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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 21:51

L'Expression

AU LENDEMAIN DU DÉCÈS DE L'ARTISTE

La Kabylie pleure Chérif Kheddam

Par
Un artiste au nationalisme à fleur de peauUn artiste au nationalisme à fleur de peau

Une journée de deuil et d'évocation dont les trois chaînes de radio: Radio nationale Chaîne II, Radio Soummam et Radio Tizi Ouzou se sont fait le devoir de répercuter l'impact

Hier, la voix de Chérif Kheddam résonnait continuellement un peu partout en Kabylie, et elle côtoyait merveilleusement celle de Matoub Lounès, dont c'était l'anniversaire de la naissance. C'est donc à une journée particulière à laquelle ont eu droit les citoyens de cette région de l'Algérie profonde. Deux artistes dont l'un a sacrifié sa vie pour l'art et la chanson et l'autre l'a donnée pour que l'Algérie de demain soit prospère. Une journée de deuil et d'évocation dont les trois chaînes de radio: Radio nationale Chaîne II, Radio Soumam et Radio Tizi Ouzou se sont fait le devoir de répercuter l'impact. Ces dernières se sont évertuées à faire de cette journée une sorte de portes ouvertes sur Chérif Kheddam dont les chansons n'ont pas cessé d'être diffusées tout au long de la journée. Les chefs-d'oeuvre musicaux de Chérif Kheddam étaient diffusées sans interruption et elles s'alternaient de temps à autre avec celles, non moins immortelles de Matoub Lounès. Il y avait de l'émotion. Il y avait de la tristesse mais il y avait surtout une certaine dose de joie due au fait que des artistes puissent unir à ce point des citoyens d'un même pays que tant de faux problèmes avaient divisés auparavant. Finalement, qui mieux qu'un artiste pourrait créer une telle communion et une telle symbiose désintéressée devant un événement inévitable de la vie. Hier donc, dans la ville de Tizi Ouzou, on écoutait la voix de Chérif Kheddam qui fusait des magasins, des disquaires, des véhicules et d'un peu partout. A la Maison de la culture, les chansons de Chérif Kheddam étaient diffusées à gros décibels tout au long de la journée. Même à l'Assemblée populaire de wilaya où, la veille, les débats étaient menés à couteaux tirés, hier, Chérif Kheddam, même absent a su ramener un brin de tendresse et la hache de guerre a été enterrée le temps d'une minute de silence et d'une évocation. Les élus à l'APW, qui étaient en session extraordinaire, ont même eu droit à un extrait de la chanson de Chérif Kheddam Lezzayer inch Allah atsehlu.
Dans les rédactions des chaînes de radio d'expression kabyle, on n'avait d'yeux que pour Chérif Kheddam. Chérif Mameri, figure fétiche du journalisme en langue amazighe, était ému hier après la mort du maitre de la chanson kabyle. Il nous a dit ne pas pouvoir oublier le numéro spécial de l'émission télévisée, Tamurt negh, qu'il a animée en hommage à Chérif Kheddam. C'était en 2006. Son équipe de télévision s'est déplacée au village natal de Chérif Kheddam, se souvient Chérif Mameri. Ce dernier a aussi été reçu par l'artiste en son domicile à Bouzaréah sur les hauteurs d'Alger où, avec modestie et passion et sans façon, il s'est confié au journaliste qui était déjà l'un de ses fans inconditionnels. «J'ai été marqué par sa simplicité alors qu'il était un géant de la musique. Il avait un sens de la communication. C'était vraiment un artiste. Un vrai. Lors de cette émission, Chérif Kheddam n'a pas du tout été avare puisqu'il nous avait remis des enregistrements inédits dont un en pleine répétition avec l'orchestre philarmonique. En parlant, Chérif Kheddam n'avait aucunement recours à la langue de bois». Le journaliste Chérif Mameri nous a confié que ce qui l'a frappé chez Chérif Kheddam, c'était surtout son air jovial. Chérif Kheddam avait toujours le sourire esquissé et disait tout avec joie et sens de l'humour. La journaliste Zohra Ferhati, qui a réalisé une émission radio de quatre-vingt dix minutes en 1994 sur Chérif Kheddam abonde dans le même sens. L'émission, réalisée par Meziane Rachid, faisait alterner des reportages audio sur le poète d'Ath Bou Messaoud et le regretté commentait à chaque fois ce qui était rapporté au sujet de son parcours, de sa vie et de son oeuvre. Zohra Ferhati dit ne pas pouvoir oublier la disponibilité de ce grand artiste. Mais, ajoute-t-elle non sans émotion, elle a été frappée par l'attachement que vouait Chérif Kheddam à la terre en dépit du niveau qu'il avait atteint sur le plan musical. «Il était resté un Kabyle», souligne-t-elle. Zohra Ferhati rappelle que c'est Chérif Kheddam qui a introduit les nouvelles techniques modernes à la chanson kabyle en y introduisant notamment l'orchestration qui n'existait pas auparavant. «J'ai retenu le fait que Chérif Kheddam parlait avec une grande douceur. Il était très sensible. C'était un monument», conclut Zohra Ferhati. Un dernier témoignage, inévitable pour évoquer la mémoire de Chérif Kheddam. C'est celui de l'un de ses élèves, le chanteur Rabah Ouferhat, auteur de la célèbre chanson Tala y lughen. C'était en 1972. Rabah Ouferhat était élève en première année secondaire au lycée de Bordj Menaïel. Muni de sa guitare, Rabah Ouferhat se présente au siège de la Radio Chaîne II à Alger. L'émission, c'était: Les chanteurs de demain qui était animée par le trio Chérif Kheddam, Mohamed Belhanafi et Medjahed Mohamed, le cousin du chanteur Hamid. Ce jour-là, l'adolescent et élève Rabah Ouferhat découvre le maitre Chérif Kheddam: «Une semaine après mon passage à son émission, Chérif Kheddam a mis à ma disposition l'orchestre de la Chaîne II et j'ai enregistré au niveau de l'auditorium de la radio. Grâce à lui bien sûr.» Qu'est-ce qui a été retenu par Rabah Ouferhat de la personnalité de Chérif Kheddam? Il répond: «Il était rigoureux dans le travail. Il était direct. Il était également à cheval sur tous les critères qui étaient en rapport avec la chanson.» Notre interlocuteur ajoute que Chérif Kheddam insistait toujours sur le fait qu'un artiste doit rester modeste quoi qu'il en soit et qu'il ne devrait pas se prendre pour ce qu'il n'est pas. Rabah Ouferhat décrit Chérif Kheddam comme étant un vrai modèle des anciens maîtres d'école. Notre témoin ajoute que Chérif Kheddam vivait de manière effacée et qu'il ne fréquentait pas le milieu des artistes. «Ceux parmi les artistes qui étaient très proches de Chérif Kheddam sont le poète Mohamed Belhanafi, Medjahed Hamid, Dalil Omar et Habib Mouloud», conclut Rabah Ouferhat qui parle toujours comme un élève devant son maître quand il s'agit d'évoquer Chérif Kheddam.

