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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 21:52

Liberte

 

L’adjointe au maire de Bruxelles Faouzia Hariche :

« BRUXELLES EST PARTICULIREMENT ATTACHE AU FAIT QU’UN PEUPLE SOIT MAITRE DE SON DESTIN »

Par : Arezki Mokrane

Faouzia Hariche, nous voilà ici dans les locaux de votre cabinet d’adjointe au Maire de la capitale chargée de l’Instruction publique mais vous n’avez pas été dans cette Maison communale s’ouvrant sur cette magnifique Grand Place du jour au lendemain…

En 1974, vous arrivez d’Algérie...

Je suis effectivement arrivée d’Algérie en Belgique au début des années soixante-dix dans le cadre d’un regroupement familial parce que mon père se trouvait déjà ici. Il avait été mineur dans le nord de la France avant de rejoindre la région de Charleroi où il a également travaillé dans les mines de charbon. Malheureusement sa santé ne lui a pas permis de continuer à travailler. Le rêve de mon père c’était de « se faire un peu de pognon »- dit de manière un peu vulgaire- et puis de rentrer au pays où il avait laissé sa femme et ses enfants et de leur garantir un avenir. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme il l’avait prévu puisque les reins de mon père ne fonctionnaient plus. Il était sous dialyse et, à l’époque, nous vivions à Bordj Bou Arrerridj. Or ces dialyses ne pouvaient pas lui être dispensées et il a donc rapidement compris que le retour au pays était impossible : il a organisé le regroupement familial . Donc , au début des années soixante- dix, nous sommes arrivés, maman, mes quatre frères et sœurs- puisque mon dernier petit frère est né en Belgique- dans la région de Charleroi, plus exactement à Jumet.

Nous étions effectivement une famille très modeste et nous habitions un appartement avec un minimum de confort. Je suis très reconnaissante à l’Etat belge parce que j’ai perdu mon père très jeune (il est décédé un an plus tard) et nous avons pu avoir une scolarité plus ou moins normale. J’ai fait mes études primaires et secondaires à Charleroi et puis j’ai pu obtenir une bourse (en cela je suis très reconnaissante envers l’Etat belge) car sans cette bourse je n’aurais jamais pu faire mes études universitaires. Je suis venue à Bruxelles pour entreprendre ces études universitaires en optant pour une formation en philologie romane puisque mon rêve consistait à devenir professeur. Vous voyez donc que l’enseignement coule dans mes veines depuis très très longtemps…J’ai achevé mes études et j’ai rencontré celui qui allait par la suite devenir mon mari.En définitive, je n’ai donc pas quitté Bruxelles. J’y ai rencontré des gens avec qui j’ai milité et qui m’ont progressivement poussée en politique. Au départ, je n’avais en effet pas l’ambition d’être une élue mais en 1994, un ami a vraiment insisté en soulignant que j’avais des idées et les capacités de les porter. Lance-toi et vas-y ! me dit-il. C’est alors que je me suis présentée sur les listes du Parti Socialiste au niveau local et j’ai été élue.Cela fait maintenant à peu près 18 ans que je suis élue . J’ai été conseillère communale pendant six ans et durant ces six années on m’a confié deux matières que je préfère : la première consistait à suivre les travaux de la commission chargée de l’Instruction publique et la seconde matière ce sont les soins de santé en obtenant un mandat comme membre du Conseil d’Administration de l’Hôpital Saint-Pierre.

A côté de cela, j’avais mon emploi pour me permettre de payer mon loyer et faire vivre ma famille. J’ai , je pense, fait mes preuves et bénéficié peu à peu de la confiance du groupe socialiste. C’est ainsi, si ma mémoire est bonne, que j’étais en 32ème position en 1994 ; On m’a proposé aux élections suivantes la 4ème place…

Et maintenant, en octobre 2012, la seconde place après celle du maire de la Ville Thierry Thielemans

C’est une forme de reconnaissance.

