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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 22:54

 

 

Le Matin

 

Le débat continue : Si Yennayer m’était conté

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Par Le Matin | 19/02/2013                        

J’entends ici apporter ma contribution au débat, passionné et passionnel, autant qu’essentiel pour éclairer la question de l’identité, qui a été provoqué par Arezki Metref, loin des propos polémiques adoptés par Zohra Mahi à cette occasion. Pour ce faire, il m’a semblé utile et nécessaire d’évacuer toute forme de passion, pour ne laisser place qu’a l’objectivité fondée sur le débat historique et scientifique.

Le mausolée d'Imadghasen, en pays chaoui.Le mausolée d'Imadghasen, en pays chaoui.

Ce que l’opinion libre, qui se veut engagée dans la perspective de reconstruction de la société, meurtrie par tant de gâchis et de retards, au-delà des calculs partisans, peut verser dans le débat, c’est d’apporter sa contribution à la tâche essentielle de comptabilisation et d’évaluation de l’échec de notre expérience d’État émergeant de la très longue nuit coloniale, et à l’élaboration de réponses efficaces. Évaluer en quoi le système de pouvoir ayant succédé à la domination coloniale avait échoué dans la construction d’un État qui devrait garantir prospérité et liberté à toutes les sensibilités et à tous les particularismes qui constituent la richesse de la société algérienne par sa diversité, tel que promis par les idéaux de novembre 1954. Nous pensons pour notre part, que la raison principale à l’échec de notre société, dans ses différentes manifestations, ne pouvait être imputée principalement à autre chose, qu’à l’évacuation du principe des droits de l’homme, au sens le plus large, de l’entreprise d’édification des institutions de l’État. Nous pensons que ce principe devrait être au centre des préoccupations de toute entreprise de mise en œuvre d’un processus d’élaboration d’une constitution. Il devrait présider à toute initiative de réformes, aussi bien à celles qui devraient être apportées aux législations organisant la compétition et la vie politique, sur les associations, sur la presse et les médias, ou à celles qui sont relatives à l’indépendance du pouvoir judiciaire, et qui devraient permettre la mise en place des règles de répartition des pouvoirs et de répondre aux aspirations démocratiques, de prospérité et de liberté de la population. À cette occasion, les grands principes fondateurs d’un nouvel ordre politique et juridique, et principalement celui des droits de l’homme, devraient être débattus dans l’espace public qu’il faudra à priori conquérir. Débattre notamment autour des sources du droit, par la place de la Chari’a et le poids des normes du droit international, les fondements du récit national ainsi que les composantes de l’identité nationale (les langues pratiquées par la population, le statut de la religion, etc.), les droits et la représentation politique des femmes, la décentralisation et la régionalisation du pouvoir, la place des partis fondés sur la religion, et surtout l’établissement d’un véritable contrôle de constitutionnalité des lois, etc.

Je propose ici, ma modeste contribution autour de la question des fondements du récit national, car, il me semble que cette question occupe une place centrale dans tout projet d’édification des institutions d’un État. En tant que référence à l’établissement d’un accord national, qui déterminera notre personnalité, où chaque citoyen pourra s’y reconnaître, sans qu’il ait le sentiment que l’on le lui impose. C’est du moins ce qui semble être le fondement même des droits de l’homme. Pour cela, il est nécessaire d’évacuer le débat passionnel, pour ne laisser place qu’a l’objectivité fondée sur le débat historique et scientifique.