 

 

El Watan

Il est décédé hier à Paris (France)

Cherif Kheddam s’éteint à l’âge de 85 ans

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le 24.01.12 | 01h00

La chanson algérienne est en deuil. Le célèbre auteur-compositeur Cherif Kheddam a tiré sa révérence, hier en début d’après-midi, dans une clinique du XVIe arrondissement de Paris, en France, suite à une maladie qui l’a cloué au lit pendant plusieurs mois.

Il suivait des séances d’hémodialyse pour insuffisance rénale. Il s’est éteint à l’âge de 85 ans, laissant dernière lui une œuvre incomparable réalisée durant plus d’un demi-siècle de carrière dans la chanson. La nouvelle de sa disparition est tombée tel un couperet dans le milieu artistique qui se trouve, désormais, orphelin de son maître, Cherif Kheddam, qui a marqué de son empreinte un riche itinéraire, notamment en matière de composition musicale. «Les auditeurs, comme nous tous ici, sont abattus et ne cachent pas leur tristesse. Demain, nous organiserons une émission spéciale dès le matin sur Cherif Kheddam et son parcours. Nous essayerons d’informer nos auditeurs sur le déroulement de la levée du corps. Cet après-midi nous avons été débordés par les réactions du public qui nous écoute», nous a déclaré Idir Djouder, responsable d’une radio communautaire kabyle à Paris que nous avons joint, hier, par téléphone.

Cherif Kheddam est né le 1er janvier 1927 à Aït Bou Messaoud, un village situé à Iferhounène, à 60 km au sud de Tizi Ouzou. Après avoir fait des études coraniques à la zaouïa de Boudjellil, dans la région de Tazmalt, à Béjaïa, il s’était rendu dans la capitale pour travailler comme journalier, en 1947. Quelques années plus tard, notamment après le déclenchement de la guerre de Libération, il se lance dans la chanson lors de soirées animées dans des cafés de la capitale. A Alger, il prend des cours de solfège et de musique orientale. Il puise des notions qui le propulsent remarquablement en peu de temps. Cet enfant d’Iferhounène, en Grande-Kabylie, se distingue dès ses premières chansons. Ainsi, en 1956, il fait parler de lui à la sortie d’un disque où l’on trouve des textes qui donnent des frissons au public comme A Yeliss Netmouthiou, Lemri.

