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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 22:05

 

Par Essaid Mouas | 1 Novembre 2012 |                                                                         DDK                              

M’Kira Cinquante-huit ans en arrière...

Retour sur l’attaque de Tizi-Gheniff

 

Il y a cinquante-huit ans, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, à exactement 00h45, le village de Tizi-Gheniff, chef-lieu de la commune où résidaient tous les colons, est attaqué par des hommes, non pas pour faire subir des dommages, mais pour adresser un avertissement et annoncer au colonialisme la fin de son règne.

Les héros qui marquèrent cette épopée, au nombre de vingt, originaires de M’Kira et Tizi-Gheniff, ont pour noms : Merabet Amar (08-1910/11-1992,chef du groupe, membre de l’OS, militant PPA/MTLD, avait participé au congrès de Hernu(Belgique), en juillet 1954 ), Ali Zoughmaz, Essaid Zekrini, Slimane Nacef, Mohamed Nacef, Ali Aggrouche, Hanou Yahiaoui, Ahmed Yahiaoui, Mohamed Chaouchi, Mohamed Imerzoukène dit « Si El Mahfoud », Akli Heddar, Ali Mouna, Said Mouna, Ali Ammoura, Amar Derradji, Belkacem Hamnache, Mohamed Cheikh (08/05/1900-29/12/1979), Ahmed Tazekrit, Ali Benredjdal et Lounès Taoualit.

Le rendez-vous au cimetière des Ivahrizène

Rompus au travail dans la clandestinité, les éléments choisis devaient répondre également à des choix très stricts d’autant plus que tout devait se dérouler, dans le plus grand secret. Par ailleurs, outre ces premiers maquisards qui allaient allumer le feu de la révolution armée, d’autres militants de la localité ont été dirigés par feu le colonel Amar Ouamrane sur Alger, Blida et Boufarik ou sur Draâ-El-Mizan et Boghni. Donc, pour ce baptême de feu, le groupe devait se retrouver à partir de vingt et une heures à « Thimethline Ivahrizène » (le cimetière des Ivahrizène), plus connu actuellement sous le nom des « Quatre chemins), situé à cinq cents mètres environ de Tighilt-Bougueni, chef-lieu de commune actuellement. Cette soirée du dernier jour du mois d’octobre était marquée par la célébration d’une fête au village Ivahrizène, en contrebas, animée par une troupe « Idhabalène ». Une partie des premiers maquisards s’était rendue à cette fête pour signifier sa présence, pour ensuite s’esquiver l’un après l’autre à l’approche de l’heure du rendez-vous pour ne pas éveiller les soupçons. Cependant, le départ sur Tizi-Gheniff, à l’heure H, fut quelque peu retardé par les militants originaires du flanc Sud de Tizi-Gheniff, c’est-à-dire du côté Avadhidh à l’exemple de Lounès Taoualit, Ali Benredjdal, Ahmed Tazekrit ou Mohamed Cheikh, appartenant certainement à la même cellule du parti, qui devaient rallier d’abord le lieu du rendez-vous pour reprendre le chemin aussitôt en sens inverse, soit une distance de près d’une vingtaine de kilomètres, en pleine montagne et d’une seule traite. C’était une des précautions à prendre d’autant plus qu’une seule défectuosité d’un élément pouvait entraîner de graves conséquences.

La longue marche

Aux environs de 23 heures, le groupe fut enfin au complet et le chef, Amar Merabet, armé d’une mitraillette (MAT 49) donna l’ordre de départ, en prenant la tête de fil, sous une pluie fine alors que leur parvenait, du village Ivahrizène, le son des tbels tout en pensant que dans quelques moments la vraie fête allait être célébrée à Tizi-Gheniff où les colons pourront danser à leur guise et jusqu’à épuisement. Gênés sans nul doute par le mauvais temps qui rendait le chemin glissant et boueux, serrant leurs armes sous leurs burnous pour la plupart d’entre eux, en file indienne, les hommes de la nuit s’avancent silencieusement, d’un pas sûr et pressé vers leur objectif. Malgré cela, le groupe n’aura pas trop de difficultés à parcourir les sept ou huit kilomètres qui séparent le lieu du départ du village de Tizi-Gheniff, en prenant le raccourci par le hameau dit « Aït Igharvalène »d’autant plus qu’en ce temps là, il n’y avait pas d’habitations le long de ce chemin si ce n’est quelques maisons éparses à « Lakhlandja », mais à cette heure-là de la nuit, tout le monde devait être dans les bras de Morphée depuis belle lurette.