Sur les fondements du récit national

1/ La schizophrénie comme mode de domination

L’assertion de l’islamologue algérien Mohamed Arkoun que "les Algériens choisiront plus qu’ils ne subiront la religion islamique" (2), qu’il prononça du reste avec très peu de conviction, est insoutenable, si on l’opposait aux différents récits de résistance à l’invasion arabo-islamique, volontairement ignorés de l’historiographie officielle nationale. Car, au moment de la renaissance de l’État algérien en 1962, l’idéologie, qui s’est emparée du pouvoir, a préféré imposer un autre récit orienté par la référence arabo-islamique contre toute évidence scientifique et fondé essentiellement sur des références mythologiques, qui couraient depuis l’antiquité, et qui seront reprises, telles quelles par des idéologues de ce pouvoir. À commencer par celui de Saint Augustin, qui rapporte au IVe siècle ap. J.-C. que les Amazighs avaient comme origine les "Chanani", c’est-à-dire des Cananéens, de la ville de Cana, en Galilée, dans le nord de l’actuelle Palestine. Ibn Khaldoun, lui emboîtant le pas, et se referrant à la mythologie biblique, affirme au XIVe siècle, que les Amazighs étaient les "enfants de Canaan, fils de Cham, fils de Noé". Ces assertions légendaires ont fait leur chemin avec bonheur, jusqu’au XVIIe siècle, où elles seront réactualisées par l’historien égyptien Mohamed Al-Bakri, qui en s’appuyant à son tour sur des légendes bibliques avance que les Amazighs descendaient de peuples chassés par les Hébreux après la mort de Djalout (Goliath), aux environs des XIe-Xe siècle av. J.-C. Ils auraient, selon lui, été conduits au Maghreb par le fils de Djalout Ifricos. Beaucoup d’idéologues algériens considèrent à leur tour, aujourd’hui encore, que les ancêtres des Algériens sont d’ethnie arabe et d’origine yéménite. Cette version mythologique du récit national sera, en concurrence permanente avec l’autre version sur le récit des ancêtres des Algériens, soutenue par la science historique, et qui aura comme conséquence une réelle perturbation schizophrénique dans l’imaginaire des Algériens aujourd’hui. Voir à ce propos les travaux de l’historienne Malika Hachid (3) sur les origines du peuplement de l’Algérie pour celui qui veut s’instruire sur la question. En fait, selon l’historienne Malika Hachid et un large consensus de la science historique, l’origine du peuplement de l’Algérie remonte bien loin dans le temps, approximativement à deux millions et demi d’années d’après les découvertes de vestiges remontant à cette période, tels, des galets taillés. Ce qui fait de l’Algérie, l’un des premiers berceaux de l’humanité. Pour l’assertion de Mohamed Arkoun, il est évident que les Algériens n’ont pas accueilli l’invasion arabo-islamique à bras ouverts. Une résistance opiniâtre et organisée s’est déroulée aussi longtemps dans le temps, et dont les échos sont parvenus jusqu’au mouvement national durant le XXe siècle, dans sa version politique, et jusqu‘à ce jour, à travers les partis politiques laïques. Parmi les plus célèbres et les plus populaires des récits de résistance à l’invasion arabo-islamique, il y a celui de la reine Kahina, que les constructions idéologiques lui avaient endossé plusieurs griefs de traîtrise, à commencer par son appartenance au judaïsme et son anti-algérianisme tout court. Alors qu’elle a défendu son territoire aux commandes de son armée avec courage et détermination, jusqu’à épuisement. Ou encore, la résistance de Koceila, à la progression de la conquête arabo-islamique vers l’ouest de l’Algérie, par son combat acharné contre Okba Ibn Nafih, qu’il poursuivit dans sa fuite, après avoir décimé son armée, jusqu’aux confins du territoire Gétule, actuelle Biskra, lequel territoire appartenant de droit au royaume de ses ancêtres les masæysiles, où La Kahina régnait sur une confédération de tributs Gétules, et où il finit par l’abattre. Il sera tué à son tour quelque temps plus tard, dans un ultime combat dans lequel il aurait mis toute son abnégation.