Il chante, sur une musique où se distingue cette touche de raffinement dont manquait le patrimoine local, plusieurs thèmes comme l’amour, l’exil et la misère sociale. En 1963, il rejoint la Chaîne II de la Radio algérienne (RTA), où il anime une émission pour la découverte de jeunes chanteurs. C’est lui, d’ailleurs, qui a découvert le talent de plusieurs artistes, dont Lounis Aït Menguellet, Ferhat Imazighene, Imoula, Idir et tant d’autres dont la notoriété est actuellement établie aussi bien en Algérie qu’à l’étranger.
Cherif Kheddam a animé son dernier concert en 2005, à la Coupole d’ Alger, à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de sa carrière. Notons que plusieurs hommages lui ont été rendus, notamment par Nouara qui, à chaque concert, a une pensée particulière pour son maître.

Lors de son dernier spectacle à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, l’année dernière, la diva de la chanson kabyle lui a, d’ailleurs, rendu un émouvant hommage, plein d’émotion, où elle n’a pu s’empêcher de verser des larmes.

Hafid Azzouzi

 

DDK

 

Ce n’est qu’un départ...

Par

Disparu avant-hier, Chérif Kheddam a marqué profondément la scène culturelle kabyle pendant plus d’un demi-siècle.

Lorsqu’on évoque son nom, c’est inévitablement au musicien qu’on pense en premier lieu. C’est que ses notes et ses partitions sont d’une prégnance assez forte pour marquer le plus béotien d’entre les auditeurs. Il est maintenant établi que c’est lui qui a mis sur l’orbite de la modernité la chanson kabyle avant que perce d’une manière éclatante la génération des années 1970 avec Idir, Ferhat Imazighen Imula. Il a, de ce fait, innové d’une façon extraordinaire dans le domaine musical si bien que beaucoup de gens “oublient” que ses musiques sont montées sur des chansons, c’est-à-dire des poèmes. Et dans ce chapitre précis, Chérif Kheddam s’est révélé un grand poète lyrique et romantique qui a composé des textes que ni le temps ni les vicissitudes de la vie ne pourront effacer. Son répertoire est d’une diversité étonnante. L’auteur a chanté l’amour avec une rare sensibilité dans des tableaux magnifiques pleins d’émotion et de subtile tendresse. Il a chanté la patrie, l’Algérie, la Kabylie, avec la conviction inébranlable d’un patriote doublé d’un esthète éclectique, ce qui lui a permis de fouiller dans les pierres, les ravins et les monts du pays, de héler à partir des buttes et des collines ses compatriotes exilés en ville ou à l’étranger, de chanter le hosanna pour le basilic du jardin, la rose des haies, l’herbe des prés, l’arbre des forêts et les cailloux des sentiers et des raidillons. Né le 1er janvier 1927 au village des Ath Bou Messaoud (Ferhounène), dans la wilaya de Tizi Ouzou, Chérif Kheddam est l’aîné de cinq enfants dont le père, Omar, ne savait ni lire ni écrire, mais, muezzin, il était un homme pieux et respecté. Achour Cheurfi donne une biographie assez complète du chanteur dans son Dictionnaire biographique des écrivains algériens (Editions Casbah, 2003). Il nous apprend que Chérif Kheddam appartient à une modeste famille maraboutique affiliée à la confrérie des Rahmania. En 1932, le père émigre en France, et à son retour en 1936, il décide d’envoyer son fils à l’école française située à 17 km. Toutefois, les conditions étant dures, il change d’avis et l’envoie chez Cheikh Oubelkacem de la zaouïa des Boudjellil, située en face de Tazmalt, dans la wilaya de Bgayet. “C’est à la zaouïa, en internat, que l’on apprécie sa voix pour la première fois en psalmodiant le Coran”, écrit A. Cheurfi. En 1942, il termine son cours coranique après avoir appris par cœur les soixante versets du Coran. N’ayant pas d’occupation précise au village, il finit par débarquer à Alger à l’âge de 12 ans pour travailler comme journalier dans une entreprise de construction à Oued Smar. Il y reste trois années pendant lesquelles il fait connaissance avec des militants nationalistes et prend conscience des rapports de domination établis entre les colons et les “indigènes”. Suite à une dispute avec son patron, il quitte Oued Smar pour se rendre en métropole en septembre 1947. Il s’établit à Saint-Denis puis à Epinay. De 1947 à 1952, il exerce dans une fonderie et, de 1953 à 1961, dans une entreprise de peinture. Parallèlement à son dur métier, C. Kheddam prend des cours de solfège le soir chez des particuliers. On le retrouve en 1954 au sein d’une troupe de musiciens qui jouait dans des cafés. Accompagné de leurs morceaux, Chérif chantait. Il lui arrivait de taquiner la muse en grattant la guitare au milieu du groupe. Ses compagnons artistes se rendent compte que son passage par la zaouïa n’était pas inutile puisque sa voix était déjà travaillée par l’exercice de la psalmodie. Cheurfi écrit à ce sujet : “Mais, ayant rompu avec le sacré, rien ne lui interdit de prendre en charge le profane. Parce qu’il ne pouvait pas se dresser comme son père au faîte d’un minaret, il chercha donc, par des voies détournées, comment agencer des notes de musique et plus tard diriger un orchestre.” Tahar Djaout écrit à propos de l’exil de Chérif Kheddam : “C’est en France où il arrive à l’âge de 21 ans qu’il découvre vraiment l’art : la chanson maghrébine, arabe ou occidentale, les films égyptiens. Chérif Kheddam s’intéresse à tout cela de façon presque ludique. S’il y a chez lui une “arrière-pensée” professionnelle, il ne se prend pas pour autant au sérieux, ne pense pas pouvoir un jour vivre de l’art. Pour la chanson kabyle de l’époque, la scène était occupée par Slimane Azem, Cheikh El-Hasnaoui et Alloua Zerrouki. (...) Tout en demeurant sensible à toute belle musique, Chérif Kheddam se sent de plus en plus attiré par l’art occidental. Il découvre la musique classique, s’en imprègne, éprouve pour elle un grand penchant.” (Ruptures, n°3 du 27 janvier au 2 février 1993). C’est en 1955 qu’il compose sa première chanson A yellis n’tmurtiw enregistrée le mois de juillet sur un disque 78-tours grâce au concours d’un ami français, libraire de profession, qu’il avait connu en 1949 à Montmorency. Ce premier enregistrement fut réalisé à compte d’auteur au prix de 600 francs anciens.

