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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 20:44

 

 

L'Expression

 

ENTRETIEN AVEC FARID FERRAGUI (CHANTEUR)

«Tamazight a beaucoup avancé»

Par
«Tamazight a beaucoup avancé»

Vendredi dernier, en fin de journée, nous avons rencontré Farid Ferragui à Tizi Ouzou. C'était suite à la première journée de l'hommage que lui ont rendu ses fans et ses amis. L'homme était heureux. L'artiste l'était plus et il nous a accordé cette interview.

L'Expression: Il a fallu trente ans de carrière pour qu'un hommage vous soit rendu. Pourquoi tout ce temps?
Farid Ferragui: Je crois qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. J'ai été agréablement surpris ces dernières semaines d'apprendre que des amis et des fans étaient en train de préparer ces deux journées d'hommage. Ce geste me va droit au coeur. Je suis ému et touché par ces gestes de sympathie.

Que symbolise pour vous cet hommage après trente ans de parcours
Il s'agit d'un grand moment. Je ne suis pas quelqu'un qui fête ses anniversaires. Quand ça vient de gens sincères, l'effet ne peut qu'être positif.

Trente ans de carrière, ça passe vite?
Parfois, ces trente ans me semblent être trente siècles mais parfois, ils ont l'air de trente secondes. Trente siècles parce que le chemin artistique a été long et parsemé de difficultés. Ce n'est pas du tout facile de se frayer un chemin et une place sur l'arène artistique surtout dans les années quatre-vingt où la chanson kabyle était en pleine éclosion, voire à son apogée. Mais, en même temps, cette période me semble courte pour la simple raison que le temps est également passé si vite. C'est là tout le mystère du temps. Il passe à la fois rapidement mais lentement aussi. C'est un paradoxe!

Comment avez-vous vécu la première journée de cet hommage?
Je l'ai vécu avec beaucoup de bonheur et de reconnaissance pour toutes ces personnes qui sont venues d'un peu partout d'Algérie et même de l'étranger pour être présentes. Il y a eu aussi mes anciens camarades de l'Ecole normale de Tizi Ouzou qui m'ont réservé une belle surprise en venant en masse. J'aurais aimé que des artistes qui nous ont quittés soient également présents, mais c'est la vie. Je pense à Chérif Kheddam et à tous les autres.

A chaque fois que vous êtes interrogé sur cette question, vous répondez que vous ne faites pas de politique. Pourtant, depuis le début de votre carrière, vous avez composé des dizaines de chansons politiques. N'est-ce pas là une contradiction?
Je chante la politique mais je ne fais pas de politique. Je ne pense pas que c'est contradictoire. Concernant l'exercice politique, je pense qu'à chacun son métier. La politique, je la fais en chantant. Mais de là à me mêler directement de ce créneau, je ne peux pas. Ce n'est pas ma vocation. Il y a des gens pour la faire.

Atteindre le succès qui est le vôtre, est-ce chose facile?
Avoir du succès, je crois que ça peut être facile mais maintenir le succès jusqu'à aboutir à un parcours cohérent et constant, là, je pense que c'est très dûr. Personnellement, mon parcours artistique a été semé d'embûches. C'est la continuité qui impose d'énormes efforts et de grands sacrifices.

En constatant le succès que vous avez obtenu auprès du public, n'avez-vous pas pensé chanter en arabe pour conquérir un public plus large?
J'ai commencé le chant en kabyle pour une multitude de raisons. L'une des principales motivations est le fait que la langue amazighe avait besoin de tous ses artistes car à l'époque la situation était très différente. Tamazight n'était pas du tout reconnue à l'époque et elle était même combattue et censurée de tous les espaces. C'était tout simplement un tabou. J'ai chanté en tamazight pour apporter ma touche à ma langue maternelle et ancestrale. Maintenant, mon parcours est derrière moi. Chanter en arabe n'est pas une mauvaise idée bien au contraire; mais pour le moment je n'y ai pas songé. Mais je tiens à souligner que pour moi, toutes les langues sont importantes. Je suis contre la discrimination linguistique et culturelle et tout autre ostracisme.

Pensez-vous que tamazight a connu de grandes avancées?
Incontestablement, tamazight a enregistré des pas de géant. Aujourd'hui, c'est une langue nationale dans la Constitution, elle est même enseignée; des responsables politiques s'expriment à la télévision en tamazight, y compris le Premier ministre. Ceci dit, il faut encore parachever le processus de réhabilitation de la langue amazighe en lui attribuant le statut de langue officielle et en rendant son enseignement obligatoire partout en Algérie.

Certains extrémistes de la cause amazighe vous reprochent d'avoir été influencé par le chanteur égyptien Farid El Atrache?
Je tiens d'abord à souligner que la musique est un langage universel. On ne peut pas établir des frontières objectives entre par exemple la musique orientale et la musique occidentale. Quant à votre question, nous avons tous subi des influences culturelles dans notre vie.
Après l'indépendance, en tant que Kabyle du village, nous avons eu droit à la radio et à la télévision aux artistes tels Farid El Atrache, Abdelhalim, Oum Keltoum. Des films égyptiens et hindous étaient régulièrement diffusés. L'influence en étant enfant et adolescent était inévitable. Mais en même temps, j'ai chanté en kabyle, ma langue, notre langue.

Vous avez aussi été influencé en écoutant la Radio Chaîne II...
Je tiens à rendre un vibrant hommage à la Chaîne II qui a joué un rôle déterminant dans la préservation de notre culture. Grâce à cette chaîne de la Radio nationale, beaucoup de choses ont été sauvées. Ma carrière d'artiste doit beaucoup à cette radio effectivement.

Nous avons constaté que ces dernières années, vos textes sont beaucoup plus élaborés, confirmez-vous cela?
Effectivement, avec l'âge et l'expérience, on parvient à mieux mûrir ses pensées. Je fais de grands efforts dans le choix de mes thèmes mais aussi dans le choix des mots, des expressions. J'accorde une grande importance aux métaphores et aux images poétiques. Ce n'est pas un hasard si j'ai mis cinq ans pour préparer l'album qui sortira le mois en cours. Il m'arrive de réécrire un texte plus de cinquante fois. Je fais tout ça pour moi mais surtout par respect à mes fans qui attendent beaucoup de moi.

En écoutant certaines de vos chansons, on a l'impression que vous défendez des idées conservatrices particulières, est-ce vrai?
En 1983, j'ai chanté une chanson où j'appelle la femme à arracher sa liberté auprès des hommes. Dans d'autres chansons aussi, je revendique des idées émancipatrices. En même temps, j'ai chanté sur la nécessité de conserver nos traditions sinon, on risque de les voir s'effacer. Regardez par exemple nos fêtes de mariage aujourd'hui, il ne reste presque rien de nos traditions. C'est regrettable! Il y a des choses qu'il faut garder, sinon nos spécificités culturelles disparaîtront.

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