L’ironie de l’histoire dans cette affaire a fait du conquérant un héros, occupant une place importante dans le récit fondateur de l’État algérien, alors que le résistant Koceila, qui a défendu l’intégrité de son territoire avec tout le sens du patriotisme qui convient, fut relégué au statut de traître. Exactement, comme si, en transposant ces faits dans l’histoire contemporaine, à supposer que l’Algérie n’ait pas obtenu son indépendance, et que les Français ont réussi à faire de nous des Gaulois (sic !), on aurait considéré les partisans de l’Algérie française, y compris les harkis, comme des authentiques patriotes, et les combattants de l’ALN des traîtres à la patrie ! Ou alors, cet autre récit, aussi aberrant que les précédents, que celui de Saint Augustin, qui sous son conseil furent massacrés les donatistes, une dissidence chrétienne Amazigh, qui a voulu s’émanciper du christianisme dominant, qu’ils considéraient asservi aux puissants Romains, en lui donnant une coloration locale Amazigh plus adéquat à leurs conditions. L’idéologie religieuse chrétienne retiendra de cet épisode l’héroïsme de Saint Augustin et l’hérésie pour les donatistes. Dans une logique de patriotisme et de traîtrise, Saint Augustin pourrait être considéré, dans ce cas, comme un précurseur de la psychologie du harki, car il a trahi ses compatriotes, des Amazighs comme lui, en les dénonçant aux colonisateurs Romains, alors, que les donatistes passeront plutôt pour des martyres patriotes ayant résisté à l’idéologie coloniale romaine par la contestation de leur indépendance. Outre le fait, que ces aberrations et ces anachronismes amputent le récit national de la société de sa véritable identité, et d’affecter son imaginaire et ses représentations de soi par une schizophrénie handicapante, le citoyen se trouve même privé d’attribuer des prénoms de son choix à ses enfants, car, les autorités en charge de l’état civil le lui refusent en évoquant l’inexistence de ceux-ci dans le lexique national des prénoms. Une autre histoire, celle-là, qui est en train de défier la chronique de nos jours. À l’évidence, non pas seulement, que l’Algérie subira la domination arabo-islamique avec violence, et qu’elle lui imposa son idéologie comme unique source de son récit national et de son identité de base, avec la conquête des armées arabo-islamiques depuis le VIIe siècle de l’ère chrétienne. Mais elle va la subir encore une deuxième fois, par la même méthode violente, avec la conquête idéologique du système de pouvoir cette fois, qui présida à la renaissance de l’État algérien depuis 1954, et qui perdure à ce jour, toujours en usant de la même méthode ; Violence et instrumentalisation à des fins de domination, par l’exclusion ou la soumission. De ce fait, l’Algérien sera en permanence, privé d’accès aux véritables composantes de son récit national, et sera forcé à endosser une identité qui le contraindra à subir une situation psychologique schizophrénique, l’empêchant de pouvoir élaborer une assise à sa personnalité et d’en jouir intégralement.

2/ L’Algérie, haut lieu du cosmopolitisme universel

La richesse du peuple algérien se mesure à son fort taux de métissage et de multiculturalisme, qui fait de lui l’un des plus hauts lieus du cosmopolitisme universel, depuis l’antiquité. Ainsi, les Égyptiens, les Hébreux, les Grecs, les Phéniciens, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Espagnoles, les Ottomans, les Français, et autres Maltais, Portugais, Africains subsahariens…, ont contribué à l’élaboration de ce haut lieu de la culture cosmopolitique universelle. " …à partir de l’antiquité, le destin du peuple des Imazighen se trouve au confluent de toutes sortes d’interférences physiques, politiques, économiques, culturelles et cultuelles avec l’ensemble des populations méditerranéennes, en particulier celles qu’il rencontra, de gré ou de force, à l’occasion de leur passage en Algérie, sur fond de convoitises permanentes." (4) La conquête arabo-islamique, de l’avis des historiens, n’a pas déplacé de nombreuses populations, et l’invasion hilâlienne s’avère être plus une exagération mythique au service de l’idéologie, qu’une réelle colonisation de peuplement. Au plus, les Arabes de souche se trouvaient surtout au commandement, à la tête de ces armées conquérantes, secondées par des hordes de mercenaires, à qui, étaient promises une part de butin des razzias qu’entreprenaient systématiquement ces conquérants sur leurs passages destructeurs et meurtriers. Il conviendrait de considérer les Algériens d’aujourd’hui, pour être plus plausible, comme étant majoritairement des Amazighs confrontés en permanence au dialogue interculturel (5), par leur position géostratégique au confluent entre méditerrané, proche orient et Afrique, et fortement acculturés par la culture arabo-islamique, que de les assimiler à des Arabes, ce qu’ils ne sont pas en réalité.

