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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 22:14


source:http://www.algerie-focus.com/2009/09/02/entretien-avec-le-professeur-hocine-khelfaoui-auteur-dun-rapport-sur-la-diaspora-algerienne/

Selon le professeur  Hocine Khelfaoui du Centre Interuniversitaire de Recherche sur la Science et la Technologie (CIRST), Université du Québec à Montréal:

Le Pouvoir politique ne doit pas se sentir menacé ou en concurrence avec le Savoir. Le problème en Algérie, c’est que le Pouvoir ne tolère pas qu’un citoyen (surtout un intellectuel) puisse faire son travail sans avoir à lui prêter allégeance. Cette attitude, qui dure depuis l’indépendance et même d’avant l’indépendance, doit absolument changer. Elle empêche l’université de s’autonomiser par rapport aux jeux politiciens et de s’enraciner dans la société. Elle est la condition pour que l’Algérie entre dans l’ère des sociétés des savoirs.

 

À la question d'un internaute : qu’est-ce qui empêche à votre avis que des intellectuels algériens créent un lobbies, des cercles de réflexion, des think thank regroupant des compétences diverses afin d’en faire profiter le pays, ne serait-ce qu’on proposant des idées , d’autres voies alternatives à la situation qui prévaut actuellement au pays? C’est n’est là que le rôle d’un intellectuel, n’est ce pas?

Le professeur  Hocine Khelfaoui a répondu :

Merci, Monsieur, de votre question. C’est difficile d’y répondre…

A mon avis (mais je peux évidemment me tromper), la très grande majorité des membres de la diaspora n’aspire pas à un rôle d’intellectuel tel que vous le voyez. Ces membres se définissent comme des « techniciens » et s’en tiennent, en général, principalement à ce rôle, ce qui ne veut pas dire évidemment qu’ils n’ont pas d’opinion politique sur leur pays d’origine. L’engagement dont ils parlent va plutôt dans le sens d’actions concrètes toutes simples comme la supervision de thèse, de participation à des projets de recherche (que beaucoup font d’ailleurs sans aucune contrepartie…), d’innovation, de développement dans le domaine des nouvelles technologies… Et c’est cela même qui est grave, car qu’ils ne disputent rien au Pouvoir, si ce n’est qu’il est lui-même allergique au savoir en soi, parce qu’il met en relief son ineptie.

Il faut dire aussi que la diaspora scientifique algérienne n’est pas très ancienne, comme la diaspora indienne, arménienne ou libanaise…, qui aurait réglé ses problèmes d’intégration dans le pays d’accueil pour se tourner vers ceux du pays d’origine. Elle est toute récente et n’a pas fini de se chercher une place dans les pays d’accueil. Il faut du temps pour se stabiliser professionnellement, retrouver un nouvel équilibre familial et social; il faut du temps pour trouver ses repères dans des sociétés (surtout en Amérique du Nord) dont le schéma de fonctionnement et le système de valeurs sont très différents de ceux auxquels les algériens se sont habitués. Bref, il faut surmonter tout cela avant de pouvoir faire un retour sur soi et sur son pays d’origine. Au Canada, une grande partie de l’action communautaire est orientée vers ces problèmes, auxquels est venue s’ajouter ces dernières années, en lien avec le 11 septembre 2001, la montée de la xénophobie, contre laquelle il faut lutter, se prémunir…

Il faut ajouter à cela le fait que la diaspora algérienne est restée jusqu’à une date récente, et dans une certaine mesure jusqu’à ce jour, traversée des mêmes tensions, des mêmes clivages que la société d’origine, malgré ses efforts pour les transcender. Tout le monde a remarqué, ici au Canada tout au moins, que les membres de la communauté algérienne sont les moins soudés, comparés aux autres communautés, pour ne pas dire « qu’ils se détestent cordialement. » Cela aussi reste un obstacle important à leur organisation en lobby agissant tant dans le pays d’accueil que dans le pays d’origine.

Maintenant, il existe sans doute parmi la diaspora des individus qui aspirent au rôle d’intellectuel tel que vous le décrivez et qui sont certainement à même de proposer des idées pour une alternative à la situation. Mais les idées pour des voies alternatives n’ont jamais vraiment manqué en Algérie, qui compte d’ailleurs parmi les pays les mieux « expertisés » au monde. Ce qui manque, c’est une jonction de ces intellectuels avec leur peuple, sans lequel rien ne peut se faire. Comment peut s’opérer cette jonction, le débat est ouvert…

Bref, pour être réaliste, je ne crois pas que la diaspora, handicapée par la distance et la faiblesse des moyens, ait la capacité en ce moment d’influencer le cours politique en Algérie. D’autant plus qu’elle vit dans des pays (comme la France, les USA et le Canada) qui sont maintenant les principaux soutiens du régime en place, lequel compte d’ailleurs pour sa pérennité sur leur appui plus que sur son propre peuple. Tenez, peut-être qu’une des choses que les intellectuels de la diaspora peuvent faire, c’est de dénoncer cette connivence néo-coloniale.

Mais votre question ouvre un grand débat, auquel tout le monde est convié…

Hocine Khelfaoui

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