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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 20:03
Liberté

Editorial (Dimanche 25 Octobre 2009)

Les larmes de... Saâdane
Par :Outoudert Abrous


Pour pallier leur impéritie et leurrer les supporters, les responsables égyptiens ne trouvent pas d’autre échappatoire que celle de vouer leur adversaire  et voisin aux gémonies.

L’Égypte, ce grand pays qui se dit être le cœur du monde arabe, perd les pédales tant ses repères qui peinent à sortir du passé semblent vaciller devant un environnement en perpétuel changement. Il tangue dangereusement face à l’écueil Algérie pour un match de football.
L’équipe des Pharaons, qui a marqué le continent et l’a représenté dignement ces dernières années, fait cette erreur d’appréciation : ils pensent qu’ils sont éternels comme leurs ancêtres. Avec cette différence : ils pensent doublement faux. D’une part, une équipe se renouvelle et ne vit pas indéfiniment sur ses lauriers. D’autre part, son prochain adversaire a pour nom Algérie, un pays respectable, à plus d’un titre.
Pour pallier leur impéritie et leurrer les supporters, les responsables égyptiens ne trouvent pas d’autre échappatoire que celle de vouer leur adversaire et voisin aux gémonies.
Les médias égyptiens, appelés au secours d’une équipe en méforme, se livrent, toute honte bue, à un tohu-bohu médiatique qui frise l’hystérie, en prenant pour cible l’Algérie, ses responsables, ses joueurs, son peuple et ses symboles. Du jamais-vu ! Même après la débâcle de 1967.
Les médias, tous supports confondus, sont lancés dans la curée avant le coup de sifflet de l’arbitre pour un match de 90 minutes, lequel, même s’il revêt une importance capitale pour le moral des deux peuples et un répit pour leurs dirigeants, ne doit pas connaître des dépassements touchant à la dignité et à l’intégrité des Algériens. Malheureusement, c’est ce qui est en train de se passer sur la quinzaine de chaînes satellitaires de notre voisin, et en boucle. En Algérie, la Télévision nationale et ses chaînes thématiques, relevant du secteur public, restent dans les normes de la respectabilité. La presse écrite qui n’arrive pas en Égypte si ce n’est via Internet n’a pas versé dans l’insulte et la calomnie. Il y eut d’ailleurs cette intervention du ministre de la Communication qui a appelé à dépassionner la prochaine joute algéro-égyptienne au Caire.
Guerre ouverte ou guerre psychologique, les Égyptiens se trompent de date et d’endroit. Il n’y aura de confrontation que sur le rectangle vert et l’on en reparlera sûrement après le match, lorsqu’on verra les larmes de… joie de Saâdane, de ses poulains et de leurs supporters.


Dossier : Football Egypte-Algérie (Dimanche 25 Octobre 2009)

La guerre médiatique s’accentue au pays des pharaons
Match perdu pour les Égyptiens
Par :Azzeddine Bensouiah

La guerre médiatique s’est accentuée à mesure que s’est confirmé le passage obligatoire par la “finale du Caire” pour accéder au Mondial sud-africain.

Habitués à de pareilles campagnes médiatiques, les Algériens n’arrivent tout de même toujours pas à comprendre cette frénésie médiatique qui s’empare des Égyptiens dès qu’on évoque une confrontation avec l’Algérie. Pour l’édition 2010, les choses ont commencé dès l’annonce du tirage au sort du groupe où devaient se retrouver “les frères ennemis”.
Les responsables du football égyptien, relayés par une presse trop égocentrique, ont vite crié à la qualification assurée de leur sélection. Il est vrai que, sur le papier, les Égyptiens étaient donnés pour favoris du groupe. Double champions d’Afrique et disposant d’une équipe homogène et expérimentée, tout, sur le papier, plaidait en leur faveur, sachant qu’en face, la Zambie figurait comme le probable outsider, alors que l’Algérie partait avec l’espoir de décrocher une place africaine.
Ceci pour l’histoire. Mais dès le début des qualifications, les donnes ont complètement changé. Les Égyptiens ont évité de justesse une humiliante défaite au Cairo Stadium — qu’ils abandonneront pour la suite des qualifications — face à des Zambiens hyper-motivés. Le nul concédé à domicile, mais surtout la manière de jouer des coéquipiers d’Abou Trika ont beaucoup surpris. Pendant ce temps-là, les capés de Rabah Saâdane se sont contentés d’un match nul lors de leur premier déplacement au Rwanda. Les Fennecs n’étaient pas partis pour gagner, mais pour ne pas perdre. Ils le regretteront par la suite.
La seconde journée fut celle de la naissance de l’espoir, pour les Algériens, et la confirmation des doutes égyptiens. En les recevant à Blida, les Algériens ont fait fort impression, non seulement en arrachant une belle victoire, mais surtout, en affichant, désormais leurs prétentions. Lesquelles se renforceront davantage avec la victoire ramenée de la jungle zambienne. Du coup, ce fut à l’Égypte de puiser dans toutes ses forces pour faire en sorte de gagner tous les matches qui lui restent dans l’espoir d’un faux pas de l’Algérie. Les protégés de Hassane Shehata ont réussi à remonter la pente, même si la manière laissait à désirer.

