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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 21:23

 

La confiscation des plaines des Issers aux Iflisen Umellil

Avant l'occupation Turque de la ville de Dellys en 1517-1518 par Kheir-eddine et de la ville d'Alger (1516), les Iflisen Umlil contrôlaient une partie du littoral allant de la rivière Sebaou jusqu'aux environs de Boumerdes , et les plaines de la Mitidja. Entre le Sebaou et l'Isser, il y avait 5 Aarchs sur le littoral composés de Isser el Widan, Isser Ouled Smir, Isser el Djediane, Isser Draoua et Zemoul.

Les Iflisen Umlil étaient ainsi pris en tenailles par les Turcs d'Alger et de Dellys qui progressivement vont les refouler dans le triangle qu'ils occupent aujourd'hui. Selon le témoignage de Hadj Aïssa (né vers 1795) de Tighilt Bugni (recueilli par Couvignon vers 1890), tout le triangle des Iflisen Umlil était une forêt vierge. Devant la pression turque, les Iflisen y avaient trouvés refuge.

Après la mort du Bey Mohamed en 1754, la confédération des Iflisen Umlil et celles de la caïdat de Boghni se soulevèrent contre le pouvoir turc. Le 16 juillet 1756, les Kabyles attaquent et détruisent le Bordj de Boghni, tuent le caïd Ahmed, et chassent les Turcs de cette garnison vers Alger. Le 25 août 1756, ils attaquent le Bordj de Bouira. Il a fallu trois colonnes turques, celle du chérif Agha, celle du Bey Softa de Titery, et cella du Bey de Constantine pour venir à bout de cette première insurrection initiée par les Iflisen Umlil. Une deuxième insurrection fut menée par les Iguechtoulen (At Smaïl) et At Sedka vers 1818, qui détruisent la garnison turque de Boghni (reconstruite auparavent).

En 1767, les Iflisen Umelil se mettent à nouveau en insurrection et refusent de payer l'impôt au Makhzen d'Alger. Les chefs des Iflisen Umlil étaient alors Khelif U-Buzid (amin des At Mekla), Hassan U-Rafa3 (amin des Iraf3en), Lhusin N Zamum (amin des At Amran). L'armée turque composée de 1 100 hommes (turques et goums arabes) fut anéantie.

Humilié par les Iflisen Umlil, le pacha d'Alger Mohamed ben Osman envoya l'année suivante (1768), l'armée la plus imposante qui eût encore opérée en Kabylie. Les Beys de Titery, d'Oran, et de Constantine reçurent l'ordre d'amener toutes leurs forces dans la région des Iflisen Umlil. La guerre éclata alors entre les Turcs et les Iflisen Umlil ; ce fût l'une des plus terribles guerres que cette confédération a due subir pour garder son autonomie. Ils avaient infligé une défaite désastreuse à l'envahisseur turque : 1200 Turcs et 3 000 Arabes furent tués. Son armée fut aux trois quarts décimée, et perdit les plus braves de ses guerriers, tel que l'agha El-Ourlis, le cheikh El-Arab el Hadj ben Gana, le cheikh du Bellezma Ferhat ben Ali, de la famille du caïd Cherif ben Mançour, Bel Kassem ben Merah, un des principaux chefs de la zmala et bien d'autres. Ces détails montrent bien l'importance de la défaite qu'avaient essuyée les Turcs devant les Iflisen.

Cependant Mohamed ben Osman avait fait opérer le blocus du pays des Iflisen, au moyen des postes (bordj) entourant de tous côtés leur triangle montagneux et il parvint ainsi à la réduire à la famine. Ce blocus, qui non seulement empêchait les convois de grains d'arriver dans la montagne, mais encore empêchait de cultiver les terres autre part que dans la montagne, força les Iflisen Umlil à conclure un traité de paix en 1769. Ce traité de paix a été signé par le Chef des Iflisen Umlil : Lhusin N Zamum. Il avait installé son azib au lieu qu'on appelle encore aujourd'hui "L'Azib n Zamum" (Ex. Haussonvillier actuellement Naciria). Pendant de longues années, Lhusin N Zamum sut maintenir la paix avec les Turcs et ce n'est que 25 ans après la conclusion du traité, que nous voyons de nouveau les Iflisen en insurrection.


