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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 21:01

El Watan

 

Une crise de la langue unique dans le monde arabe et au Maghreb

L'Algérien est-il un analphabète bilingue?

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le 29.09.11 | 01h00 Réagissez

zoom | © Zino

La langue vernaculaire prend une place importante dans le parler local. Les Algériens puisent dans la langue arabe ou française les mots qui leur plaisent, puis les triturent, les maltraitent, les torpillent jusqu’à en faire de nouveaux termes. Ils ne peuvent être compris par quelqu’un ne vivant pas sur la planète Algérie.

Comme à chaque rentrée scolaire, le ministre de l’Education nationale, en poste depuis près de 18 ans – soit une génération d’Algériens – tente de rassurer, à grand renfort de statistiques, sur la bonne santé de l’école algérienne. Après avoir pulvérisé les records de longévité, Boubekeur Benbouzid a promis, dans une intervention médiatique à Blida, de «remporter la bataille de la qualité». Une déclaration qui sonne comme un aveu d’échec.Car comment expliquer que la maîtrise de la langue, arabe ou française, baisse à mesure que le taux de réussite au baccalauréat augmente ? Les premiers à constater les dégâts sont les professeurs d’université, victimes d’affreuses migraines à chaque correction de copies.

A la question : «Quelle méthode puis-je utiliser ?», la réponse prend souvent, selon des professeurs universitaires, la tournure suivante : «La méthode puis-je utiliser est...», ou encore cette doléance écrite d’un étudiant de 2e année : «Veuilli me courige la note du module, que j’ai 10. Mercis.» Dans une tribune publiée par le journal El Watan, quatre professeurs d’université lancent un véritable cri de détresse pour sauver la jeunesse algérienne.

«Comment peut-on comparer un étudiant d’avant la ‘réforme’ qui maîtrisait relativement bien les langues tant l’arabe que le français, avec un étudiant actuel qui a toutes les difficultés à construire une phrase simple et cohérente surtout dans la langue de Molière. En réalité, l’école algérienne s’est tellement détériorée qu’elle produit, aujourd’hui, des étudiants universitaires, dont une part appréciable n’a même pas le niveau du primaire !», est-il précisé dans cet appel signé de MM. Hirche, Ouchène, Tighersine et Chetmi. Selon eux, l’étudiant est au stade de l’enfant incapable de produire une phrase complète : sujet, verbe, complément.

Abderrazak Dourari, linguiste, relate comment l’ancien ambassadeur américain, en visite au vice-rectorat de la coopération de l’université d’Alger, a éprouvé des difficultés de trouver quelqu’un pour lui parler correctement en arabe scolaire ou en anglais, alors que lui parlait un peu l’arabe algérien. Si des universitaires n’arrivent pas à écrire correctement, ce qui est le moins qu’on puisse exiger d’eux, que dire de ceux qui s’arrêtent en milieu de parcours ? Il faut admettre que la langue vernaculaire prend une place importante dans le parler local.

Les Algériens puisent dans la langue arabe ou française les mots qui leur plaisent, puis les triturent, les maltraitent, les torpillent, jusqu’à en faire de nouveaux termes, qui ne peuvent être compris par quelqu’un ne vivant pas sur la planète Algérie. Cette machine à broyer les mots est somme toute sympathique – les barbarismes étant un baromètre testant le dynamisme d’une langue – si ses utilisateurs parvenaient à construire des phrases correctes dans une langue plus soutenue.

Nabila, jeune cadre dans une entreprise privée, dit avoir été ébahie de voir les artisans de la révolution tunisienne, jeunes et vieux, parler avec éloquence à la télévision. «Même leurs adolescents parvenaient à développer une réflexion soutenue, sans renier leur accent et leur dialecte. C’est là qu’on se rend compte du naufrage de l’école algérienne», dit-elle. Interrogé, un groupe de jeunes élèves, au lycée El Idrissi, à Alger, explique ne pas vouloir parler le français, langue des «papiche» ni l’arabe, celle des «chioukha», les professeurs s’entend. «Laisse tomber, on nous sert n’importe quoi à l’école. Ce que nous apprenons à l’école n’a rien à voir avec ce dont on a vraiment besoin (ma âalaqech)», affirme Hamid, dit Mimo.

