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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 19:16
Source: Le Matin
 
 
 
 

Ouyahia et la langue perdue de la journaliste Par Hend Sadi

Par
 
 
Ahmed Ouyahia, Premier ministre.
Un curieux silence a entouré un incident peu banal qui s’est produit dans la conférence de presse du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, du 30 septembre 2011 retransmise par l’ENTV.
 
Un internaute a eu la bonne idée de mettre en ligne un extrait de la vidéo de l’incident en la faisant suivre d’une autre montrant le président Abdelaziz Bouteflika vitupérant en arabe pour expliquer aux Algériens qu’ils étaient tous des Amazighs
Avec véhémence, la journaliste Ghania Oukazi a interpellé Ahmed Ouyahia dans sa conférence de presse lorsqu’il a répondu en tamazight à une question posée dans la même langue par une autre journaliste. Mme Oukazi, s’exprimant en français, a sommé M. Ouyahia de parler un langage compréhensible de tous. La réponse d’Ahmed Ouyahia l’invitant à ne pas s’énerver, s’engageant à lui traduire son propos en arabe ou en français n’a pas eu raison du courroux de Mme Oukazi dont le flot de paroles vindicatives ne voulait pas tarir, indignée de voir la Constitution bafouée par un officiel qui ne s’exprime pas dans "la langue nationale".
On reste sans voix devant une telle scène. Comment ne pas être choqué par l’attitude du Premier ministre face à l’injonction qui lui a été faite par une journaliste de ne pas utiliser tamazight, langue nationale et inscrite comme telle dans la Constitution ? Le ton conciliant adopté par Ahmed Ouyahia, comme s’il cherchait le pardon, et la justification de son acte par le souci d’anticiper d’éventuelles critiques sont navrants. Pour mesurer la gravité de la démission d’un état qui n’œuvre pas à "la promotion et au développement de tamazight" alors que la Constitution l’y contraint, imaginons un seul instant, même si cela paraît difficile, la colère d’Ahmed Ouyahia si l’injonction qui lui a été faite avait porté sur l’arabe et non le tamazight. Nul doute que sa réponse aurait été cinglante et qu’il aurait invité la journaliste non pas à se calmer mais à quitter la salle, sinon le pays !
Mais il y a une morale à cette histoire : qui eût dit que l’homme de la loi d’arabisation totale de juillet 1998 qui allait jusqu’à obliger les médecins à rédiger leurs ordonnances exclusivement en arabe et dont l’un des effets était d’éradiquer toute trace de tamazight, interdisant même l’édition de chansons dans cette langue, fut-ce par des entreprises privées, serait un jour rappelé à l’ordre pour avoir parlé dans une conférence de presse en… tamazight ? On se souvient que Lounas Matoub avait alors immortalisé le personnage par la formule, devenue célèbre, « Nâarbou ha » dans son disque testament.
Ce n’est pas la première fois qu’un Kabyle de service (le singulier ici n’est pas de rigueur) est ainsi rattrapé par les événements : Mohand-Chérif Kherroubi, qui n’est plus à présenter, s’était fait siffler au du congrès du FLN qui s’est tenu après le Printemps amazigh de 1980 au Club-des-Pins lorsqu’il est monté à la tribune pour parler au nom de la Fédération du FLN de …Tizi-Ouzou ! Ceux qui se renient ont beau faire, il ne leur est pas facile de gagner la confiance de ceux à qui ils font allégeance. Ils n’échappent pas à leurs origines qui finissent toujours par jeter un voile de suspicion sur la sincérité de leur reniement.
Pourtant, la surprise ne vient pas d’Ahmed Ouyahia. Son parcours, jalonné de tant de volte-face, fait qu’il peut difficilement surprendre encore. Dans l’altercation Ouyahia-Oukazi, c’est Oukazi qui fait l’événement, elle qui prend l’initiative, elle qui adopte un ton, celui de l’injonction, insolite au regard de son statut. Les experts du fonctionnement du sérail y ont vu là la manifestation d’un désaccord au sein des officines. Peut-être. Mais ce n’est pas sous cet angle que nous nous intéressons à ce coup de théâtre.
Le "coup de gueule" de Mme Oukazi fait suite à une série de « sorties » dont les auteurs ne se donnent même plus la peine de maquiller le caractère insultant. De Benaïcha qui s’honore de prénommer son fils, Zoheir, du nom de l’assassin de l’héroïne Kahina, résistante légendaire à l’invasion arabo-islamique, à Ben Bella qui se croit autorisé à distribuer les brevets d’algérianité tout en se proclamant Marocain, la liste est longue. Le coup d’éclat de Mme Oukazi se situe dans cette lignée. En effet, nous ne ferons pas à Mme Oukazi, journaliste, l’injure de croire qu’elle ne sait pas que tamazight est inscrite comme langue nationale dans la Constitution à laquelle elle fait référence, ni celle de ne pas avoir conscience qu’elle-même a interpellé le Premier ministre dans une langue étrangère et sur un ton qui en a surpris plus d’un. Mme Oukazi n’ignore pas non plus que tamazight a été gravée sur les frontons des édifices royaux de notre terre bien avant que le français ou l’arabe ne soient parlés en Algérie (ni même n’existent en tant que langues !). En d’autres termes, que tamazight est la seule langue nationale véritablement autochtone. C’est aujourd’hui la seule langue parlée en Algérie à ne pas être d’origine étrangère comme le sont l’arabe et le français. Mais, peut-être, est-ce cela qui gêne ?
Tout comme Ouyahia, le nom Oukazi trahit une origine qui ne renvoie pas au Hidjaz. Au motif que son patronyme a été fixé par un colon zozotant des bureaux arabes, Mme Oukazi s’est crue en devoir de nous jouer le numéro de "l’amaqraman".
Tôt ou tard, votre tour viendra Mme Oukazi comme est venu celui de bien d’autres, et vous aussi, tout comme vient de l’être M. Ouyahia par votre fait, vous finirez par être rattrapée par l’histoire. Croire que la surenchère arabo-islamiste n’a pas coûté assez cher avec vingt années de guerre civile et bien d’autres dégâts est une erreur que nous n’avons pas fini de payer.
N’est-il pas temps d’y mettre un terme et de renouer avec notre identité commune à tous, de faire place à nos langues sans complexes ? Nos frères amazighs Libyens nous donnent une leçon extraordinaire de courage et de sérénité, de civisme et de liberté. Regardez ce qui se passe à Tripoli. À l’Est, il y a du nouveau !
Hend Sadi

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