Arrivée à Tizi-Gheniff et désignation des objectifs

Il était un peu plus de minuit, lorsque la colonne de silhouettes, tels des fantômes, atteignit la lisière du village de Tizi-Gheniff. A l’emplacement de l’ex CAPCS, Feu Amar Merabet regroupa une seconde fois ses éléments pour non seulement leur désigner les différentes missions en les scindant en quatre petits groupes mais pour aussi leur expliquer véritablement l’objectif principal qui est celui de faire comprendre aux colons que c’était fini pour eux, que le glas avait sonné pour le colonialisme. L’ordre fut donné de ne pas faire de victimes parmi les Français qui auraient eu l’audace de se montrer ou de se manifester.

Les différentes missions

Le premier groupe avait pour mission de se rendre à la sortie Est du village, sur la route menant vers Draâ-El-Mizan, à l’emplacement de l’actuel mémorial et musée Ali Mellah, pour saboter la ligne téléphonique en sectionnant les fils. Le second groupe devait se poster sur le boulevard, baptisé du « 1er novembre », en face de l’ancienne mairie et actuelle école mixte « Cheikh Mohamed ». Une stèle a été érigée à cet endroit mais qui a été saccagée par une jeunesse qui ignore tout de son histoire, lors des évènements du printemps berbère, et dont la réhabilitation ne s’est toujours pas faite. Quant au troisième groupe, il devait se diriger vers la caserne de gendarmerie alors que le quatrième avait pour mission de mettre le feu au hangar à tabac ainsi qu’à celui où était entreposé le liège.

OO heure 45 minutes

A cette heure précise, les premières rafales de mitraillettes déchirèrent l’obscurité et le silence du village. Les colons qui, sans nul doute, appréhendaient ce moment fatidique, se réveillèrent en sursaut et complètement paniqués. Sans tarder, un certain Chaillot actionna la sirène pour donner l’alerte, tout en criant : « Ils attaquent ! Ils attaquent ! » Comme prévu, la consigne donnée pour cette nuit était d’éviter toute effusion de sang, par conséquent, tous les coups de feu furent tirés en l’air. IL fallait créer un impact chez les colons. Ce coup d’éclat parmi les dizaines d’autres, célébrés à travers le territoire national, devait signer la naissance de la révolution armée. Peu après, les premiers moudjahidines se retrouvèrent, dans une grange à Lourika non loin du village, leur point de repli qui leur a été précédemment communiqué, alors que de grosses fumées, dégageant une odeur suffocante de tabac mêlée à celle du liège carbonisé, s’élevaient dans le ciel et recouvraient la petite ville. Les hangars appartenaient à Guenayer, le maire à cette époque. Fatigués, les moudjahidines ne tardèrent pas à sombrer dans un profond sommeil pour se réveiller quelques petites heures plus tard, au petit matin. Chacun devait rejoindre son domicile et vaquer à ses obligations habituelles, sans éveiller aucun soupçon jusqu’aux prochaines instructions.