L’inévitable finale cairote
Revoilà donc, les deux équipes condamnées à jouer une finale au Caire. Et là, tous les charlatans, tous les chauvins, tous les racistes se sont mis de la partie pour prendre le train en marche et attiser les feux de la haine entre deux pays et deux peuples que tout unit.
Et ce ne sont pas les appels des présidents des deux fédérations pour que la presse calme le jeu qui vont y changer quelque chose. Hier encore sur les chaînes satellitaires et sur les blogs, le déversement de la haine, l’arrogance, le déni de l’histoire et surtout l’ignorance footballistique régnaient en maîtres absolus.
Les rares personnes sensées qui ont tenté de resituer le match du 14 novembre dans son véritable contexte ont été vite censurées, en direct sur les chaînes satellitaires. C’est vous dire que la guerre des mots, des images, y compris à travers de grossiers montages photos, ou le mensonge par omission, font fureur. Mais à quoi obéit cette guerre médiatique ? Il est vrai que chaque média, chaque blog voudrait voir son équipe se qualifier.
Chacun essaie d’influer sur l’adversaire, en essayant de le démoraliser, et en même temps faire le maximum pour encourager les siens. Si, par le passé, l’Égypte nous damait le pion en matière de guerre médiatique, pas seulement en raison du déséquilibre flagrant en matière de moyens de communication dont disposait chaque pays, mais aussi en raison des lacunes que laissaient transparaître les sélections algériennes, il n’en est pas de même pour la bataille qui se déroule présentement.
D’une part, et hormis l’audiovisuel où les Égyptiens disposent d’une redoutable arme de propagande, la presse écrite et les médias par Internet sont largement en faveur des Algériens.