Colonisation française

En sortant de la commune du col de Tizi N Ayt Aycha qui portait depuis le 2 janvier 1877 le nom de Menerville, pour honorer la mémoire de Charles Louis PINSON de Menerville, premier président de la Cour d’Appel d’Alger et auteur de précieux travaux sur la législation Algérienne, on apercevait à l’est, une vaste contrée qui était la plaine de l’Isser et qui formait l’entrée de la Kabylie.

Ce territoire, premièrement exploré par le Maréchal RANDON le 2 juillet 1857 fut le théâtre au lendemain de la conquête de nombreux et glorieux faits d’armes des Iflisen Umellil contre l’armée Française.

Limitée au nord par la mer Méditerranée, au sud par le premier contrefort des montagnes du petit Atlas, à l’est, par le village d’Haussonviller (Azib-Zamoun), à l’ouest par le village de Menerville. Cette plaine s’étendait à droite dès son entrée jusqu’au-delà de Souk-El-Had ; de ce village, elle suivait presque une ligne droite jusqu’à Haussonviller ; de là, elle descendait sur la mer en comprenant les terres du Aarch Iwaryacen et Asif Smir, jusqu’au Cap Djinet ; de ce point elle suivait le littoral jusqu’à Zemouri puis revenait en s’élargissant jusqu’à Menerville, en longeant la chaîne de montagne connue sous le nom de Adrar. Elle mesurait en ligne droite, de l’ouest à l’est vingt huits kilomètres, et du sud au nord dix huits kilomètres. Sa superficie totale était de 45.145 hectares.

Le nom de plaine ne pouvait s’appliquer à tout ce territoire que d’une manière relative et ne devait pas faire naître l’idée d’une vaste étendue de terre complètement plate et unie, dans une partie on y rencontrait des montagnes, des monticules, des ravins, qui généralement étaient de très bonnes terres, où la colonisation pouvait puiser de grandes ressources.

Si la plus grande partie des terres était défrichée et parfaitement cultivable ; d’important travaux d’assainissement et de défrichement furent faits sur les différents centres à pourvoir.

Cette plaine de l’Isser allait comprendre dès le début des années 1870, 7 centres de récente création, habités par des Européens, savoir :

                                    1-Souk-El-Had

                                    2-Blad-Guitoun ou Bled-Guitoun

                                    3-Zaâtra

                                    4-Zamouri ou Zemouri

                                    5-Isserville

                                    6-Bordj-Menaïel

et                                 7-Azib-Zamoun (Houssonviller)

plus 3 hameaux qui étaient :

                                    1-Ain-Refaïa

                                    2-Ain-Legatha (ces deux premiers formaient le territoire d’Isserbourg)

et                                  3-le Cap Djinet

auxquels il fallait ajouter 5 Aarchs occupés par les indigènes (Iflisen Umellil) :

                                    1-Ait-Mekla

                                    2-Chender

                                    3-Iwaryacen

                                    4-Asif-Smir

et                                 5-Isser-El-Ouidan

Plus un grand nombre de fermes généralement occupées par des Européens.

Autrefois, cette plaine n’était habitée que par des Indigènes (Iflisen Umellil), très laborieux et très industrieux, soumis d’abord aux Romains, puis ensuite par les Turcs ; souvent tourmentés par les invasions nomades (Beni Hedjres, Beni Jaad…), qui jaloux de leurs richesses territoriales, venaient piller et enlever leurs récoltes, ainsi que leurs bestiaux, après avoir mis tout à feu et à sang.

Depuis 1870, cette plaine fut entièrement livrée à la colonisation, à l’exception de quelques douars encore habités par des Indigènes.