Vous avez cité la ville de Charleroi, la commune de Jumet et affirmé que vous n’aviez pas quitté Bruxelles mais vous avez aussi séjourné à Arlon, non loin du Grand Duché de Luxembourg

Oui, j’ai séjourné moins d’un an à Arlon et c’est sans doute pour cette raison que j’ai « zappé » cette ville.J’y suis restée trop peu de temps. J’y ai attendu mon premier enfant, Yacine, né à la fin de l’année 1992. Sur le plan professionnel, j’étais enseignante à Arlon pendant quelques mois avant mon retour sur Bruxelles. En fait, je vous avoue que j’ai trouvé la Gaume –puisque Arlon est une ville de la région gaumaise) et la province du Luxembourg belge très sympathiques …mais ça a duré deux mois ! Je suis plutôt une fille de la ville et mon séjour à Arlon a été un peu court. C’est aussi dans cette région que nous nous sommes mariés et ça restera quand même un souvenir.

Vous revenez à Bruxelles, vous devenez mandataire et adjointe au maire chargée de l’enseignement.Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

L’Instruction publique est une passion. Plus vous vous penchez sur la question de l’enseignement en Belgique et plus vous vous rendez compte qu’il y a à faire ! Cette matière m’a été dévolue en 2002 car avant cela j’étais chargée de la jeunesse. La première question que je me suis posée c’était en quoi se différencie l’enseignement dispensé par un pouvoir public d’un autre ? Quand on se pose cette question, on s’interroge sur les fondements du service public qui sont l’égalité de traitement (le fait de traiter de manière égale tous les concitoyens) et, en ce qui concerne l’enseignement c’est leur permettre l’accès à des établissements de manière équitable. Or, ce n’était pas le cas puisque nous savons qu’à Bruxelles et de manière générale dans l’ensemble de la région bruxelloise et en Wallonie, existe une sélection des élèves dans certains établissements, ce qui signifie que, dans d’autres établissements, on retrouve malheureusement des gens qui n’ont pas eu la chance d’accéder aux établissements réputés et donc , inévitablement, on assiste à une concentration des difficultés dans ces écoles .Avec tout le respect que j’ai pour les équipes pédagogiques qui tentent de faire face aux difficultés, j’ai constaté qu’elles avaient du mal à aller jusqu’au bout de leur mission d’enseigner en étant confrontées à un public homogène éprouvant des difficultés sociales et économiques énormes.

Comment avez-vous dès lors pu modifier cette situation, par exemple dans cette école réputée de « Robert Catteau » ?

Ce que j’ai fait très précisément c’est mettre en place une procédure d’inscription. Dans l’enseignement fondamental à la Ville de Bruxelles, tant en maternelle qu’en primaire, une procédure réfléchie avec les directions d’établissement a été imposée. Cette procédure répond à trois exigences : la première exigence c’est la transparence totale. Les parents, les usagers doivent en effet savoir quand commence la procédure, à quel moment elle se termine et où il faut appeler, ce qui signifie que l’information doit être très large. Cette information a eu lieu par le biais du journal communal, celui du site de la Ville de Bruxelles et du site de l’Instruction publique de la commune. Un courrier a également été adressé à tous les parents dont les enfants fréquentent les établissements de la Ville de Bruxelles et cela fait tout de même 20 000 courriers envoyés !

Il s’agissait de dispenser l’information la plus large possible pour garantir une connaissance précise de la procédure et donc , aussi, une transparence. Mais quand on dit « transparence » cela veut dire aussi que les citoyens ont un moyen de contrôler la régularité de cette procédure et on y a veillé.

