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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 19:31
source: Le Jour d'Algérie, 11 août

Une œuvre, une vie, une femme, Marguerite-Taos Amrouche

L’une des plus grandes cantatrices du 20e siècle


Elle aura parcouru tant l'Europe que l'Afrique pour chanter et faire connaître l'âme de son peuple à travers des chants ancestraux recueillis tant par elle-même, sa mère Fadhma ou encore son frère, le poète Jean El Mouhoub Amrouche.

Après Fadhma et Jean El  Mouhoub Amrouche, portrait et présentation ici de celle qui fut sans aucun doute l’une des plus grandes cantatrices du vingtième siècle en même temps que l’une des plus grandes sensibilités à l’endroit de ce que l’on appelle de nos jours le patrimoine culturel immatériel. Tout comme sa mère et son frère, Marguerite-Taos Amrouche était habitée par cette certitude de la fragilité de la culture orale et craignait pour sa déperdition. D’où le travail et les efforts incessants que sa vie durant elle déploya pour sauvegarder chants et complaintes essentiellement kabyles, et les sauver ainsi d’un oubli certain. Elle fut également, ne l’oublions surtout pas, écrivain. Son œuvre, essentiellement constituée de romans fortement autobiographiques vient renforcer tout ce qu’elle a pu apporter dans les domaines du chant, des contes et cantiques anciens qu’elle interprétait avec un art si affiné du tragique qu’elle en parvenait presque à recréer, au cours de ses très nombreux récitals donnés à travers le monde, le monde magique et féerique qui leur avait donné naissance. Taos, à l’état-civil, Marie-Louise Taos, Amrouche est née le quatre mars 1913 à Tunis et passe l’essentiel de son enfance dans ce pays où ses parents ont émigré à la suite de difficultés familiales et financières croissantes dans le pays d’origine. Durant toute cette période, ce n’est que pendant les vacances scolaires qu’elle fait la connaissance de la Kabylie. Très tôt, dès 1935, elle s’attelle à l’écriture de son premier roman, Jacinthe noire et s’investit sans compter dans un imposant travail de recueil de chants kabyles qui formeront la substance même de sa future carrière de cantatrice réputée à travers le monde entier. L’étape phare qui va lui ouvrir toutes les portes, est sa participation au Premier congrès de musique et chants maghrébins qui se tient dans la ville de Fès en 1939. Cette première apparition officielle va lui permettre d’obtenir une bourse d’études à la Casa Velasquez et c’est là qu’elle va entreprendre de rechercher «les survivances de la tradition orale berbère dans les chants traditionnels ibériques». Les enregistrements qu’elle a laissés à la suite de ce long et patient travail d’investigation, d’études comparées et de recueil, existent toujours et constituent, à n’en pas douter, de véritables trésors en même temps qu’ils sont d’un grand apport au patrimoine de l’humanité. Taos est douée d’une voix exceptionnelle qui donne à ses interprétations une atmosphère de rite sacré qui confère à ses récitals une aura sans commune mesure. Il aura pourtant fallu attendre l’année 1966 pour voir son travail et ses interprétations enfin consacrés puisque cette année là, elle se voit gratifier du grand prix d’ethnologie musicale qui assoie et assure définitivement sa carrière. Dans le monde des arts et des lettres, témoignages de gratitude et de reconnaissance commence à lui parvenir de personnalités aussi prestigieuses et compétentes que Mohamed Dib, Léopold Sédar Senghor, ou encore Jean Pélegri, André Breton. On sait que l’écrivain et poète  algérien Kateb Yacine était littéralement subjugué par sa voix et n’avait pas manqué à l’époque d’émettre le souhait de la voir comme choryphée chantant dans son œuvre tragique. Parallèlement, Marguerite-Taos Amrouche entame dès 1950 une brillante carrière de productrice à France Culture où elle réalise de nombreuses émissions, essentiellement des entretiens avec des écrivains mais aussi des émissions dramatiques et musicales. Jusqu’à sa mort en 1976, Taos est régulièrement invitée à donner des concerts un peu partout à travers l’Europe mais aussi en Afrique. Elle se produit ainsi à Aix en Provence, à Dakar, à Florence, au Havre, à Paris, à Rabat, à Venise… Elle monte au créneau à la suite de son éviction du premier Festival panafricain d’Alger où l’on ne daigne pas l’inviter et adresse une vibrante lettre ouverte demandant la dépolitisation de la question linguistique, entre autres premier pas de ce qui sera connu un peu plus tard comme la revendication culturelle amazighe.

Son parcours d’écrivain est lui aussi remarquable et fortement remarqué. Elle est de plain-pied dans l’écriture féminine et devient rapidement une figure phare de la littérature maghrébine de langue, ou d’expression c’est selon, française. Trois romans jalonnent sa vie, Jacinthe noire publié en 1947, Rue des tambourins en 1960, et L’Amant imaginaire, publié lui en 1975. Elle n’hésite pas, à côté d’une langue épurée et plus que parfaitement maîtrisée, à essaimer ses fictions à forte connotation autobiographique d’emprunts directement puisés de la richesse des genres oraux et pousse l’audace (pour l’époque considérée) jusqu’à l’utilisation de proverbes et d’expressions kabyles. Basée sur ses expériences de femme et aussi sur les péripéties vécues par la famille Amrouche depuis son départ pour la ville de Tunis puis la France, son œuvre est toute entière parcourue par cette quête d’identité que menace sans cesse le sentiment d’un déracinement aux conséquences ravageuses. On considère généralement que Rue des tambourins, roman autobiographique, est une réponse à la propre autobiographie de sa mère Fadhma Amrouche. Elle y narre avec un rare talent du détail ses enfance et adolescence. Celles d’une fillette qui découvre qu’elle est kabyle, chrétienne et de langue et de culture françaises. Plaies, solitude, incompréhension, hostilité d’un environnement pas du tout acquis à une telle originalité, tout y est, tout y passe, tout y est décrypté. L’exil n’est pas le pire des maux, la douleur la plus affligeante étant bien dans cet ostracisme et cette défiance qui auront marqué toute sa vie ; d’autant que cette marginalisation forcée était le fait des officiels de son propre pays, il est vrai à une époque où il était strictement interdit de penser et de dire autrement que selon les critères et les formes tolérées ce que l’on est. Marguerite-Taos fut aussi une victime de la pensée unique qui ne voyait en elle au mieux qu’une étrangère, au pire une femme renégat. Elle répondait à tout cela par un immense talent et une bonté d’âme sans commune mesure.

Dans Rue des tambourins, et tout comme sa mère Fadhma, elle n’hésite pas à passer au crible les travers et les blocages d’une société, celle kabyle, en s’inspirant du milieu familial autant celui féminin que celui masculin. Les relations femmes-femmes, hommes-femmes y sont dépeintes comme de bien entendu à la lumière de ses propres aspirations et exigences de femme libre à une époque où l’on ne savait pratiquement pas ce que cela signifiait. Elle reste et demeure un repère fondamental autant pour ce qui est de la révolte féminine légitime face à un ordre inique, mais aussi, plus artistiquement parlant, pour un incomparable travail de recueil et de sauvegarde de la culture orale menacée de disparition du fait de sa non prise en charge et de la dénégation dans laquelle la maintenait les officiels de l’époque considérée.

Par Malik-Amestan B.


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Published by iflisen - dans Émulation
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commentaires

Chaoui 12/08/2009 01:06

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