La répression

Comme il fallait s’y attendre, la répression ne tarda pas à s’abattre, d’autant plus que cette action menée la nuit du jour de la Toussaint n’était pas un fait isolé, puisqu’à Draâ-El-Mizan, Boghni, Azazga et autres localités du département de la Grande Kabylie, d’autres actions ont eu lieu et à même heure, donc, ces opérations étaient bien coordonnées par une organisation très structurée et hiérarchisée. Quelques jours après ce coup d’éclat, les forces coloniales, possédant déjà des renseignements sur presque la totalité des militants activistes des douars M’Kira et Imzalène, ne tardèrent pas à procéder à des rafles dans les villages. Outre les principaux auteurs de l’attaque du centre colonial de Tizi-Gheniff, plusieurs suspects seront également arrêtés, torturés et condamnés, parmi eux Feu Hadj Rabah Bourbas qui sera condamné à perpétuité mais qui, jusqu’à sa mort, ne clamera jamais avoir été parmi les ‘’novembristes’’. « Je n’étais pas au courant de ce qui allait se passer la nuit du 1er novembre, malgré le fait que j’appartenais à la même cellule, c’est-à-dire celle des Imaandène, qui avait à sa tête Amar Merabet car j’étais déjà fiché et surveillé par les services coloniaux d’autant plus que j’étais sur la liste des candidats du PPA/MTLD aux élections de 1947 », tenait toujours à témoigner Feu Hadj Rabah Bourbas.

Le premier martyr

Torturés avec la plus grande cruauté, l’un d’eux, Slimane Nacef, succomba en martyr, le 08 novembre 1954, dans l’une des geôles aménagées au sous-sol de l’ancienne mairie de Tizi-Gheniff. Selon certaines sources, il aurait été étranglé par l’un des fils du maire Gueneyar alors que d’autres affirment qu’il aurait reçu une balle, dans la tête, tirée à bout portant et que les traces laissées par celle-ci seraient visibles sur le mur jusqu’à ces toutes dernières années avant la réhabilitation de l’édifice. Par ailleurs, Après leur transfert de la prison de Tizi-Ouzou, tous les autres éléments du groupe du 1er novembre seront incarcérés au groupe pénitentiaire d’EL Harrach (Alger). Ils seront ensuite traduits devant le tribunal permanent des forces armées d’Alger à partir du mois d’aout 1955. Ils seront poursuivis pour les chefs d’accusation : association de malfaiteurs, tentative d’assassinat, incendie volontaire avec concomitance ou pour atteinte à la sûreté extérieure de l’état, détention sans autorisation d’armes et munitions non déclarées. La sentence sera bien évidemment la condamnation à mort. Cependant, aucun d’eux ne sera exécuté. Ils connaîtront tous des séjours dans les sinistres prisons de Serkadji, Lambèze, Les Baumettes ou Angers (France) avant leur libération au début du mois de mai 1962 après la signature des accords d’Evian le 18 mars 1962 et le cessez-le feu. A leur libération, ils rejoignent leurs villages respectifs pour se consacrer à l’agriculture, dans l’anonymat le plus complet. L’exemple le plus édifiant est celui, sans nul doute, de feu Essaid Zekrini, condamné à mort, mais qui n’avait jamais cherché à se faire connaître comme tel, ni à obtenir une quelconque reconnaissance, ni à obtenir un quelconque avantage matériel ou financier. Ce n’est qu’après sa mort au début des années 1970 qu’il a été reconnu à titre posthume.

Le travail d’écriture de l’association des activités de jeunes de M’Kira

Ce témoignage historique n’est que le fruit du travail effectué par les membres de l’association des activités de jeunes de M’Kira(A.A.J.M.), dès le début de sa fondation en 1988, alors que les principaux acteurs de cette épopée étaient encore en vie, plus particulièrement le chef du groupe, Feu Rabah Merabet, Ali Zoughmaz ou Ali Benradjdel. Nous citerons MM, Ali Ziat (membre de la dernière APW), Rabah Medjahed et Hassane Nekkache(respectivement 1er et 2ème vice-présidents de l’APC de M’Kira), feu Mouloud Berfas, assassiné sur la route de Beloua par les terroristes en 1998 ainsi que M.Cheikh Akli, petit fils de feu Mohamed Cheikh, pour la remise des documents appartenant à son aïeul.

Essaid Mouas

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