraltar et le bassin méditerranéen a été de nouveau envahi par l'eau provenant de l'Atlantique. Ce remplissage dura plusieurs siècles, période pendant laquelle le détroit a été le siège de la plus spectaculaire des chutes d'eau : mille fois le débit des chutes du Niagara. De nombreux auteurs admettent que les différents massifs internes de la chaîne Maghrébide (zones internes bético-rifaines, Kabylies, massif péloritain de Sicile, socle calabrais) étaient initialement regroupés en un bloc unique, appelé l'AlKaPeCa (Bouillin et al., 1986). Cet ensemble, probablement émergé pendant une partie du mésozoïque et jusqu'à l'Oligocène, était bordé au Sud par une marge continentale jurassique et crétacée dont les tronçons rifain, kabyles et péloritains de la Dorsale calcaire maghrébide sont les témoins. Différents arguments, dont l'étude du socle submergé dans le canal de Sardaigne entre la Sardaigne et la Tunisie (campagnes SARCYA et SARTUCYA, Mascle et Tricart, 2001 ; Mascle et al. 2001), conduisent à supposer que l'AlKaPeCa était lui-même rattaché à la Sardaigne et ainsi à la marge européenne de la Téthys. Les trois grands ensembles de la chaîne maghrébide résultent donc probablement de la convergence et de la collision d'un élément de la marge sud-européenne avec la marge nord-africaine d'un bassin téthysien maghrébin qui faisait communiquer la Téthys ligure avec l'Atlantique central. De nombreux auteurs admettent que les différents massifs internes de la chaîne Maghrébide (zones internes bético-rifaines, Kabylies, massif péloritain de Sicile, socle calabrais) étaient initialement regroupés en un bloc unique, appelé l'AlKaPeCa (Bouillin et al., 1986). Cependant, certains auteurs présentent des reconstitutions différentes, faisant passer une branche de la Téthys entre les Kabylies et la Sardaigne et reliant ainsi directement la suture à métamorphisme HP/BT des Alpes et de Calabre à celle connue dans les Cordillères Bétiques. Des arguments structuraux et chronologiques acquis en Sicile et dans le Canal de Sardaigne (Kezirian et al., 1993, Bouillin, 2000), permettent d'envisager que ce bassin s'est formé par rifting à l'Oligocène terminal et a constitué le premier stade de la séparation entre la Sardaigne et l'AlKaPeCa, c'est-à-dire le début de la formation de l'actuel bassin algérien Pour conclure d'un point de vue de l'évolution géodynamique, il semble que les deux phases majeures de construction de l'Atlas se corrèlent bien avec le début et la fin de la formation des bassins Méditerranéns néogènes (Frizon de Lamotte et al., 2000), et s'accompagnent d'une importante distension néogène dite parfois "post-collisionnelle" entre -28 et -11 Ma. Voilà ce qui explique que l'on retrouve la même végétation, la même faune, les mêmes sols en Kabylie que ceux de la Sicile et de la Sardaigne. Au niveau des populations, on retrouve également les mêmes gènes. Donc de tout temps, les Imazighen étaient proches de ces insulaires des Baléares, de Sardaigne, de Corse, de Pentalleria, de Sicile et même de Crète. Ils partagent la même culture méditerranéenne, les mêmes croyances anciennes, les mêmes goûts alimentaires, la même philosophie de la vie, et la même vision du monde. Ce n'est qu'à un passé relativement récent que les Imazighen furent « privés » par les différents envahisseurs de leurs voisins du bassin méditerranéen.

À un panarabiste nassérien qui lui reprochait ses affinités avec la France , Ferhat Abbas (premier président du GPRA) aurait répondu : « Vous savez entre l'Algérie et la France, il n'y a qu'une petite mer Méditerranée, mais avec l'Arabie c'est des mers et des mers de sable qui nous sépare ! ». S'il est vrai que les Français connaissent maintenant assez bien la Kabylie et l'Algérie en général, il n'en est pas de même de nos autres voisins méditerranéens (Sardes, Siciliens, Italiens, Corses, Grecs etc...). Et pourtant, les Imazighen ont de temps cotoyé ces peuples, tantôt en guere, tantôt en paix, depuis la nuit des temps. Les Romains étaient resté pendant cinq siècles en Afrique du Nord, ensuite les Vandales et les Byzantins se sont succédés pendant plus de deux siècles jusqu'à l'invasion arabe au 6ième siècle. Plus récemment, les Turcs sont restés durant trois siècles (1514 à 1830) et enfin les Français de 1830 à 1962. Cette histoire est relativement bien connue maintenant même si elle a souvent été écrite par des historiens coloniaux. De nombreux historiens tels que Salluste, Ibn Khaldoun, Stéphane Gsell, Charles André Julien, Gabriel Camps, etc...ont permis d'élucider les contributions des Imazighen à la civilisation et à la culture méditerranéenne. Le livre de l'Abbé Vinccnt Seraldi intitulé « Les Berbères, lumières de l'Occident » a contribué à mettre en évidence l'apport des Imazighen à la religion chrétienne et à pensée occidentale. On connait moins, même si elle est immense, la contribution des Imazighen à la civilisation musulmano-andalouse. On sait qu'Ibn Roshd (Averroès) a profondément marqué la philosophie occidentale, et qu'Ibn Arabi (Murcie) a été l'un des plus grands maîtres du Soufisme (doctrine aux antipodes du fondamentalisme). Cette partie de notre histoire reste à écrire pour recouvrir notre mémoire. Tout aussi important est la pensée Kabyle qui a su rester elle-même, malgré des influences parfois démesurément exagérées par les archéologues et les historiens. Comme le soulignait Jean Servier : « ...Elle partage avec l'antiquité médierranéenne le même lourd fardeau spirituel, sa part dans l'héritage commun qu'elle a su mieux garder en le respectant davantage ». L'étude approfondie des rites et des croyances de la société tamazight a conduit Servier à la conclusion que « L'esprit méditerranéen est chez lui en Tamazgha, plus tangiblement présent qu'ailleurs et les paysans nous proposent les clés capables de nous permettre de déchiffrer ce que les écrivains de l'antiquité et les philosophes ont appelé des Mystères ». Cet auteur a contribué à établir le fond commun de la pensée méditerrannéenne, comme un ensemble homogène où Tamazgha occupe sa place avec la civilisation crétoise et mycénienne. Par exemple, la pensée religieuse en Tamazgha comme dans la Méditerranée de l'Antiquité est dominée par la notion de contrat d'alliance entre le monde des Invisibles (morts) et des Vivants, sans cesse renouvelé par chacun des rites encore pratiqués en Kabylie. Il n'y a pas de culte des morts à proprement parler. Le plan humain se prolonge dans l'Invisible par des morts, continuant l'étroite soldarité de la famille méditerranéenne. Servier ajoute : « Les paysans demandent aux morts la fécondité des champs, des étables et des maisons, parce que c'est leur part, parce que c'est leur rôle dans l'harmonie de l'univers ; les morts donnent cette fécondité parce qu'ils la doivent aux vivants, leurs alliés par la viande partagée des sacrifices et les repas prix en commun. Ainsi s'équilibrent, dans la pensée méditerranéenne, la vie et la mort nécessaires l'une à l'autre ». La Kabylie partage donc avec ses voisins méditerranéens un fond culturel commun (background) qui remonte probablement loin dans le passé, à la civilisation capsienne (7000 - 5000 av. J-C.).