Mais bien avant cette date, les soldats du génie avaient aménagé dans cette région de l’est d’Alger, une piste de terre battue afin de relier la capitale à Dellys. Tout au long de ce grand chemin, pour assurer la sécurité du roulage, la troupe bivouaquait au bord des rivières ou à proximité des sources.

Ce fut d’ailleurs du camp militaire de Kara Mustapha, situé au bord de l’Asif Boudouaou, que naîtra véritablement le premier centre de peuplement de la région, qui prendra le nom de l’Alma (après la victoire des troupes Franco-anglaises sur les Russes pendant la guerre de Crimée, sur le Fleuve Alma en 1854). Créée le 21 août 1861, cette commune comptait, un camp militaire, un village, des fermes et de vastes territoires fréquentés par des bêtes sauvages telles que les hyènes, panthères et chacals, qui servaient de terrains de chasse et de pâturages pour les nomades.

De 1860 à 1870, d’anciens soldats qui avaient fait venir leur famille, s’installèrent dans les parages et tinrent dans des gourbis, construits aux abords des camps et des bivouacs, des débits de comestibles vins et liqueurs ; ainsi au col des Tizi n Ait-Aïcha, c’est le sieur Paul JUST qui fut autorisé à établir une auberge, tandis qu’au bivouac de Blad-Guitoun, c’est un nommé CHAIX qui tint auberge. Ensuite, l’arrivée des Alsaciens et des Lorrains aidant, l’émigration s’intensifia.

Le séquestre général fut opéré aussitôt après l’insurrection de 1871 par Mr L’amiral de GUEYDON, qui connaissait toutes les ressources et les nombreux intérêts que présentait ce pays, et qui voulut le peupler d’Européens.

Le général CHANZY, lors de sa nomination de gouverneur général, vient visiter la plaine de l’Isser et ratifia le grand travail de son prédécesseur.

Au mois de mars 1872, les premiers colons prirent aussi possession des concessions de Bled-Guitoun (pays des tentes), le premier village créé, puis insensiblement les autres centres furent distribués.

La population totale de la plaine fut alors, à cette époque, de 3584 Européens et 7621 Indigènes.

Au tout début de la colonisation, la plaine de l’Isser était divisée en trois circonscriptions municipales, deux communes de plein exercice, qui avaient chacune un maire, des adjoints et un conseil municipal, (Bled-Guitoun et Bordj-Ménaïel) et une commune mixte ou Indigène, administrée par un commissaire civil, des adjoints européens et des présidents ou adjoints Indigènes de l’Isser.

La commune de Bled-Guitoun du ressort de la Préfecture d’Alger comprenait alors les villages de Zaâtra, Zemouri (depuis 1875), les deux hameaux d’Isserbourg, les fermes et le territoire des Issers-El-Ouidan. La population comptait 773 Européens et 3877 Indigènes ; sa superficie totale était de 11.841 hectares 12 ares 35 centiares.

Celle de Bordj-Ménaïel du ressort de la Sous-Préfecture de Tizi-Ouzou réunissait le village d’Isserville et le douar de Beni-Mekla. Sa population était de 1031 Européens et 3915 Indigènes, sa superficie totale de 12.885 hectares.

Enfin, la commune mixte ou Indigène de l’Isser, à laquelle se rattachaient les villages de Haussonviller, Kouanin, Bois-Sacré, le hameau du Cap Djinet et les douars de Bou-Berak, Ain-Mouder, Ouled-Smir, Raicha Rouafa …était également du ressort de la Sous-Préfecture de Tizi-Ouzou, d’une superficie de 45.991 hectares ; elle totalisait pour une population européenne de 578 habitants et 32 388 Indigènes.

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Présentation

  • : La confédération des Iflisen Umellil
  • : Un des objectifs est de reconstituer la grande confédération qui regroupait les 14 aarchs des Iflisen Umellil avant la colonisation française. Le but est de rétablir les liens interrompus et de promouvoir la solidarité inter-arche. Nous visons également à consolider les liens entre la diaspora et leur région d'origine. Réecrire l'histoire des Iflisen et préserver leur patrimoine matériel et immatériel .
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