3/ Le récit national ne peut s’acheter au "supermarché" de l’histoire

Le récit dominant imposé par le pouvoir algérien, qui fait coïncider le début de l’histoire de l’Algérie et le point de départ de la constitution de son État avec l’avènement de l’Islam, est une interprétation absurde et anachronique ! "Dans l’antiquité, il n’y avait certes pas d’État algérien, parce que les nations et les États modernes n’existaient pas tout simplement, pour des raisons qui relèvent, non de l’histoire, mais des préoccupations de pouvoir s’articulant sur l’idéologie." (6) Alors, que les États et les Nations n’ont commencé à se former que bien plus tard. En France, ce n’est qu’à partir du XVe siècle que commença à se cristalliser l’idée de la Nation française, les États-Unis d’Amérique en 1776 et plus récemment encore l’Italie qui réalisa son unification qu’en 1870. Cependant, selon l’avis du grand géographe et spécialiste du Maghreb Yves Lacoste, les frontières du Maghreb entre l’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont les plus anciennes frontières des États du monde. En fait, c’est aux environs des IVe-IIIe siècles av. J.-C. (7) qu’apparaissent nettement des entités politiques avec des frontières distinctes en Afrique du Nord. Elles peuvent être ramenées à trois royaumes : à l’Ouest, le royaume des Maures (le Maroc actuel) approximativement dans ses frontières contemporaines. Le royaume des Masaesyles partageait ses frontières à l’Ouest avec celle des Maures, et à l’Est avec celle du royaume des Massyles, qui représentait le territoire de la Numidie, qui partageait de son côté ses frontières à l’Est avec les territoires contrôlés par Carthage, qui deviendra la Tunisie actuelle. Certes, les frontières entre ces États n’ont pas cessé de connaître des fluctuations au gré des rapports de forces qu’ils exerçaient les uns contre les autres, tout le long de l’histoire. Néanmoins, la configuration globale héritée de cette époque ne cessa de tendre vers leur stabilisation au cours de l’histoire jusqu'à leur tracé actuel. Cette logique ne s’appliquera pas, cependant, à la frontière qui sépare les royaumes Massyle et Massaesyle. L’évolution de ces deux royaumes connaîtra un sort particulier. La frontière, qui les sépare et que l’on situe à l’embouchure d’oued El-Kébir, disparaîtra souvent à l’occasion d’unifications provisoires de ces deux royaumes, au profit de l’un ou de l’autre, par l’annexion du territoire du vaincu au cours de guerres fratricides interminables entre eux. C’est ainsi, que le royaume Massaesyle sous le règne de son roi Syphax, qui recouvrait la plus grande partie du nord de l’actuelle Algérie, incluant le Sud constantinois, appelé le pays des Gétules, s’étendit à la fin du IIIe siècle av. J.-C sur la totalité de son territoire, suite à la conquête qu’il réalisa du royaume Massyle de Massinissa. Le royaume Massaesyle eut pendant cette période deux capitales, l’une à l’Ouest Siga et l’autre à l’Est Cirta, toutefois en gardant le siège du pouvoir central en oranie. À son tour, le roi Numide Massinissa, annexa une grande partie du territoire Massaesyle vers la moitié du IIe siècle av. J.-C, après avoir pris le dessus sur son rival Syphax. Peu après, lorsque Scipion, à la tête de l’armée romaine écrasa l’armée carthaginoise commandée par Hannibal, une longue période de dépendance politique de l’Afrique du Nord commence. Mais l’imaginaire, les représentations de soi et de l’espace, les constituants de la mémoire collective des Algériens seront sensiblement structurés autour de l’unité réalisée au cours de sa période de formation initiale, dans la rivalité entre ses deux versants Massaesyles et Massyles. Leur culture, leur langue et leurs traditions ont subsisté jusqu'à nos jours. Cependant, ils continueront à s’enrichir un peu plus, à chaque fois, par l’apport des civilisations qui se sont succédé sur leur territoire, particulièrement par la culture de la civilisation arabo-islamique, qui a duré le plus longtemps, et dont l’influence sera la plus significative. On ne peut dans ce cas, à la lumière de son évolution historique, se permettre de réduire le récit national du début de l’histoire de l’Algérie et le point de départ de la constitution de son État avec l’avènement de l’Islam, et renvoyer la période antérieure de son passé à une quelconque jahiliya, selon la terminologie du lexique arabo-islamique. "Il ne saurait y avoir, quoi qu’imaginent certains, de supermarché de l’histoire où chacun remplirait, plus ou moins gratuitement, son couffin de sa part d’histoire, pour en priver d’autres, les culpabiliser, les humilier, les agresser ou les soumettre." (8)