La deuxième exigence c’est l’équité : toutes les demandes doivent être traitées de manière équitable. C’est également un fondement du service public car il est logique qu’on ne vous reçoive pas en fonction de la grandeur de votre portefeuille ou de la profession que vous exercez. On doit recevoir de la même manière les individus quels que soient leurs niveaux sociaux, les études entreprises ou les niveaux économiques c’est-à-dire les revenus des parents. Et la troisième exigence à laquelle devait répondre cette procédure d’inscription c’est la solidarité entre les établissements parce que je me suis rendue compte (ayant été enseignante et ayant travaillé au sein de l’association « jeunesse maghrébine » dans laquelle j’avais une fonction axée sur la scolarité) qu’il était important qu’il y ait une solidarité entre les établissements et qu’on ne tombe pas dans cet espèce de fatalisme voulant que certaines écoles reçoivent ce que d’autres ne voulaient pas…Il était donc important de garantir une certaine forme de mixité dans les établissements scolaires de telle sorte qu’on puisse être sûr que les équipes pédagogiques ne soient pas confrontées à des populations trop confrontées aux difficultés pour se concentrer aux processus d’apprentissage et à l’éducation.

Nous avons donc mis en place cette procédure qui a fortement évolué puisqu’au départ les inscriptions se faisaient auprès des chefs d’établissements qui devaient, au jour le jour, communiquer les listes pour que nous puissions contrôler. Le pire lors de la mise en place de procédures nouvelles ce sont les suspicions sur ce qui peut être fait ou non par un directeur d’école, sur ce que peut dire ou ne pas dire un concitoyen. Il a donc fallu contrôler et , la troisième année, nous avons décidé de centraliser ces inscriptions auprès d’un « call center » où se trouvent des gens qui ne vous connaissent pas et qui, immédiatement, peuvent vous dire quelle est l’école de votre choix, s’il y a de la place ou non, sans aucun parti pris. Le « call center » enregistre aussi l’ordre des coups de fil pour savoir qui a téléphoné, ce qui permet de savoir si les choses se sont déroulées de manière transparente.

La Communauté française (ndlr le ministère chargé de l’éducation et de la Culture dans les parties francophones du pays) a , de son côté, établi une procédure d’inscription dans l’enseignement secondaire mais j’ai un peu regretté que cela se fasse en secondaire car on sait que c’est dès la première maternelle que les filières se créent. En général, quand un enfant est inscrit en 1ere maternelle, on connaît plus ou moins sa trajectoire jusqu’à ses 18 ans qui marquent la fin de l’enseignement obligatoire ? Il faut faire cesser cela. Ce matin, j’ai rencontré une dame qui m’a déclaré « Moi, je veux que mes enfants soient mieux que moi ! » C’est ce que tous les parents pensent et il faut donc essayer de mettre ne place des procédures, des systèmes, qui permettent de traiter tout le monde de façon équitable.

Je veux aussi ajouter , en quittant le domaine des inscriptions, que nous connaissons un essor démographique considérable. Cet essor démographique énorme, c’est très bien…à condition qu’on l’accompagne, que les pouvoirs publics soient « pro-actifs » et qu’ils puissent répondre aux besoins de la population avant que l’on se retrouve dans une situation où il n’y a pas assez de places pour tout le monde et où, de nouveau, ce seront les gens qui seront les mieux organisés- qui sont nantis et qui ont du temps- qui pourront s’en sortir alors que les autres resteront sur le carreau. Une de mes préoccupations majeures depuis mon entrée en fonction a donc été de créer des places supplémentaires pour répondre de manière égale aux demandes de la population, élément essentiel du service public.

Vous avez des chiffres à avancer ?

