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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 01:29


La dramatique histoire des déportés algériens de la Nouvelle-Calédonie

 
C’est suite à un déplacement professionnel en Nouvelle-Calédonie que m’est venue l’idée de rendre visite à une communauté d’origine algérienne.
samedi 21 août 2004.
La présence en ces lieux de cette communauté remonte à plusieurs générations. Elle est issue d’anciens déportés d’Algérie qui avaient participé au soulèvement contre l’armée d’occupation du pays. Jugés, ils furent exilés vers la Nouvelle-Calédonie. Les premiers arrivants de cette communauté furent déportés en 1873. La grande majorité réside dans la vallée de Nessadiou et Bourail, une petite ville proche de cette vallée. Quelques mots d’histoire nous permettront de suivre la trace de ces déportés qui ont fait souche à plus de 20 000 km de leur pays natal.
Insurrection
Les principales causes des différents soulèvements populaires en Algérie, dont celui de 1871, sont l’occupation du pays, l’oppression, la misère et l’arbitraire. Le décret Crémieux de 1870 attribuant à tous les Israélites résidant en Algérie la nationalité française et l’accès aux droits qui en résultent ne fut que le détonateur et non la cause majeure comme citée par certains historiens de l’époque coloniale. Après la dernière campagne de Kabylie menée par le général Randon en 1857, l’occupant pensait que l’Algérie était « pacifiée ». Par la suite, la population eut à subir d’autres fléaux. C’est ainsi que près de 500 000 personnes périrent suite à des famines effroyables durant les années 1867, 1868 et 1869. Malgré l’opposition du général Mac-Mahon, gouverneur général, une commission d’enquête s’est rendue sur place et a pu constater que l’administration coloniale n’a même pas essayé de venir en aide à ces malheureux. A cela s’ajoutent les interminables dépossessions des biens et des terres qui étaient redistribuées aux nouveaux colons et autres indésirables de la métropole. Beaucoup de tribus se soulèvent, dont la confrérie des Rahmania de Seddouk avec à sa tête Mohamed Améziane Ben Cheikh El Haddad, les Mokrani de la kalaâ des Beni Hammad de Medjana. En 1871, des spahis se mutinent dans la région constantinoise et s’associent à la tribu des Hanencha pour assiéger Souk Ahras. Le soulèvement se généralise peu à peu et embrase presque tout le pays. Avec pour seules armes la foi, le courage et la détermination et un rapport des forces défavorable, la révolution finit par être jugulée par l’occupant.
Jugement des chefs de l’insurrection
Le 10 mars 1873, s’ouvre au tribunal de Constantine le procès des chefs de l’insurrection ou de ceux ayant miraculeusement échappé aux conseils de guerre et exécutions sommaires. Sur les 212 accusés, 149 sont maintenus en prison. Un arrêt d’accusation établi le 21 septembre 1872 les renvoie devant la cour d’assises de cette juridiction. L’acte d’accusation leur est notifié les 9 et 26 décembre 1872. Le verdict sans appel fut la déportation en Nouvelle-Calédonie de la plupart d’entre eux. Feront partie du lot, Mokrani Boumezrag, Aziz Ben Cheikh El Haddad et son frère M’hamed. Avant leur embarquement pour l’exil forcé, ils seront internés au fort de Quélern (Brest) et à l’île d’Oléron.
Déportation
Un peu d’histoire permettra de mieux comprendre le fond du problème de la présence de ces descendants de déportés algériens en Nouvelle-Calédonie. Ce pays a été initialement peuplé par des Mélanésiens arrivés dans de grandes pirogues il y a 2000 à 3000 ans. Il a été baptisé en 1774 par le capitaine anglais Cook quand il débarqua pour une halte en route pour la Nouvelle-Zélande. Le territoire est de nouveau repéré par le Français d’Entrecasteaux. En septembre 1853, l’amiral français Febvrier-Despointes proclama la Nouvelle-Calédonie territoire français. Depuis 1863, elle devient terre d’exil pour de nombreux « bagnards » français qui se sont rendus coupables de délits ou de crimes de droit commun ainsi que pour les communards français de Paris qui se sont soulevés contre le pouvoir en place. Elle le devient aussi pour un grand nombre d’Algériens injustement déportés à partir de 1873 qui se sont révoltés contre l’occupant français. Ces déportations, rythmées par les différents soulèvements populaires, se sont poursuivies bien au-delà de 1881. Cette révolte initiée par Mohamed El Mokrani éclate en Kabylie peu après les événements de la commune de Paris en 1871.
Compagnons d’infortune des déportés algériens
Les communards de la révolte de Paris de 1871 subiront eux aussi le même sort, plus de 4200 seront déportés en Nouvelle-Calédonie et au moins 400 décéderont durant cette déportation. Certains, après leur libération, témoigneront des conditions de transport et de vie ainsi que des traitements inhumains infligés à ces déportés algériens qu’ils appelleront les Arabes. Les plus illustres sont Henri Rochefort, journaliste et écrivain, il réussit à s’évader en 1874 de Nouvelle-Calédonie avec ses compagnons ; Louise Michel la « pasionaria » des événements de la commune de Paris de 1871 (une station de métro de Paris porte son nom). On peut citer aussi Jean Allemane, député du XIe arrondissement de Paris, qui les a beaucoup côtoyés et dont les écrits ont beaucoup servi à rétablir certaines vérités volontairement faussées par des militaires de l’époque pour justifier les mauvais traitements et tortures infligés à ces déportés algériens.
