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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 14:10
Voici à ce propos une récente analyse d'un internaute : http://www.algerie-dz.com/forums/archive/index.php/t-80725.html


morjane
16/05/2008, 14h08
Patrimoine culturel immatériel

Le patrimoine culturel immatériel est défini ainsi dans la convention de l’Unesco en 2003 : ‘‘Le patrimoine culturel immatériel constitue un ensemble vivant et en perpétuelle récréation de pratiques, de savoirs et de représentations et permet aux individus et aux ombrageuses à tous les échelons de la société d’exprimer des manières de concevoir le monde à travers des systèmes de valeurs et des repères étiques’’.

Ainsi, ce patrimoine se traduit à travers les domaines suivants :

- Les traditions et expressions orales (proverbes, énigmes, contes, légendes, mythes, chants, poèmes…) y compris la langue comme vecteur et moyen de transmission de ce patrimoine.

- Les arts du spectacle comme la musique, la danse et le théâtre traditionnel.

- Les pratiques sociales, rituels et événements festifs.

- Les connaissances et pratiques relatives à la nature et l’univers.

- Les savoirs-faire liés à l’artisanat traditionnel.

Néanmoins, ces domaines par lesquels se manifeste ce patrimoine immatériel n’ont pas de frontières définies. De différents types d’expressions telles que la danse, le chant et le théâtre se retrouvent souvent ensemble dans un même rituel ou carnaval ou cérémonie à l’exemple de Yennayer avec le carnaval d’Ayrad ou la cérémonie de l’Ahellil de Gourara où l’on retrouve chant, danse et poésie combinés.

Ce legs patrimonial qui est à la fois traditionnel et vivant et dont l’esprit humain étant le principal dépositaire est donc constamment recrée et transmis oralement dans la plupart des cas. Dans les sociétés traditionnelles ce patrimoine transmis oralement subissait constamment une censure sociale active par l’oubli qui laisse place à la création. Mourad Yelles[2] écrivait : ‘‘L’oubli permet d’opérer une sorte de tri permanent à l’intérieur du fond sans cesse accru d’éléments culturels. Il joue un rôle important dans l’évolution du stock imaginaire et réajuste l’offre et la demande symboliques en élaguant les pratiques où les représentations devenues caduques pour ne retenir que celles qui présentent une fonctionnalité et une pertinence suffisante aux yeux des acteurs sociaux. Dans le même temps où ils oublient les sociétés traditionnelles innovent’’. Ainsi, le patrimoine culturel immatériel se recrée, reste vivant et fonctionnel.

Si dans les sociétés traditionnelles, ce patrimoine était sauvegardé naturellement, par contre dans les sociétés modernes du XXIe siècle celui-ci se trouve menacé de disparition.

La mondialisation de l’économie, la destruction des organisations socio-économiques des sociétés traditionnelles, l’industrialisation rapide, les migrations massives, la destructuration des familles élargies, les changements touchant à l’environnement, les médias, la télévision, l’internet(qui offre d’autres loisirs) mettent aujourd’hui sérieusement en péril le patrimoine immatériel car tous ces éléments portent atteinte à la chaîne naturelle de sa transmission et par conséquent à sa fonctionnalité dans la société.

C’est le domaine des traditions et expressions orales, y compris les langues comme principal vecteur de son expansion, qui se trouve le plus menacé. La langue berbère par exemple, est mieux conservée dans les traditions et les expressions orales que dans n’importe quel volumineux dictionnaire, et la disparition de l’un entraînera inévitablement la disparution de l’autre. C’est pourquoi ces deux éléments (langue et expressions orales) doivent être le souci d’une même mission de sauvegarde. Et l’unique colloque sur le patrimoine culturel Amazigh organisé en Algérie en 2005, à Béjaïa par le HCA visait à alerter les pouvoirs publics algériens sur les dangers que court le patrimoine immatériel amazigh.

Comment peut-on faire vivre encore ce patrimoine immatériel amazigh ?