Une campagne prématurée et contre-productive
Les Égyptiens ont commencé la guerre prématurément, le jour du tirage au sort. Or, cette campagne a beaucoup plus fait du tort à leur sélection qu’à ses adversaires. En faisant croire que face à la “grande” équipe égyptienne, il n’y avait que de “petites sélections”, la presse égyptienne a grandement contribué au relâchement des protégés de Shehata.
En donnant la parole à des “experts”, “douctours”, “ousthadhs” et autres “captains”, inconnus de la scène footballistique internationale ou continentale, qui affirmaient, par exemple, que la sélection algérienne était composée de joueurs évoluant dans des équipes de seconde division française, elle a donné de faux espoirs, non seulement aux millions de supporters égyptiens, mais aussi au staff technique de la sélection égyptienne. Même le chargé de la communication de la Fédération égyptienne est tombé dans le panneau en annonçant à la télévision que deux buts suffisaient à son équipe pour se qualifier, avant de se faire “ramasser” par un expert égyptien.
Personne n’a dit à Shehata que le transfert de Karim Ziani de l’Olympique de Marseille vers Wolfsburg dépassait la valeur marchande de toute la sélection égyptienne réunie. Personne ne lui a parlé des merveilles de Matmour, des citadelles Bouguerra, Antar Yahia ou des capacités de Belhadj. On lui a juste dit que Ziani était “un petit lutin qui courait dans tous les sens”.
Les Allemands et les Français, avant eux, n’y connaissent rien au football, dans ce cas ! Que dire alors de Meguenni, surnommé “le futur Zidane” pas par la presse algérienne, ou encore de Yebda qui n’ont pas encore eu le temps de s’exprimer ? Que dire de cette sélection algérienne qui gagne de plus en plus en maturité, depuis les fameuses rencontres amicales contre le Brésil et l’Argentine ? Que dire de son parcours dans les qualifications ? Rien, la presse égyptienne fait comme si de rien n’était et continue à se remémorer les matches de 1989 et de 1991 où les Égyptiens s’étaient qualifiés, au détriment des Algériens, en Coupe du monde et aux Olympiades.
La presse égyptienne ne montre jamais les images de la victoire des Algériens en Coupe d’Afrique des Nations à Sousse et les larmes du commentateur égyptien qui fustigeait ce “harami” d’Achiou qui avait dribblé toute l’équipe pour aller battre El Hadari. Elle évite, comme on évite la peste, d’évoquer les dernières qualifications pour le Mondial où l’Egypte comptait sur un coup de pouce de l’Algérie, hors course, pour se qualifier et la cuisante défaite subie par les Égyptiens à Annaba qui a ouvert la voie à la sélection sénégalaise d’aller au Mondial.
La propagande égyptienne est contre-productive à plus d’un titre : non seulement elle donne l’illusion aux Égyptiens, joueurs et staff compris, qu’ils sont toujours aussi forts qu’en 2006 et en 2008 et que leur date de péremption n’était pas encore arrivée, malgré l’âge avancé des joueurs et l’incapacité de certains à courir sur le terrain, mais, en plus, elle ne s’intéresse que très superficiellement à l’équipe algérienne qu’elle continue à considérer comme “petite”, et c’est tant mieux pour les Algériens.
Mais, comme une campagne de propagande est censée avoir un objectif, celle des Égyptiens n’en a apparemment pas, ou se trompe carrément d’époque, pour la bonne et simple raison que l’équipe algérienne est composée à 90% de joueurs évoluant en Europe, donc non concernés, ni de près ni de loin, par cette campagne, contrairement aux joueurs égyptiens qui sont pour la majorité issus de clubs égyptiens et très affectés par tout ce qui s’écrit chez eux, au point que bon nombre d’entre eux avaient menacé de boycotter la sélection suite aux écrits de la presse égyptienne, durant leur séjour sud-africain pour la Coupe des confédérations. On l’a vu lors de la dernière coupe du monde des -20 ans où la presse égyptienne n’avait donné aucune chance à l’équipe du Costa Rica qui a pourtant éliminé la sélection égyptienne.

“Siphon press”  ou la presse du siphon
Contrairement à ce qu’on peut penser de la presse sportive égyptienne, l’une des plus anciennes au monde arabe, ses tares et ses déboires sont légende. Elle vient de le prouver à l’occasion de la campagne médiatique pour le Mondial 2010. Des “analystes” et autres “spécialistes” se sont embarqués dans une galère qui prend eau de toutes parts, au point que la presse sportive égyptienne est devenue un espace de règlements de comptes entre stars médiatiques. L’autre jour, un animateur vedette d’une chaîne satellitaire a dû quitter en direct le plateau, proférant des insultes envers son collègue.
Pour bon nombre de journalistes sportifs égyptiens, le monde de l’argent, surtout celui des annonceurs, impose les vedettes et autres animateurs. L’épisode le plus criant de cette incompétence ambiante s’est déroulé il y a près de dix jours, lorsqu’un blogger, se prénommant “mizou”, a balancé un bobard selon lequel le président Sarkozy aurait déclaré vouloir l’élimination de l’Algérie, pour ne pas avoir à voir déferler des milliers d’Algériens sur les Champs-Élysées. Le blogger affirme tenir ses informations de l’agence “siphon press”.
Du coup, tous les “analystes”, tous les “captains” et autres “stars” ont mordu à l’hameçon et y sont allés de leurs commentaires et leurs analyses, avec l’assurance et l’arrogance qu’on leur connaît. Le lendemain, et alors que les rares personnes, qui savaient ce que signifiait le mot “siphon”, ont commencé à ironiser sur le comportement de ces pseudo-journalistes, personne n’a fait son mea-culpa. La suffisance pousse bon nombre de journalistes égyptiens à commettre des bourdes monumentales, sans jamais se remettre en cause, et on assiste ces derniers jours à une guerre ouverte, par médias interposés, entre ces détenteurs de la vérité absolue au point que certains affirment avoir honte du niveau atteint par la presse sportive égyptienne.

