Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 20:46

 

boulifa.jpg

 

 

Si Amar U Said Boulifa : l’innovateur de la recherche sur l’identité Amazigh

Si Amar Ben Saïd Boulifa serait né en 1861 au village d’Adeni dans l’actuelle commune d’Irdjen, daïra de Larbaâ Nath Irathen (Kabylie).Si Amar est un homme de lettre et l’un des premiers algériens à élaborer des méthodes d’enseignement de la langue berbère (Tamazight). Sa famille les At Belkacem U Amar est de souche maraboutique (M’rabtines), donc Si Amar a baigné tôt dans ce milieu culturel, un milieu certes traditionnel mais avantageux tout de même par rapport à la société de l’époque. Si Amar, qui est orphelin de père, assez tôt, a fréquenté l’école coranique, son oncle le fait scolariser à la toute première école coloniale ouverte en Kabylie (1875).

Il obtient un certificat d’aptitude aux travaux manuels et un diplôme d’enseignement en langue française ce qui le dirige vers la carrière d’instituteur. Pour l’époque, le jeune indigène qu’était Si Amar, ne pouvait espérer plus ! Engagé comme moniteur dans l’école même où il était élève, Si Amar est nommé en 1896 après avoir accompli un stage de formation à l’école normale de Bouzaréah, il devint enseignant en 1922 et a accédé au rang de chargé de cours comme professeur de Tamazight notamment à la Faculté des Lettres d’Alger.

Boulifa a consacré sa vie à la recherche, aussi bien dans les langues que dans les disciplines aussi diverses comme l’histoire, la littérature orale, la lexicographie, l’archéologie, l’anthropologie et la sociologie.

Il a édité en 1897 deux ouvrages restés longtemps comme référence dans l’enseignement :

Méthode de langue kabyle :

1o Cours de première année ; (Grammaire, Exercices et Dialogues).

2o Cours de deuxième année : Etude linguistique et sociologique sur la Kabylie du Djurdjura (texte zouaoua avec glossaire).

En appendice à ses travaux linguistiques, il a fait paraître plusieurs contes recueillis au Maroc et aussi un grand nombre de contes et récits dans sa langue maternelle mais réécrit dans un style personnel, ce qui fait de lui le premier prosateur contemporain en tamazight écrit.

Il a écrit de nombreux articles ou mémoires dans (Revue Africaine) et (Revue Archéologique) sur la Kabylie :

1o Inscription d’Ifir’a (Revue Archéologique, Paris 1909).

2o Nouveaux documents archéologiques découverts dans le Haut-Sébaou (Revue Africaine n° 280, Alger, 1911).

3o Kanoun d’Adni (Travaux du XIVe Congrès des Orientalistes, Alger 1904).

4o Etude sur la Femme kabyle, servant d’introduction au Recueil de Poésies kabyles, Alger1904, etc…

Boulifa était un homme de texte et homme de terrain, Voici un écrit sur ses investigations :

« Portant mes efforts d’investigations sur le massif de Thamgout’, je visitai les territoires d’un bon nombre de tribus situées sur les deux versants de la chaîne. Je parvins ainsi, de Makouda jusqu’à Kebbouch, de Koukou jusqu’au col d’Akfadou, à explorer une vaste région où les traces de civilisations anciennes se rencontrent encore à chaque pas, mes enquêtes sur les (dessins et écrits rupestres) se faisant surtout auprès des habitants du territoire où le hasard me conduisait, il m’arrivait la plupart du temps, usant de l’hospitalité des habitants, de coucher en tribu. Dans une de mes pérégrinations à travers les territoires de la tribu des Aïth-Djennad, je me vis un jour obligé de demander l’hospitalité à la Zaouia de Sidi-Mançour de Thimizar, où je fus très aimablement reçu par le personnel et surfont par son honorable et distingué directeur, le cheikh Daoui Sid Ahmed ben Mohammed ».

Le mérite de Si Amar Boulifa revient aussi au fait d’avoir sauvé d’une déperdition certaine des textes littéraires d’une grande valeur et des poèmes du grand poète kabyle Si Mohand u M’hand qu’il a eu la chance de rencontrer.

Un savoir colonial qui prédominait à l’époque, Boulifa a ainsi apporté la contradiction scientifique aux visions des missionnaires et autres militaires, il est le premier intellectuel issu du terroir qui a posé un regard interne sur la culture et à rompre avec le savoir colonial.

Il s’insurge contre les conclusions intentionnées du général anthropologue Adolphe Hanoteau faites sur la société kabyle à travers son ouvrage d’analyse poétique intitulé : Les chants populaires du Djurdjura. Pour rappel, le général faisait partie de la vaste conquête de la région Kabyle engagée par les forces d’occupation françaises à partir de 1857.

Selon l’association Issegh et le HCA, « Si Amar Boulifa a enseigné jusqu’en 1929, année où il se met en position de retraite. Il meurt à l’hôpital Mustapha des suites d’un néoplasme de l’intestin le 8 juin 1931. » Rabi Yarahmou

Œuvres et bibliographie :

_Recueil de poésies kabyles. Texte zouaoua traduit, annoté et précédé d’une étude sur la femme kabyle et d’une notice sur le chant kabyle (airs de musique), Alger 1904, 555 pp. (rééd. Awal, Paris, 1990)

_Manuscrits berbères du Maroc, in Journal Asiatique 10/6 (1905 pp. 333-362

_L’Inscription d’Ifiγa, in Revue archéologique juillet-décembre 1909 (4e sér., t. XIV), Paris, E. Leroux, pp. 387-415

_Nouveaux documents archéologiques découverts dans le Haut-Sébaou in Revue africaine n° 55, 1911.

_Nouvelle mission archéologique en Kabylie in Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, Paris,

_Mémoire sur l’enseignement des indigènes de l’Algérie, in Bulletin de l’enseignement des indigènes, Alger, Jourdan, 1897.

_Le kanoun de la zaouia de Sidi Mansour des Ait Djennad, Mélange René Basset, Tome I, Paris, Leroux, 1923 [repris dans le Djurdjura à travers l’histoire]. _Le le kanoun d’Adni, texte et traduction avec une notice historique, in Recueil de Mémoires et de textes, XIVe Congrès International des Orientalistes, Alger 1905, pp. 15-27.

_Le Djurdjura à travers l’histoire depuis l’Antiquité jusqu’en 1830 : organisation et indépendance des Zouaoua (Grande Kabylie), Alger 1925, 409 pp. (rééd. Alger s.d.).

Partager cet article

Repost 0
Published by iflisen - dans Kabylie
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : La confédération des Iflisen Umellil
  • : Un des objectifs est de reconstituer la grande confédération qui regroupait les 14 aarchs des Iflisen Umellil avant la colonisation française. Le but est de rétablir les liens interrompus et de promouvoir la solidarité inter-arche. Nous visons également à consolider les liens entre la diaspora et leur région d'origine. Réecrire l'histoire des Iflisen et préserver leur patrimoine matériel et immatériel .
  • Contact

Recherche

Liens