Ce sont des chiffres que je tiens du Bureau du Plan. En étant en première ligne au niveau local, je peux dire que nous avions constaté qu’ une pression de plus en plus forte s’opérait sur nos établissements scolaires et que la demande devenait donc de plus en plus importante. Nous avions d’ailleurs anticipé ces chiffres avant qu’ils nous soient communiqués. C’est en effet en 2008 que le Bureau du Plan a tiré la sonnette d’alarme en nous annonçant un essor démographique et donc des besoins énormes en équipements collectifs (piscines, centres sportifs, crèches, écoles…) et tout le reste car il faut aussi loger les gens et leur permettre d’accéder aux soins de santé. Tout cela devait être anticipé.Durant cette législature ( 2006-2012) nous avons ainsi créé un peu moins de mille places supplémentaires. Dans l’enseignement obligatoire à la Ville de Bruxelles nous avons à peu près 21 000 élèves , ce qui est énorme au niveau local. Il est vrai toutefois que la Belgique a cette particularité d’avoir une organisation de l’enseignement un peu disparate et la Ville de Bruxelles est le premier pouvoir organisateur le plus important au niveau local. Vous me demandez de citer des chiffres. A l’horizon 2020, le Bureau du Plan prévoit 5200 places supplémentaires et quand on songe qu’une école rassemble en moyenne 6 à 700 élèves vous voyez tout de suite le nombre d’écoles à créer !

Combien d’écoles appartiennent à la Ville de Bruxelles ?

Une centaine.Historiquement la Ville de Bruxelles a investi énormément dans l’enseignement à tous les niveaux. Elle a un enseignement maternel, primaire et secondaire mais aussi des Hautes Ecoles comme la Haute Ecole Francisco Ferrer avec ses cinq catégories puisqu’on y forme des infirmières et des enseignants…Il y a aussi, dans l’enseignement supérieur, l’Académie des Beaux Arts. Et puis nous dispensons également un enseignement de promotion sociale qui est éminemment important en Région bruxelloise puisqu’on sait qu’il y a sur ce territoire une forte population sous diplomée n’ayant pas eu malheureusement la chance d’aller au bout de son cursus scolaire.Il faut donc lui permettre d’accéder à l’enseignement de promotion sociale tout en travaillant, en ayant une occupation pendant la journée. Enfin , nous avons un enseignement à horaire réduit qui concerne en général l’Académie des Arts.

Autre caractéristique de l’enseignement à Bruxelles c’est l’enseignement à la fois francophone et néerlandophone. Quand on réunit tout ce beau monde, cela fait 42 000 usagers qui fréquentent les établissements de la Ville de Bruxelles !

En outre , la spécificité du département de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles a trait aux bibliothèques publiques. C’est une volonté politique du groupe socialiste car nous estimons que les bibliothèques doivent être un outil pour la population scolaire.

Madame Hariche, vous avez été enseignante. Vous n’ignorez pas que , souvent les élèves qui éprouvent des difficultés scolaires sont orientés –parfois trop facilement- vers l’enseignement technique et professionnel

C’est une préoccupation majeure. Des remédiations ont donc été mises en place.J’ai l’intime conviction- et j’ai quand même réussi à convaincre pas mal de personnes autour de moi-qu’il est évidemment plus facile pour les milieux aisés d’organiser de la remédiation lorsqu’une difficulté scolaire se présente. On a par exemple les moyens de payer un professeur particulier…Ce n’est pas le cas dans les milieux défavorisés. Nous avons donc créé 16 antennes de soutien scolaire pendant ces six dernières années.

Ce soutien scolaire est envisagé dans les écoles ou dans les quartiers ?

Il est organisé soit dans les écoles , soit dans les quartiers. En fait, on n’a pas voulu organiser le soutien scolaire d’une seule manière parce qu’on se dit qu’il y a plusieurs types de difficultés. Le soutien scolaire est donc organisé par les établissements d’enseignement primaire et les parents peuvent même demander que leurs enfants soient pris en charge par des enseignants différents de ceux qui suivent les enfants dans la journée.Ces remédiations ont lieu après 16 heures et les enseignants qui fournissent ces cours sont en communication continue avec les enseignants du jour qui donnent leurs avis sur la nécessité de la remédiation.Ceci nous permet de ne pas avoir de dispersion des moyens en concentrant nos efforts sur les enfants qui en ont le plus besoin. D’autre part, nous obtenons ainsi un soutien scolaire plus efficace. L’enseignant du jour communique également par le biais du « journal de classe » (ndlr le cahier de textes) avec l’enseignant du soir et les parents ont la faculté de lire ces communications, ce qui participe également à l’amélioration des résultats des enfants.