La peur des conséquences d’une élimination
Miser sur la guerre médiatique, face à l’Algérie de 2009, c’est avouer d’avance sa défaite, d’autant plus que la déception des Égyptiens risque d’être plus grande, en cas d’élimination, et la presse y laissera certainement des plumes. En plus du sort de Hassane Shehata et de Samir Zaher qui devrait être scellé en cas d’élimination, c’est toute la génération des Amr Zaki, Ahmed Hassan, Mohamed Abou Trika qui sortirait par la petite porte. Car c’est leur dernier grand rendez-vous international et, quand bien même l’Égypte serait qualifiée par la phase finale de la CAN, elle partirait grandement affaiblie par une élimination douloureuse.
Shehata commence à le comprendre —n’est-ce pas trop tard ? — et il vient de décider de maintenir le secret concernant le lieu de regroupement de la sélection égyptienne comme il maintient le suspense quant au choix du stade devant abriter “la bataille” du 14 novembre. “Ils (les Algériens, ndlr) savent tout de nous, alors que nous ne savons rien d’eux”, a lancé le sélectionneur égyptien.
Que le match se tienne sur le toit d’une maison, dans les tombes ou dans le désert du Sinaï, ce sont les 22 acteurs sur le terrain qui devraient prouver, durant les 90 minutes, qui sont les plus aptes à aller au Mondial.

Le reste, tout le reste n’est qu’une guerre psychologique visant à diminuer
l’adversaire et à le faire douter. Et ce n’est pas un hasard si les Égyptiens viennent de changer leur fusil d’épaule, en jetant leurs dernières cartouches dans la bataille médiatique. La sortie du très respecté Abou Trika participe à cette guerre. En annonçant que “l’équipe algérienne ne disposait pas d’éléments chevronnés” et que face à l’Égypte “elle va jouer la course contre la montre”, le meilleur joueur égyptien, et le plus sage d’entre eux, vient de se joindre à l’euphorie ambiante qui précède le désenchantement.
Le défenseur Ouael Gomaâ, suspendu pour la rencontre du 14 novembre, est allé plus loin en avançant la chose et son contraire. Tout en affirmant que son équipe, si elle parvenait à marquer, d’emblée, deux buts, pourrait être portée par son public pour marquer jusqu’à cinq buts. Rien que ça ! À croire qu’il confond les défenseurs et le gardien algériens aux siens ! Le même Gomaâ avoue, toutefois, qu’il faudrait se méfier des coups francs algériens dans la zone égyptienne et surtout des balles aériennes dont excellent les attaquants algériens, trop forts, à son goût. Même Shehata a fini par céder à la pression de la rue, en convoquant le seul professionnel de l’équipe, Mohamed Zidane, mais surtout en faisant appel au très controversé Midou, pour, dit-il, “provoquer les Algériens”.
Une façon de rendre la monnaie à Saâdane qui avait convoqué en match aller Achiou, dont le but assassin à Sousse est resté en travers de la gorge des Égyptiens. En voulant user des armes de Saâdane, Shehata risque gros, dans la mesure où il avait juré de ne plus faire appel à Zidane qui avait tourné le dos à la sélection, encore moins à Midou qui avait insulté tous ses partenaires, à commencer par l’entraîneur.
Croire que son retour, même symbolique à la sélection égyptienne, pourrait influer sur les protégés de Saâdane, c’est aller trop vite en besogne. La génération des Ziani, Antar et Bouguerra a démontré qu’il fallait compter avec elle. Face aux Rwandais et à l’arbitre guinéen de triste mémoire, ils ont fait montre d’un sang-froid et d’un self-control qui ont dérouté y compris le public algérien. Ce sera leur clé pour le Mondial, face aux Égyptiens qui comptent énormément jouer sur la “nervosité” des Algériens. Rabah Saâdane, connu pour sa ruse, mais surtout par son expérience dans ce genre de joutes, préfère laisser les Égyptiens parler et croire en leurs rêves. Aux surprises promises par les Égyptiens, il répondra par ses propres surprises.
Lui qui avait entamé la campagne pour les qualifications par des larmes qui ont secoué ses capés, vient d’être imité par son adversaire Shehata décidé, semble-t-il, à retourner les armes de Saâdane contre lui, dans l’espoir de faire, comme lui, partie des sélectionneurs qui ont eu la chance d’aller, au moins une fois dans leur vie, au Mondial. Mais Saâdane reste, jusqu’à présent, de marbre, refuse de faire la moindre déclaration et garde, donc, toutes ses cartes en main. Lui qui avait misé, dès le départ, sur la qualification pour la CAN a largement dépassé son objectif. Et c’est ce qui fait, peut-être, le plus peur aux Égyptiens dans cette guerre médiatique qu’ils sont en train de perdre, en attendant l’issue de la rencontre du 14 novembre.

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