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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 21:09



El Watan 24 juin 09


En pèlerinage à la Zaouia de Boudjellil

Cherif Kheddam retrouve les lieux de son enfance



C’est avec beaucoup d’émotion que Cherif Kheddam, l’un des pères fondateurs de la chanson kabyle moderne, a retrouvé les lieux mythiques de sa scolarité, en l’occurrence Timâamert n’Cheikh Ouvelqassem, à Boudjellil, en basse kabylie.



C’est un homme voûté par le poids de l’âge et de la maladie qui est retourné sur les lieux de son enfance même s’il ne reste souvent des lieux où il a vécu que quelques vieux murs de pierre, une porte en bois massif et quelques reliques qui témoignent d’une époque à jamais révolue. Da Cherif se rappelle qu’il fallait toute une journée à dos d’âne pour venir de Boumessaoud, son village natal, jusqu’à Boudjellil. Pour le petit garçon qu’il était, le péril était surtout de traverser Assif aâbass et ses terribles crues hivernales mais il se trouvait toujours des bras vigoureux de tolbas plus âgés pour guider les frêles petits pieds que faisaient trembler les eaux boueuses et rugissantes de la Soummam jusqu’en terre ferme. « C’était une vie de caserne », se souvient Da Cherif. Une vie monacale dédiée à l’apprentissage des 60 versets du Coran que les « tolbas » se devaient d’apprendre dans leur ordre croissant et décroissant. Des premières lueurs du jour jusqu’à la nuit tombée à la lueur des quinquets et des lampes à l’huile. Il se rappelle de la corvée de bois et de l’entretien du feu, de la corvée de l’eau aux deux sources du village et de la confection du repas. Il se rappelle surtout des tournois de lutte organisés chaque fin de semaine. La journée était rythmée par les longues séances d’apprentissage du Coran dans la mosquée et les apprenants avaient droit à deux repas.

Chants des Tolbas

Entre 10 h et midi, un morceau de galette et quelques figues sèches et au soir, un couscous noir à base de semoule d’orge. Une fois par semaine, il leur était servi de la viande et des mandarines ramenées de Tazmalt, se souvient encore Da Cherif. C’est en 1937 que le papa de Cherif Kheddam, rentré de France, emmène son jeune fils de 10 ans dans la zaouia de Cheikh Ouvelqassem dont il est lui-même un khouni, c’est-à-dire un adepte. Vêtus de chéchia et de gandouras, les tolbas s’adonnaient également aux chants liturgiques. La psalmodie des versets du Coran était l’une des disciplines clé des futurs imams. Parmi les convives présents au couscous de l’hospitalité offert par El Hadj Rachid, l’un des descendants du Cheikh Ouvelqassem, en l’honneur de l’illustre hôte, El Hadj Boubkeur Saîdani qui va sur ses 90 ans se souvient : « Je me rappelle du chant des tolbas à la source en bas du village. De retour des champs, j’immobilisais mon âne pour les écouter longuement », dit-il. Ses longues séances de psalmodie ont sans doute modelé les cordes vocales de celui qui ne se destinait pas encore à cet art profane qu’est la chanson. Sa vocation est-elle née de ces chants (ajouad) qui ont rythmé les six années de vie studieuse et communautaire que le petit Cherif a passée à Boudjellil ? Cherif Kheddam l’admet implicitement. Au fil des souvenirs qui s’égrènent, quelquefois des petits évènements conservés dans un coin de la mémoire remontent à la surface. « Je me rappelle d’un jour particulier de l’année 1940. Nous sommes allés nombreux voir un avion courrier qui s’était posé dans cette plaine qui borde la rivière entre Boudjellil et Tazmalt », dit-il.

L’émotion au rendez-vous

Il se rappelle également de ce jour particulier de l’année 1939 où il a appris le déclenchement de la deuxième guerre mondiale. Da Cherif se rappelle également de ses courses de chevaux dans la plaine d’Avaliche aujourd’hui entièrement couverte de maisons. Au bout de six ans passés au village de Boudjellil au milieu d’une petite communauté d’élèves venus de toutes les régions d’Algérie, le petit Cherif est rappelé par son père à ses côtés pour lui fournir l’aide dont il avait urgemment besoin. Un peu plus tard, c’est le voyage vers Alger à bord d’un camion crachant des volutes de fumée mazoutée nauséabondes. « J’ai vomi toutes mes entrailles à bord de ce camion infect », dira encore Cherif Kheddam. Alors qu’il n’a pas encore 18 ans, il traverse la Méditerranée et s’exile en France comme des milliers de ses compatriotes à la recherche d’un gagne-pain décent. C’est là que naîtra sa véritable vocation. Beaucoup de citoyens de Boudjellil ont tenu à saluer Da Cherif. Même le chanteur Oulahlou est venu en voisin rendre hommage à l’aîné qui a tracé le chemin et qui, à travers son art, a su si bien concilier la tradition et la modernité.



Par Djamel Alilat

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Published by iflisen - dans Kabylie
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