Dans le secondaire, j’ai demandé aux établissements scolaires d’organiser la remédiation de façon « structurelle » car je pense que l’adolescent a souvent le sentiment d’être capable de résoudre seul les problèmes rencontrés alors que ce n’est pas toujours le cas. L’élève en secondaire est donc obligé de se rendre en remédiation et ce soutien est organisé pendant les heures scolaires et pendant la période où les jeunes sont encore attentifs et pas trop fatigués.

Des projets pédagogiques originaux se sont aussi développés car j’ai proposé aux directions d’écoles de réfléchir à la situation de l’échec scolaire qui est en très nette augmentation au cours de ces dernières années.

Et vous avez trouvé comment juguler cette situation d’échec scolaire en progression ?

Nous nous sommes penchés sur cette question et il existe un système connu : celui du contrat pédagogique. Plutôt que de faire passer des examens de repêchage aux élèves, on leur propose un contrat en leur disant « Eh bien maintenant, tu as un an pour résoudre ton problème… ». Si un élève n’a pas réussi à résoudre une difficulté scolaire pendant les dix mois de cours, il nous semble en effet difficile de résorber cette difficulté pendant les deux mois de vacances d’été… Deux établissements se sont lancés dans ce projet pilote et nous suivons, avec un pilotage très précis, ce qui est fait par rapport à ce contrat pédagogique. Nous espérons évidemment que l’évaluation sera positive pour l’étendre à d’autres écoles. Moi, je suis convaincue mais il faut montrer que cela marche !

Vous avez été professeur de français. Les programmes sont déterminés par le ministère et non par la Ville bien que des propositions émanant d’autres pouvoirs organisateurs peuvent être acceptés par les services d’inspection. Le programme de français mentionne l’étude d’auteurs « hors de France » mais on constate que les auteurs maghrébins par exemple sont peu exploités dans les classes. Or la connaissance des textes de ces auteurs peut être bénéfique à l’ensemble des apprenants . Ici même en Belgique, une œuvre comme « Le Cadavre encerclé » de Kateb Yacine a été montée en 1958 pendant la lutte d’indépendance alors qu’elle était interdite en France. La Ville de Bruxelles a-t-elle des projets, des pistes dudactiques pour sensibiliser les élèves fréquentant les établissements scolaire de son réseau pour qu’ils soient sensibles à ces auteurs ?

Je n’entre pas dans les aspects pédagogiques à ce point-là !

-Mais vous avez été professeur de français ?

En tant que professeur de français c’est clair. Nous avons lu des auteurs maghrébins qui écrivaient en français et franchement il n’y avait aucun souci par rapport à cela : ni les services d’inspection, ni les directeurs d’établissements ne se sont opposés à ce que ce type de lecture se fasse dans le cadre de mon cours.Vous avez, quand on laisse aux él èves la possibilité de choisir des auteurs et de présenter des œuvres en classe, j’ai constaté que des élèves avaient choisi des textes de Driss Chraibi alors que d’autres ont proposé des livres de Rachid Boudjedra ou d’Azzouz Begag…Franchemeent, ni les inspecteurs, ni les directions ne nous interdisent d’aborder ces auteurs. Par contre il y a un certain nombre de courants littéraires qui sont cités mais nous disposons d’une certaine marge de manœuvre et moi, je pense qu’il faut faire confiance aux enseignants en leur laissant approcher les auteurs qu’ils maîtrisent…

Oui, mais ne faut-il pas faire davantage ? La Fédération Internationale des Professeurs de français avait en son temps édité une anthologie des auteurs « hors de France »…Voilà un outils que les enseignants peuvent utiliser or les professeurs possèdent peu d’outils pédagogiques à exploiter en classe