Amnistie
Deux lois d’amnistie des déportés sont promulguées par le gouvernement français. Une loi d’amnistie partielle datée du 3 mars 1879 et une loi d’amnistie générale datée du 11 juillet 1880. Ces lois concernaient tous les déportés sans discrimination aucune. Dans les faits, usant de tous les subterfuges et interprétations tendancieuses du contenu de ces lois, l’administration locale ne libéra que les déportés issus de la révolte de la commune de Paris. Beaucoup de ces anciens communards, après leur libération, militèrent pour l’application des lois, qui leur ont permis de rejoindre leur famille, aux insurgés algériens. Henri Rochefort, Jean Allemane et Louise Michel furent parmi les plus actifs. Les grands écrivains Victor Hugo et Emile Zola militèrent sans relâche pour l’amnistie des déportés de la commune de Paris, mais aucun écrit ne mentionne qu’ils aient associé dans leurs actions le cas des déportés algériens. En 1871, Victor Hugo écrit même un poème Viro Major qu’il dédie à Louise Michel.
Morts en exil
Beaucoup de déportés algériens périrent durant leur déportation, Jean Allemane cite le chiffre de deux tiers morts durant leur détention. Certains furent enterrés à l’île des Pins avec d’autres déportés communards, morts aussi en détention. Avant de quitter définitivement cette île, les communards avaient érigé un monument à proximité du cimetière. Il y a quelques années, ce monument de mémoire a été entièrement restauré.
Mokrani
Mohamed Mokrani, ancien bachagha de la Medjana, a été l’un des chefs de premier plan de l’insurrection de 1871, il tombe au champ d’honneur au début de cette guerre à Oued Soufflat. Son frère Bou Mezrag le remplace à la tête de l’insurrection. Après sa déportation, tous ses biens et ses terres seront spoliés et remis à des colons français. Il sera privé de la loi d’amnistie. Trente ans après son exil forcé, Bou Mezrag est toujours resté un danger pour le pays occupant. Ce n’est qu’en janvier 1904 qu’il sera gracié. Il rejoindra son pays au mois de juillet de la même année pour mourir une année plus tard.
Aziz Ben Cheikh El Haddad
Condamné lui aussi à la déportation, on l’embarque le 31 août 1874 sur un bateau qui l’emmènera en Nouvelle-Calédonie après une traversée de cinq mois environ. En 1881, il réussit à s’évader de Nouvelle-Calédonie pour rejoindre l’Australie, pays le plus proche. M’hamed, son frère qui fut son compagnon de détention, ne parviendra à s’évader de Nouvelle-Calédonie que le 5 décembre 1886. Il rentre en Algérie en utilisant de faux papiers. Après la parution de la loi d’amnistie, Aziz Ben Cheikh El Haddad se rend à Paris pour réclamer la restitution de ses biens, il profite de l’occasion pour visiter un de ses compagnons d’infortune, le communard Eugène Mourot. Il décédera à l’âge de 55 ans dans le domicile de ce dernier situé face au cimetière du Père-Lachaise. Son corps sera rapatrié pour être enterré en Algérie grâce à une collecte d’argent organisée par d’anciens communards.
Vallée de Nessadiou
La route menant de Nouméa vers Bourail est la RT1, l’équivalent d’une route nationale chez nous. Après une heure et demie de route, on débouche sur le col des Arabes situé au sommet d’une plaine verdoyante. Quelques kilomètres plus loin au bas de la RT1, se trouve le cimetière des Arabes. Là, sont enterrés la plupart des anciens déportés algériens. J’étais ravi de trouver quelques personnes affairées à l’intérieur d’un hangar servant de lieu de réunion et de service. Après les présentations d’usage, ils m’invitèrent à la « waâda » donnée par une personne pour commémorer la mort de sa mère enterrée l’année passée. Le mot « waâda » utilisé par mon interlocuteur m’a permis de situer l’effort que font ces gens pour rester eux-mêmes, fiers de leur appartenance à une religion et ses traditions. Le terrain du cimetière a été gracieusement offert à la communauté par un certain Miloud dont une partie de la famille y est enterrée. Le premier homme enterré dans ce cimetière s’appelle Moulay, il fut par la suite déclaré marabout de la communauté. Dans ce même cimetière, sont enterrées deux personnes de religion chrétienne. A mon désir d’en savoir plus, mon guide me répondit que ces personnes, peu avant leur mort, avaient exprimé le souhait d’être enterrées au milieu des autres musulmans en gardant les mêmes rites, tombes orientées vers La Mecque de la même manière que les autres. Un palmier haut de plus de 15 m planté à l’intérieur et au bout du cimetière indique la direction de la « qebla ». Non loin du cimetière se trouve la mosquée construite grâce à l’aide bénévole d’un Algérien au nom de Touati ; ils furent unanimes à le remercier pour tout ce qu’il leur a apporté comme aides et connaissances sur la religion musulmane. Kader Bouffenèche, président de l’association des musulmans de la région, m’invita chez lui à Nessadiou. Notre discussion était principalement axée sur l’histoire de l’Algérie au XIXe siècle, en particulier l’épopée légendaire de l’Emir Abdelkader. Il m’informa que lui et l’ancien maire de Bourail, Taieb Aïfa, avaient visité l’Algérie en 1986 suite à une invitation officielle adressée par nos autorités. Cette communauté souhaite garder des contacts avec l’Algérie ; l’exemple le plus édifiant est la remise d’un chèque à la Croix-Rouge destiné aux déshérités du séisme de Boumerdès.
Par Rachid Sellal Dr en mécanique au Loughborough University, El Watan

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