Youcef Benzatat

Références :

(1). Notre article, Demain la Révolution, Le Quotidien d’Oran, 04 août 2011

(2). Mohammed Arkoun, Essais sur la pensée islamique, Maisonneuve et Larose, Paris, 1984

(3). Malika Hachid, Les Premiers Berbères. Entre Méditerranée, Tassili et Nil, Ina-Yas / Edisud, Aix-en-Provence, 2000

(4). Smail Goumeziane, Algérie, l’Histoire en héritage, Alger, Edif 2000, 2011

(5). Notre article, En finir avec la culture des préjugés, Le Quotidien d’Oran, 14 Juillet 2011

(6). Gilbert Meynier, L’Algérie des origines, de la préhistoire à l’avènement de l’Islam, Paris, la Découverte, 2007

(7). Gilbert Meynier, op. cit.,

(8). Smail Goumeziane, op. cit.,

 

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Débat sur Yennayer : le Dr Boudarène réplique à Zohra Mahi

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Par Le Matin | 20/02/2013

Le débat sur Yennayer inauguré avec le papier d'Arezki Metref suscite une foule de réactions, de commentaires. C'est dire que croiser les opinions des Algériens sur l'identité est toujours exaltant. C'est dire aussi que rien n'est réglé en la matière. Nous avons ouvert notre journal en ligne à tout le monde. Zohra Mahi a apporté sa réplique à ses détracteurs. Aujourd'hui, c'est l'un d'eux, Mahmoud Boudarène, qui lui répond.

Un jeune militant amazighUn jeune militant amazigh

Madame l’avocate,

Votre état d’âme ne m’intéresse pas. Vous êtes déçue, c’est votre problème. Quant à moi, vous ne me décevez pas puisque je ne me faisais pas d’illusion et que je savais que vous n’alliez pas enfourcher le cheval de la revendication identitaire berbère. Et pour cause…

Voilà que vous m’interdisez, parce que je suis médecin, de m’impliquer dans un débat qui me concerne au plus haut point – vous me renvoyer à mes malades – pendant que vous, vous vous autorisez à le faire. Vous faites effraction dans un article de journal, qui informe l’opinion publique nationale sur un événement qui s’est déroulé à des milliers de kilomètres de chez nous, en prenant à partie l’auteur de cet écrit et vous vous étonnez que d’autres personnes en fassent de même. Quelle mouche vous a donc piquée pour que vous quittiez votre robe noire et que vous vous immisciez dans une polémique (vous l’avez appelé comme cela) qui ne peut naturellement pas intéresser une femme du barreau. Ce qui est donc permis pour l’avocate oranaise ne le serait pas pour le médecin kabyle. C’est là le travers propre aux intellectuels crispés – je dirais plutôt aux universitaires, et ils sont nombreux – qui ont la conviction que leur opinion est au dessus de tout, qu’ils détiennent la vérité sur tout, et qui ne supportent pas la contradiction parce que celle-ci surprend le personnage dans son ego démesuré et le débusque dans sa blessure narcissique.