L'État Amazigh de Bari, en Sicile, au 9ième siècle après J.C.

Selon Haddadou (Les Berbères Célèbres, berti edit., Alger, 2003), le fondateur de l'État de Bari, Khalfûn, appartenait à la tribu amazigh des Rabia qui serait originaire de la Kabylie Orientale, plus précisément de Mila, au nord de Constantine. On ignore presque tout du premier souverain de la Bari amazigh. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il vécut au début du règne du calife arabe al Mutawakkil (847 environ).

La Sicile avait été conquise en 827 par les Aghlabides mais l'expédition de Khalfûn qui intervint quelques années après, ne fut pas menée pour le compte des souverains ifriyens. C'est un état amazigh indépendant, reconnu par les Abbassides, que Khalfûn fonda en terre sicilienne. Cet évènement extraordinaire ne fut évoqué, côté musulman, que par un auteur, l'Oriental Al Balâdhuri, et sans les chroniques chrétiennes, il serait passé inaperçu.

Le règne de Khalfûn (appelé par les Européens Kalfon) dura cinq ans et cinq mois. Les Chrétiens, sous l'égide du pape Léon IV, organisèrent plusieurs expéditions contre Bari, mais ils se heurtèrent à une farouche résistance des Imazighen qui surent à chaque fois les repousser.

Le second souverain de Bari s'appelle Mufarridj U Salem. Il n,aurait régné que trois années, de 853 à 856. C'est lui qui a édifié la Grande mosquée de Bari, il avait aussi agrandi le royaume en enlevant une vingtaine de châteaux aux Chrétiens. Toutefois c'est Sûdan, le troisième et dernier souverain, qui donna au petit État toute sa puissance. Son règne fut plus long ( une quinzaine d'années environ) et ses conquêtes plus nombreuses. Le règne de Sûdan fut le plus prospère. En 871, l'Empereur Louis II réussit à prendre Bari et arrêta Sûdan.

La proximité géographique aidant, l'île de Pentalleria est visible du Cap Bon Tunisien, les échanges n'ont jamais cessé entre les Imazighen et les Italiens. Dans la revue scientifique "Pour la Science" de Novembre 2003 (No 313), un chapitre est consacré à "la Preuve Par Neuf", un procédé utilisé pour détecter les erreurs lors d'opérations arithmétiques (addition, multiplication, soustraction ou division). Cette méthode aurait été inventé par le mathématicien Al-Khwarizmi (environ 780-850)et qui figure dans son traité d'arithmétique composé au début du IXième siècle. Al-Khwarizmi est natif d'une région située au sud de la mer d'Aral.

L'on apprend que c'est l'incontournable Leonardo Fibonacci, dit Léonard de Pise, qui introduit cette méthode en Occident. On sait peu de choses sur lui, si ce n'est par les renseignements qu'il livre dans son oeuvre la plus célèbre, le LIBER ABACI, composée en 1202 et remaniée en 1228. Il raconte que son père, comptable pour les marchands de Pise, l'a un jour emmené à la douane de Bejaïa, en Kabylie. Le jeune Léonard y découvre le calcul avec des chiffres indiens (dits arabes), dont il n'aura dès lors de cesse de prôner l'emploi en Occident. On sait qu'à cette époque là, Bejaïa était une grande capitale intellectuelle et scientifique de Tamazgha. Les sept premiers chapitres du LIBER ABACI sont consacrés au calcul à l'aide du système de numération de position indo-arabe en usage en Kabylie, et dans le chapitre V, Fibonacci donne une démonstration de la preuve par neuf. Hend Sadi, auteur d'un livre de mathématiques récréatives en tamazight (Tusnakt s wurar) publié en 1990 en Algérie, rapporte une énigme basée sur la série de Fibonacci intitulée "Iwtal n Fibonacci" (les lapins de Fibonacci).

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