Franchement, ce que vous dites est valable pour toutes les littératures…

Oui mais en ce qui concerne les auteurs français , les ouvrages pédagogiques existent sur le marché.On peut bien entendu élargir cette approche non seulement aux auteurs maghrébins mais à ceux de la rive sud et nord de la Méditerranée, aux écrivains africains…Car dans les classes, on trouve des élèves aux origines diversifiées et de tels outils pourraient les sensibiliser en les motivant davantage

Je suis un peu étonnée. Je ne crois pas avoir un parcours atypique : à l’Université , nous avions un cours de littérature négro-africaine et je pense que les professeurs de français n’ignorent pas totalement cette littérature mais vous avez raison, ce ne sont pas des outils pédagogiques. Ce ne sont pas des livres conçus pour être exploités directement en classe. Il existe cependant des livres qui s’intéressent à ces littératures. Il y a donc des références. Dès lors si un professeur a envie d’exploiter cet aspect il n’est pas sans rien.Ce n’est pas non plus la panacée.Mais de toutes façons l’école ne pourra pas non plus absorber tout ! Les professeurs doivent aborder avec leurs élèves ce qu’ils maîtrisent le mieux et pour avoir été enseignante, je suis convaincue qu’on laisse une marge de liberté aux élèves dans le cadre d’un cours de français. Rien n’empêche un élève de se sentir attiré par un auteur maghrébin ou africain et même des écrivains traduits par exemple du portugais. Du moment qu’il s’agit d’auteurs connus, du moment que les élèves lisent, qu’ils savent synthétiser, qu’ils peuvent faire la présentation de l’ouvrage qu’ils ont lu, du moment qu’ils sont capables d’analyser la psychologie des personnages….Qu’importe le flacon !...

Après cette interview axée sur le bilan de votre action dans le domaine de l’enseignement abordons maintenant , si vous le voulez bien , un autre aspect : celui de votre action dans le domaine de la santé

Depuis toujours, je me suis intéressée au domaine de la santé, surtout la problématique de l’accès aux soins , de manière à garantir à tout le monde une vie suffisamment digne. Je dois vous dire que j’ai été tout d’abord membre du Conseil d’Administration de l’Hôpital Saint-Pierre et même présidente de cet hôpital. C’est une institution extraordinaire, terriblement humaniste. Tout le monde est soigné à Saint-Pierre quelle que soit la grandeur de son portefeuille ! C’est un hôpital qui dispense des soins de grande qualité puisque c’est un hôpital universitaire, ce qui signifie qu’on y fait de la recherche, qu’on y forme des gens et qu’on dispose aussi dans cette établissement de techniques de pointe. La Ville de Bruxelles est une des rares communes à avoir des institutions hospitalières en gestion. Nous en avons quatre : l’Hôpital Saint-Pierre, l’Institut Jules Bordet qui prend en charge le cancer, maladie en nette évolution. Il faut donc trouver les moyens de soigner tout le monde, un élément important quand on écoute les débats qui ont lieu aux Etats-Unis. Il y a encore l’Hôpital Bruggman qui est aussi un hôpital universitaire et puis il y a une autre institution monospécialisée, l’Hôpital des enfants…

…qui a du reste signé des accords avec l’Algérie

Exactement, l’Hôpital des Enfants a contracté une convention avec la CNAS de façon à prendre en charge des enfants qui ont une malformation cardiaque et de les soigner. C’est évidemment bien de pouvoir soigner ici ces enfants mais l’Hôpital des Enfants a aussi voulu former des collègues algériens à travers cette convention. C’est quelque chose qui se fait et généralement bien. J’ai appris néanmoins que la CNAS avait décidé de contracter une convention avec la France mais nous avons aussi ponctuellement des actions qui sont entreprises avec l’Algérie. J’ai eu ainsi la faculté de rencontrer il y a quelques années le ministre algérien de la Santé qui était venu à Bruxelles pour voir comment se passait ici la gestion des hôpitaux publics. Et au cours de ces contacts ponctuels, nous avons également appris des choses, notamment la manière avec laquelle les services d’urgence étaient organisés. Des médecins bruxellois ont ainsi écarquillé les yeux en apprenant cette organisation car il était plus malin de fonctionner comme nos amis algériens.