Vous aggravez votre cas en vous abîmant dans des contre-vérités. Je n’ai pas dit que seule la dimension berbère de l’Algérie doit triompher et je n’ai pas dit, non plus, que je suis partisan de la race pure. Pour la simple raison que le concept de race est pour moi chauvin, en tout cas désuet, et que je crois aux vertus des brassages ethniques. Quand à la dimension arabe de notre pays, je la défendrais dès lors que cette revendication est apaisée et qu’elle perd son hégémonie et sa volonté de dévorer mon identité amazighe. Mais voilà qu’en personne souple d’esprit, vous pensez à ma place, à moins que vous ne vous permettiez de vous mettre dans le fauteuil du psy… Vous employez des arguments pour faire accroire que la revendication amazigh a des visées puristes et séparatistes (un phantasme). Une mystification de plus pour diaboliser toute volonté d’expression de l’identité amazigh. Vous avez surfé sur les festivités de Yennayer (et non naïr, ne vous en déplaise) pour fustiger et étouffer, en gardien du temple arabo-arabe, toute manifestation de la différence amazigh.

Non Madame, débattre de l’identité de ce pays n’est pas une galère. Elle l’est pour vous, sans doute, puisque ce débat contrarie des certitudes sur lesquelles vous vous êtes bien assise. Pour moi, ce débat est un devoir sacré, un combat permanent. Il est un objectif, une mission de survie pour tous ceux qui veulent la vérité et qui rejettent le mensonge sur ce sujet. L’identité nationale ne doit pas être l’otage de ceux qui, mus par l’imposture, veulent falsifier l’Histoire parce que celle-ci ne les accommode pas. Vous êtes arabo-berbère pour la circonstance et vous vous appropriez la "particule berbère" non pas parce que vous vous y identifiez mais parce que vous la vivez comme un danger. Une appropriation (revendication) qui ne vaut que parce qu’au fond de vous-même vous avez le désir de la neutraliser, de réduire cette menace hypothétique que représente dans votre phantasme (encore un) l’identité amazigh. Faire cohabiter (dans votre discours) les deux dimensions est une bonne stratégie pour ce faire. Je ne sais pas d’ailleurs si vous auriez accepté ce concubinage s’il avait pour dessein de faire absorber (de phagocyter) l’arabe par tamazight.

Vous savez, Madame, ce débat me met mal à l’aise. Vous manifestez un aplomb impertinent, une posture qui cache mal votre malaise car il est évident que mon écrit a jeté le doute en vous et que vos certitudes ont été secouées. Je ne vais pas faire de pédagogie et je vous épargne volontiers le cours d’histoire de la Numidie. Vous savez tout cela puisque vous reconnaissez que vous avez des gènes berbères… même si votre personnalité est arabe que vous assumez la culture française avec un zest de judaïté. Vous ajouteriez que vous êtes turque, byzantine, vandale ou encore romaine que cela ne me gênerait pas. En particulier si la réclamation de cet assortiment identitaire pouvait être crédité d’un soupçon de sincérité de votre part ; mais aussi et surtout parce que je pense que ce métissage supposé peut, tout de même, avoir une part de réalité. J’aurais applaudi et je vous aurais félicitée d’être le résultat de ce beau mélange. Il y a un mais… Je crois que vous êtes en effet (et malheureusement) plus à l’aise à revendiquer cette multi appartenance culturelle qu’à vous sentir profondément enracinée dans votre socle identitaire originel. Votre rejet viscéral de votre filiation première, amazigh – vous n’êtes pas seule dans ce cas – mérite un profond examen de conscience. La "haine de soi" – il s’agit de cela – fait perdre son âme à celui qui la nourrit. Elle fait de lui non pas un spadassin mais un mercenaire au service de ceux qui ont programmé son malheur. Vous m’en voyez désolé, Madame, je ne m’inscris pas dans cette état d’esprit.