Sauvegarder ce patrimoine amazigh consiste avant tout à dresser un inventaire afin de constituer un corpus et une banque de données tout en utilisant des moyens appropriés et des méthodes scientifiques (anthropologique et ethnologiques) pour la collecte, la transcription, l’identification et la classification. Ensuite tous les matériaux collectés seront soumis à une étude scientifique dans le but de bien prendre en charge ce patrimoine (conservation et valorisation). L’aspect le plus important de cette mission de sauvegarde est d’arriver à faire vivre ce patrimoine c'est-à-dire à préserver sa fonction sociale dans la vie quotidienne ou lors d’événements festifs ou création de nouveaux contextes tels que les festivals.

La sauvegarde de ce patrimoine œuvre de l’esprit humain est de plus en plus difficile quand on sait combien ce patrimoine est lié même à la personne humaine laquelle est vulnérable dans ce monde d’aliénation et de déni identitaire.

De plus les mesures juridiques de sauvegarde sont insuffisantes pour bien mener la mission de sauvegarde de ce patrimoine. Abdellah Bendaoud, juriste au musée de Tipaza écrivait : “La sauvegarde institutionnalisée et aménagée à travers des dispositions législatives ou réglementaires n’est pas à elle seule suffisante pour aboutir à un résultat probant car le bien patrimonial est et demeure celui dans lequel les personnes doivent se reconnaître à titre individuel et collectif ; ils doivent le considérer à la fois significatif de leur passé mais aussi précieux pour leur avenir et en conséquence sa protection leur incombe’’.[3]

La sauvegarde de ce patrimoine dépendra non seulement de la volonté politique de l’Etat à le prendre en charge mais aussi de la volonté de ses dépositaires à reconnaître et à assumer leur identité culturelle.

Conclusion

Pour conclure, ce patrimoine culturel transmis de générations en générations oralement ou par tradition recréée constamment par les communautés et les groupes sociaux selon leur milieu et leur histoire en interaction avec la nature procure un sentiment d’identité et contribue à la créativité humaine. Sa non préservation et sa non valorisation conduiraient à mettre en péril la créativité continue de l’homme.

La prise en charge et la valorisation de ce patrimoine culturel serait sans doute une source d’économie non négligeable pour tout le pays.

Ainsi, le secteur du tourisme se développerait et créerait à son tour des milliers de postes d’emplois pour ces nombreux jeunes chômeurs et procurerait de la joie de vivre en Algérie.

Ainsi, personne ne s’identifiera à un oriental ou à un Occidental et surtout personne ne serait tenté de traverser la mer au péril de sa vie comme le font chaque jour ces milliers de malheureux harragas.

Bibliographie :

Actes de la table ronde, 1979, Littérature orale, OPU, Alger.

Actes du colloque, 2002, Tamazight face aux défis de la modernité, HCA.

Actes du colloque, 2005, Le patrimoine culturel immatériel amazigh : le processus d’inventaire, HCA.

Actes du colloque, 2007, Le libyco berbère ou le tifinagh, HCA.

Agence nationale d’archéologie, 1988, Recueil législatif sur l’archéologie, la protection des sites, des musées et des monuments historiques, Alger.

Dejeux Jean, 1983, La poésie algérienne de 1830 à nos jours, Paris, Publisud, Alger.

Eveno P et Planchais J , 1990, La guerre d’Algérie, dossiers et témoignages, Laphomic Paris.

Feraoun Mouloud, 1960, Les isefra de Si Mouhend ou Mhend, Editions Minuit, Paris

-http://www.comnat-unesco.dz

Insaniyat, 2000, Patrimoine en question, CRASC

Lacoste Dujardin Camille, 1970, Le conte Kabyle, étude ethnologique, La Découverte, Paris.

Mammeri Mouloud, 1969, Les Isefra de Si Mouhend ou Mhend, François Maspero, Paris.

Mammeri Mouloud, 1988, Poèmes Kabyles anciens, Laphomic Alger.

Mammeri Mouloud, 1990 , Yenna-yas Ccix Muhend, Edité à compte d’auteur.

Nacib Youssef, 1982, Eléments sur la tradition orale, SNED Alger.

Nacib Youssef, 1993, Anthologie de la Poésie kabyle, Andalouses Alger.

Par Ramdane Lasheb, la Dépêche de Kabylie

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Published by iflisen - dans Tamazight tatrart
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