L’ascension depuis A yellis n’tmurtiw

La diffusion du disque par la RTF (Radio-Télévision française) lui assura un certain succès. Remarqué dès cette première œuvre, Chérif Kheddam fut recommandé à la boîte Pathé-Marconi EMI (filiale italienne) qui lui établit un contrat en 1956. Il compose pour Radio Paris, puis pour l’ORTF plusieurs morceaux exécutés par le grand orchestre de la radio sous la direction de Pierre Duvivier. D’autres pièces sont interprétées en 1963 par l’orchestre de l’Opéra comique. “Dès ses débuts, écrit Tahar Djaout, Chérif Kheddam a été considéré comme un révolté, un enfant indocile qui bouscule les conventions et les tabous. Dans une société aussi austère que la société kabyle traditionnelle, où la beauté même est suspecte, les chansons de Chérif Kheddam ont paru, à la fois par leur élaboration harmonique et leurs thèmes souvent hardis notamment dans le registre amoureux, déroutantes, presque inconvenantes. Mais du côté de ses confrères chanteurs, on a compris que la démarche de Chérif Kheddam est une démarche d’avenir. Son exemple ne tarde pas à être suivi. A tel point qu’une sorte d’école s’est constituée juste après l’indépendance.” Chérif Kheddam acquiert les bases de la musique orientale auprès du grand Mohamed Jamoussi, et pour développer sa technique musicale, il prend des cours chez le professeur Fernand Lamy, inspecteur des conservatoires nationaux de musique en France, maître du grand orchestre italien Roberto Benzi. Cela lui permit d’établir un équilibre harmonieux entre les mélodies orientales et les influences occidentales. Après l’étude du solfège, de l’harmonie, les leçons de luth et de piano, le voilà armé pour affronter la composition. Avec plus d’ouverture sur le monde extérieur, il conserve la base mélodique de la chanson kabyle, mais la transforme, la façonne, la rénove pour lui donner un style”, écrit à ce propos A. Cheurfi.