Docteur Mahmoud Boudarène

Psychiatre

 

 

 

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Yennayer à Tripoli Par Arezki Metref

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Par Le Matin | 11/02/2013 19:50:00 |
Yennayer à Tripoli Par Arezki Metref

Alors là, je suis tombé de haut, vraiment de haut ! La célébration de Yennayer s’est déroulée, cette année à Tripoli, non pas dans la clandestinité la plus totale comme du temps de Kadhafi, mais dans un stade, carrément dans un stade ! Dans aucun pays ça ne se passe comme ça. Pas dans une cave, ni une salle dérobée, ni un terrain vague à l'abri des regards. Non, un stade ! Un vrai ! Pourrait-on imaginer, par exemple, un Yennayer grandeur nature au stade du 5-Juillet à Alger ? Evidemment non, je crains ! Méga-concert, feux d’artifice, houle de drapeaux ! Et parmi les artistes amazighs de plusieurs pays, notre Takfarinas national ! J'en écarquillais les yeux. Ou plutôt j'en ouvrais grand les oreilles car c'est Ramdane Achab qui racontait son voyage. Il rentrait de Libye où il avait été invité dans le cadre d'un forum organisé entre autres par le Congrès mondial amazigh (CMA), désormais présidé par le charismatique Libyen Fethi N'Khalifa, consacré aux droits constitutionnels de la communauté amazighe de Libye. Pied-de-nez à l'histoire, la conférence s'est tenue au Palais du Congrès général national (CGN) à Tripoli, là où précisément Kadhafi s'était réfugié lors des bombardements de l’OTAN, le site étant sécurisé par la présence de journalistes étrangers. Le palais présentait aussi, semble-t-il, l'avantage d'abriter un passage souterrain dissimulé.

Militant berbère de longue date, linguiste, Ramdane Achab avait dans ses bagages des exemplaires de quelques livres dont il est l'éditeur. Le Dictionnaire de berbère libyen (Ghadamès) de Jacques Lanfry dont il a offert un exemplaire au président de l'Assemblée nationale libyenne. Le «Manuel didactico-pédagogique d'initiation à la langue berbère de Kabylie d'Amirouche Chelli, et Langue berbère : initiation à la notation usuelle en caractère latin dont il est lui-même l'auteur. Tripoli ! Au passage, il convient de rappeler que dans le passé, si on appelait tous les Berbères, des Libyens – d'où l'origine de l'adjectif libyque — c'est parce que la tribu amazighe Lebbou a donné ce générique. L'arasement arabe, puis le long et dur règne de Kadhafi et son zèle dans le déni identitaire ont tenté de gommer cette histoire. En vain, si on en juge par l’éclatant succès de cette manifestation. Le forum auquel étaient conviés Ramdane Achab ainsi que de nombreux Amazighs originaires du monde entier, représentants du mouvement associatif, experts, militants, universitaires, artistes, mais aussi des représentants des missions diplomatiques en Libye (ambassadeurs, consuls), et même un représentant de l’ONU, coïncidait avec la célébration de Yennayer. «Ambiance survoltée», raconte Ramdane Achab, «Je n'ai jamais vu ça ! Ça ressemblait à la Kabylie à la puissance 1 000 dans ses plus beaux jours.» Et il continue : «Drapeaux amazighs partout y compris sur les chars, dans les mains des militaires tous amazighs. » Toute la communication autour du forum, affiches, badges, tee-shirts des hôtesses étaient imprimés en trois langues : tamazight en caractères tifinaghs, arabe et anglais. Les officiels libyens, et il y en avait un paquet, se sont engagés à accorder à tamazight le statut de langue officielle. Le président de l'Assemblée nationale, fondateur du Parti du Front national, en charge de la fonction de chef de l’Etat, Mohammed Youssef el-Megaryef, a commencé son allocution par «Azul fellawen, tanemmirt». Il ne prend pas de détour : il appuie la revendication de tamazight reconnue par la Constitution comme langue officielle.