En quoi consistait cette organisation des services d’urgence ?

La différence , c’est le tri ! Et on a fini par appliquer cette méthode à Bruxelles. On a un médecin généraliste à l’accueil des urgences pour pouvoir trier la vraie urgence de celle qui a fait peur aux parents et qui, en soi, ne met pas en péril ou en danger la personne concernée.

Il y avait une séparation entre les urgences pour les adultes et celles pour les enfants. Ensuite on avait au niveau de toutes ces urgences un médecin généraliste (cela coûte quand même moins chers que plusieurs médecins spécialisés) qui établit le tri entre la vraie urgence et celle qui ne l’est pas car il faut savoir que nos services d’urgences sont très sollicités.

La Ville de Bruxelles a aussi connu ces derniers mois diverses manifestations ayant trait à l’Algérie

Exactement. On a évidemment soutenu des activités organisées par des associations, c’est-à-dire la société civile, ou par les autorités qui nous ont demandé un soutien ou une co-organisation. Nous avons ainsi organisé plusieurs événements, certains ayant eu plus de succès que d’autres. Par exemple, pendant les vacances du dernier hiver il y avait très très peu de participants à une manifestation malgré la qualité des intervenants mais il y en a eu d’autres où la salle était comble.

Je vais prendre l’exemple de la projection d’un film sur les personnalités qui ont fondé le FLN. Ca s’est passé à « Pôle Nord », chaussée d’Anvers et la salle était comble. Un archéologue est également venu présenter l’Algérie en évoquant les différentes populations qui se sont succédé sur ce territoire. Et puis deux événements plus récents : l’un s’est déroulé au début du mois de juillet et il était co-organisé avec l’ambassade d’Algérie à Bruxelles. Il s’agissait d’un colloque et d’une exposition sur l’Emir Abdelkader. J’ai eu énormément de plaisir à donne un coup de pouce à cette manifestation pour deux raisons. La première vous la connaissez : le groupe socialiste à Bruxelles est particulièrement attaché au fait qu’un peuple puisse être maître de son destin. Et donc que le peuple algérien ait pu recouvrer son indépendance par rapport aux colons, c’est quelque chose qui a été soutenu et qui l’est encore aujourd’hui. Et puis la deuxième raison, c’est l’Emir Abdelkader.Un symbole séduisant.Un érudit, un poète, un homme combattif et fier. C’est aussi un peu personnel : j’ai toujours vu à la maison l’Emir Abdelkader sur un cheval avec son glaive à la main. Bien sûr, il y a de l’affectif là-dedans …Le dernier événement se passe en ce moment puisque l’exposition « Regards croisés » a lieu jusqu’au 17 septembre à « L’Espace Magh ». Une petite partie de ces œuvres a déjà été exposée dans un lieu public peu accessible puisqu’il s’agissait des locaux du Parlement d’ailleurs (Allemagne, Belgique…). Voilà des événements qui font référence à l’Algérie dans le contexte particulier de ces 50 ans d’indépendance…

Une dernière question , Faouzia Hariche, sur les échanges entre Bruxelles et Alger : vous avez eu l’occasion de rencontrer vos homologues, d’organiser des échanges avec vos collègues de la rive sud de la Méditerranée, d’envisager des jumelages ?

Non malheureusement mais les occasions peuvent se présenter et j’en serai ravie. Au mois de mai dernier, j’ai eu l’occasion de me rendre en Algérie pour assister à un événement sportif, le « Tour cycliste d’Algérie » et j’ai ainsi eu la possibilité de rencontrer des autorités mais c’est ce contexte particulier qui m’a permis de rencontrer ces gens…Les occasions ont peut-être manqué….

Propos recueillis par A.M

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