Nadia, Djurdjura et la nouvelle métaphore

Pendant l’année 1958, Chérif Kheddam composa et enregistra certaines de ses plus belles chansons : Nadia, Djurdjura, Khir Ajellav n’Tmurtiw, entre autres. Chérif Kheddam, qui a une très haute idée de la poésie, ne se considère pas comme un poète : il a répété à qui veut l’entendre que, pour lui, la musique est plus importante que les paroles, témoigne Tahar Djaout. Et pourtant, les compositions poétiques de notre chanteur sont d’une extrême sensibilité, d’une rythmique envoûtante faisant mouvoir un appareil métaphorique d’une originalité certaine. Qu’il chante la femme kabyle, la montagne du Djurdjura, l’exil, la patrie, l’indépendance, l’amour et ses déboires, Chérif Kheddam exalte des valeurs esthétiques indéniables et s’éloigne du moralisme ambiant ayant marqué certains chanteurs de l’époque. La chanson Alemri est un exemple de réussite poétique et musicale qui fait partie des œuvres éternelles de l’auteur. T. Djaout, marqué par ce poème, l’a traduit quelques et publié dans son journal hebdomadaire Ruptures. En 1963, Chérif Kheddam rentre au pays et prend contact avec la Chaîne II de la radio nationale qui l’engage aussitôt.

Les années algériennes

Il avait animé plusieurs émissions de radio, mais c’est avec Ighennayen Uzekka qu’il sera connu et hautement apprécié pour avoir déniché des talents, conseillé et encouragé les nouveaux venus au monde de la chanson. Son émission équivalait à un sévère jury qui donnait le quitus à un avenir artistique pour le candidat ou le conseil pour s’éloigner d’une aventure où il risquerait de perdre du temps et de l’énergie pour rien. Aït Menguellet passa “l’examen” avec succès. Dans un témoignage vidéo (Meskud igenni), Lounis avoue sa surprise et en même temps sa joie lorsque Chérif Kheddam lui demanda si c’était lui-même qui avait composé la chanson qu’il venait d’exécuter. Puisque C. Kheddam en était frappé à ce point, il n’y avait donc rien à redire : le chemin vers la gloire est tout tracé. D’autres futures vedettes comme Idir, Imazighen Imula et le groupe Yougourten sont passés par les services précieux de C. Kheddam. Il est aussi sollicité comme professionnel dans une commission d’écoute en kabyle et en arabe au sein de l’ex-RTA. C’est grâce à lui que la chorale du lycée Fadhma-N’soumer fut créée. L’idée se propagea aux autres établissements jusqu‘à sélectionner plus tard les chorales du lycée Amirouche et du lycée El Khensa, d’où sortira par exemple la célèbre Malika Domrane.

Une thématique dense et plurielle

La chanson de Chérif Kheddam traite merveilleusement de tous les thèmes de la vie. L’on peut affirmer que le point de rencontre ou le sujet fédérateur de ces thèmes est l’amour : amour de la beauté féminine, amour pour sa patrie, sa région et son identité et enfin amour pour l’art : “La beauté et l’art ont pris Toute ma vie Mon âme va avec eux ; Jusqu’à m’oublier.” Que voit l’artiste dans son rêve ? Une belle mélodie qui chasse son ennui. Il a chanté la liberté de la femme qui “ne doit avoir d’autre voile que celui de sa pudeur et de sa dignité” dans une chanson qui date de 1961 : “Quel est le voile d’une femme libre ? C’est le sens, la dignité qu’elle possède, Elle se passe allègrement du voile et du haïk. Puisque nous nous disons modernes, Laissons-la travailler et élever ses enfants. Elle doit avoir sa part dans la réflexion.” Hymne au pays natal, odes dédiées à la terre nourricière et chant pour la patrie éternelle sont les grandes épopées musicales et poétiques de Chérif Kheddam. Ainsi dans Aha kker zwi imanik, il appelle la jeunesse à se réveiller et à prendre en charge le patrimoine fabuleux laissé par nos ancêtres : “Lève-toi et dépoussière-toi ; T’est pris par la somnolence ! Les richesses que recèle ton pays Attendent un geste de ta part. Jette un regard vers le legs de tes ancêtres Regarde un peu en arrière. Tu as bien des aïeux Et ne dérive pas d’un chêne.” Peut-on parler de Chérif Kheddam sans citer Nouara, la diva qui l’a accompagné dans un grand nombre de ses chansons et à qui il a composé des poèmes et des musiques ? Cet heureux mariage artistique entre deux sommets de l’art est sans doute un exemple unique dans la chanson kabyle en matière d’harmonie, de symbiose esthétique et d’affinités électives. Monument de la chanson dans ses corpus poétique et instrumental, Chérif Kheddam aura été un exemple d’artiste humble et profond, de visionnaire en matière d’art et de pédagogie pour avoir formé et propulsé de grands talents devenus célèbres par la suite. Il marque ainsi d’une empreinte indélébile la chanson et l’art kabyles.

Amar Naït Messaoud

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