Les autres officiels n'ont pas été en reste. Il y avait là le ministre des Ressources hydrauliques Alhadi Suleiman Hinshir, la vice-ministre de la Culture Awatef Atashani, le ministre de la Justice Salah Bashir Margani, ce dernier représentant le Premier ministre Ali Zeidan. Mais la grande surprise ce fut l'hymne national exécuté d'abord en tamazight, puis en arabe à l'ouverture de la conférence. Ramdane Achab raconte un moment fort : «Vers la fin de la conférence, une vingtaine de représentants politiques (locaux, nationaux, parlementaires) des 11 régions amazighes de Libye se sont présentés pour lire le communiqué final du forum. Une femme, Sanaa Mansouri, l'a fait en tamazight, et un homme ensuite, Tarik El Atoushi, en arabe. Le texte pose cinq conditions concernant tamazight dans la nouvelle Constitution. Ils disent que si ces conditions ne sont pas satisfaites, non seulement ils ne reconnaîtront pas la Constitution, mais ils ne reconnaîtront pas l'Etat lui-même. La lecture de ce communiqué s'est faite en présence des officiels, président de l'Assemblée nationale, etc.» Parmi les conditions posées, une, certainement inattendue : la reconnaissance par la Constitution du rite ibâdite. On voit bien qu'il y a du changement. Et quel changement ! Du chaos libyen, quelque chose est en train de naître. Ou renaître. Le pays plombé dans sa pulsation historique par le bulldozer arabiste de Kadhafi renaît de ses cendres, et promet même d'être l'épicentre d'une renaissance de la reconnaissance berbère. Toutes les personnes qui ont assisté à ce Yennayer à Tripoli en sont revenues persuadées.

Par Arezki Metref

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

lol 13/04/2017 20:36

Les cananeen sont les ancêtres entre autres des palestiniens. Or la langue parlée des palestiniens et d'une grande partie du moyen orient est l'arabe. Idem pour les Phéniciens: les descendants des phéniciens sont les libanais, et ceux ci parlent aussi l'arabe. Ce que je veux dire par là c qu'aucun des peuples cités ci dessus ne parlaient le AMAZIGH donc dire qu'il y a un lien entre amazigh et cananéens est pure invention. Votre langue est arrivée bien apres au Maghreb. Autrefois St Augustiin ne parlait il pas le phenicien? quand nous etudions le phenicen, nous voyons qu'il y a enormement de mots phenicien qui ressemblent à l'arabe. Pour moi, il ne fait pas de doute que la langue parlée au Maghreb était le phenicien, ancetre de l'arabe. Autrement dit nos ancetre parlaient la derja actuelle, ni plus ni moins.
Quand aux tentatives par certains berberistes de rattacher le patrimoine culturel et historique egyptien à la culture berbere, c'est tout simplement grotesque.
Je ne comprend pas pourquoi les berberes essaient de détourner l'histoire et de s'approprier celle des autres. Si vous voulez comprendre d'où vous venez, commencez par faire des recherches généalogiques et vous seriez très surpris.beaucoup de Kabyles ont des origines turques, d'autres sont venus de Seguiet hamra pendant les invasions musulmannes, et d'autres aussi ont des origines syriennes comme la famille Mehenni (dirigeant du MAK lol..), et enfin, il ne vous aura pas échappé que beaucoup de Kabyles sont typés asiatiques, tout simplement parce que durant la conquête musulmane du maghreb, une bonne partie de l'est algérien (Kabylie comprise) a été colonisé par des tribus venant du Khorossan (khazakhstan, ouzbekistan etc...). beaucoup de mots Kabyles sont des mots ouzbeks ou khazaks.
Alors faire remonter votre généalogie aux Egyptiens, cananéens ou phéniciens, là je dit stop au mensonge et à la désinformation.
La fête yeneyer, une fête ottomane? possible! yeni veut dire nouveau en turque et eyer veut dire mois en turque aussi. donc en clair cela veut dire nouveau mois en turque.
Faites des recherches sur l'ethymologie des mots KAbyles et vous y trouverez de nombreuses surprises.
A bon entendeur...

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