Le degré zéro de la réflexion

Mais le pire est que les jeunes ont perdu jusqu’au sens de la réflexion. Les causeries sont faites d’un enchaînement de phrases sans queue ni tête. N’ayant jamais tenu un livre entre les mains, il serait totalement absurde d’attendre d’eux de s’imprégner de la philosophie des lumières ou même celle des grands penseurs de la civilisation arabo-musulmane. Les phrases de nos jeunes sont ainsi ponctuées d’interjections du genre «yetsema… rak chayf» (tu vois ce que je veux dire) ou «alabalek kifech» (tu sais comment ça se passe), coupant court au débat et leur évitant d’exprimer une idée précise.

D’après Abderrazak Dourari, «l’enseignement de la langue arabe scolaire dans nos lycées et nos universités a été coupé du patrimoine rationnel de cette langue autrefois médiatrice d’une brillante civilisation qui a éveillé l’Occident grâce à la qualité de sa pensée, apprise chez Averroès et transmise par les traductions de Saint Thomas d’Aquin».
Un professeur d’université cite l’exemple d’un étudiant en troisième année universitaire, soit un licencié potentiel, qui, à une question portant sur l’apport et l’originalité de la civilisation grecque, répond : «Les originalités de la cevelesation grecque (remarquez que la question était écrite !) : les grecques sont horigine berbère sont des juifs sont venu après les phénicienons qui ont des syrien et des gordaniens et surtau des libans…»

Si ce n’était pas le côté dramatique de cette situation, cela prêterait à rire. Selon les auteurs du texte publié par El Watan, une partie importante de nos étudiants sait à (grand) peine lire et écrire correctement et, partant de là, et c’est le plus grave, à développer une réflexion soutenue. Contacté, un conseiller au ministère de l’Education nationale a affirmé qu’un projet de réhabilitation de la lecture est en préparation, en collaboration avec le département de la Culture. «Mais les résultats ne seront perceptibles que d’ici 10 à 15 ans», nous dit-on. D’ici là, il sera peut-être trop tard.

A qui la faute ? A Benbouzid qui a mis en place une réforme trop ambitieuse mettant en avant des matières comme la géographie, l’histoire, la musique au détriment de l’écriture ? Aux caciques du FLN qui, par une doctrine arabo-baâathiste importée, ont mis en place un processus d’arabisation incohérent ? A ces enseignants qui, dans certains cas, ne maîtrisent pas eux-mêmes parfaitement la langue qu’ils sont censés transmettre ? Au ministère de la Culture, qui n’a rien fait pour rendre le livre accessible afin de pallier les insuffisances de l’école ?

A ces pseudo-intellectuels qui ont érigé des barricades entre arabophones et francophones, favorisant un débat passionné et stérile ? A l’ENTV qui apparaît, aux yeux des Algériens, comme une télévision destinée à des extraterrestres, leur parlant un langage qu’ils ne comprennent pas ? Au nom d’un principe faussement nationaliste, soutenu par un amateurisme éclatant dans la gestion de l’école algérienne, l’avenir d’un pays a été mis en danger…

Amel Blidi

 

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L’ ENTV ou le complexe refoulé de la langue

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le 29.09.11 | 01h00 Réagissez

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A qui s’adresse la télévision algérienne ? C’est la question que seraient tentés de poser ses téléspectateurs tant les dialogues des feuilletons paraissent insipides et indigestes, n’ayant aucun lien avec la langue utilisée par le peuple.

Les émissions télévisées ne sont guère plus attrayantes. Les invités sont forcés de parler dans un arabe rigide, ce qui donne une allure orwellienne à la télévision algérienne. Que dire du journal télévisé dans lequel on préfère parler de «aids» plutôt que de «sida», alors que ce dernier est plus connu par les Algériens ?
Un spécialiste algérien de la publicité nous explique à quel point il est difficile pour les publicitaires de trouver des slogans qui correspondent à la langue que parlent les Algériens. «Nous n’avons pas une langue standardisée. Du coup, l’on se retrouve à utiliser une langue consensuelle, des message d’écoliers utilisant des phrases toutes simples. Parfois, on importe une langue moyen-orientale. Très souvent, les multinationales ne comprennent pas cela», souligne-t-il, précisant que «la crise de la langue» est un frein au marché de la pub.

Dans les autres chaînes satellitaires arabes ou maghrébines, il n’y a pas ce rapport complexé à la langue. Les feuilletons turcs et les telenovelas mexicaines sont ainsi doublés dans la darija marocaine. Et cela fait fort longtemps que les Egyptiens tournent leurs feuilletons dans leur langue populaire ; leur succès est tel que lorsque les Algériens tentent de se faire comprendre par les Arabes, ils se mettent à parler… égyptien.

Amel Blidi

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